« Plan B » : les sentiments n’ont rien d’exceptionnel

Marco Berger, sortie 28 juillet 2010

Pitch

Plaqué par la femme qu'il aime, un homme prêt à tout pour la récupérer a l'idée de séduire son nouveau fiancé. Mais les deux hommes tissent une intimité inattendue qui leur fait remettre leur sexualité en question.

Bruno, plaqué par sa fiancée Laura qui partage la vie du beau Pablo, se désespère quand lui vient l’idée d’un plan dangereux pour la reconquérir : se raprocher de Pablo… En fait, Laura voir toujours Bruno en cachette de Pablo, trompant son nouveau fiancé avec l’ancien… Pablo, lui, n’est au courant de rien, pas même de la présence de Bruno dans la vie antérieure de Laura sauf qu’il se souvient d’une photo chez Laura avec le sosie de Bruno… Car Pablo et Laura ne partagent pas le même appartement, ce qui permet à Pablo, que Bruno aborde dans un vestiaire, de l’emmener chez lui sans crainte d’être surpris par Laura..
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photo Happiness

Le film est un vaudeville moderne où tout est possible. Quand autrefois au cinéma on montrait l’intimité de deux hommes et leur homosexualité latente par femme interposée qu’ils se partageaient, ici, on ose le passage à l’acte. Malgré son aspect provocateur, c’est un film romantique sur l’amour sans frontières, on aime quelqu’un d’unique quelque soit son sexe, son âge, son physique, etc…
Pour bien marquer cette sorte de renaissance, cette remise des compteurs à zéro, Bruno et Pablo régressent, retombent en enfance, en quelque sorte, jouant ensemble à des jeux dont ils se souviennent avoir joué enfants chacun de leur côté, ce qui accentue la dimension comédie romantique. Cependant, la peur de la transgression, la crainte des sentiments qui entraîneraient une relation hors référentiel chez les deux hommes qui se pensaient 100% hétéro, ajoute une touche dramatique, il faut du courage pour aimer autrement, aimer tout court (on voit la scène de vomissement de Bruno tentant de nier l’évidence).


photo Happiness

Le défaut du film, de mon point de vue, c’est que visant l’immersion dans les sentiments, il se focalise rapidement sur un tête à tête entre les deux hommes avec le crescendo du désir et la somme des petits riens qui vont conduire Bruno et Pablo à accepter de s’aimer. Les personnages sont rapidement coupés du monde, sans assise sociale ni professionnelle, comme suspendus dans le film seuls au monde, on ne les voit plus partir travailler ni vaquer à aucune tâche quotidienne, ils ne rencontrent personne ou presque.
Et puis, comme la plupart des films argentins, le parti pris de réalisme est tel que les visages et leur grains de peau sont filmés comme au microscope, Laura, plutôt laide, sans une trace de maquillage pour l’adoucir,

en extérieur, la lumière blanchie, en intérieur, dans l’intimité, les deux hommes filmés sans presque d’éclairage, leur visage souvent pas visible tant c’est sombre genre la tombée du jour et on a oublié d’allumer. Quelques plans fixes d’auteur en insert surexposés, un mur blanc, un immeuble, un peu comme des photos, une musique parfois tragique pour marquer les étapes, soient quelques tentatives maladroites de sophistiquer l’ensemble. Le film vaut plus par son objet, comment concilier désir et conventions sociales, inclinations et certitudes universelles, que par sa réalisation mais c’est un vrai sujet de société engagé. 

 

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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