Paris, Bouffes parisiens, première du 21 janvier 2011
23 - 01 2011
bbb
En sortant de la pièce vendredi soir, quelqu'un devant le théâtre me demande ce que j'en ai pensé, je réponds ce qui me vient à l'esprit immédiatement : c'est un beau cadeau qu'a fait là Alain Delon à sa fille Anouchka, jeune actrice débutante, avec cette pièce écrite sur mesure à sa demande sur les relations fusionnelles entre un père veuf et sa fille qui lui annonce qu'elle va quitter la maison pour s'installer avec son amoureux.
La pièce s'ouvre sur la fille, elle se ferme sur le père, il l'a mise dans la lumière, elle lui rend hommage, en quelque sorte. Julie, 20 ans, n'en finit plus de discuter avec son père Julien sur ses goûts qu'elle trouve démodés et les siens qu'il ne comprend pas, en musique, notamment, tentant de brancher la conversation sur le sujet qui lui tient à coeur : va-t-il accepter qu'elle aille habiter avec son petit ami (Christophe de Choisy)? Pour cela, elle s'aventure sur le terrain de sa vie privée à lui : sa liaison qu'il tient secrète avec une certaine Carine (Elisa Servier), l'idée étant de se réunir pour un dîner à quatre.
Théâtre de l'Odéon, Krzysztof Warlikowski, 17 février 2010
18 - 02 2010
Pitch.
Blanche Dubois, héritière ruinée, femme-enfant vieillissante, veuve d'un mari homosexuel qui s'est suicidé, débarque dans l'appartement de sa soeur Stella mariée à Stan Kowalski à laquelle cette dernière est entièrement soumise sexuellement. Professeur de littérature au collège, Blanche, fragile psychologiquement, prétend avoir pris un congé scolaire, et toise son beau-frère qu'elle trouve vulgaire, en retour, il va la démasquer et la faire plonger dans la folie...
D'après la pièce de Tennessee Williams mis en scène à Broadway en 1947 par Elia Kazan, puis, le film en 1951.
2h45 sans entracte... Dans un café-restaurant après la pièce, une tablée de spectateurs atterrés qu'on leur ait tripatouillé leur pièce, rancuniers, certains en sont sortis avant la fin... Il faut dire qu'on tend l'oreille pour retrouver les fragments épars de la pièce de Tennessee Williams enchassés dans un charabia mythologique, asphyxiés de mille idées de mise en scène toutes plus voyantes et bruyantes les unes que les autres avec un seul point commun : ne pas faire simple, surcharger l'espace et le son, et au passage tenter de choquer le bourgeois un peu comme dans les happening des années 70... Costumes des femmes genre Loana du "Loft" en plus trash, leggings en lamé noir, robe en lamé or, chaussures vertigineuses en vernis rouge, botillons panthères sur talons aiguilles (St Laurent/le smoking et Dior pour Isabelle Huppert)... Une tendance aigüe aux allers et venues en sous-vêtements pour montrer le laisser-aller chez Stella, la soeur de Blanche, et son monstre de mari, Stan, le polonais, quand ce n'est pas le copain Mitch passé du costume/perruque au short de boxe rouge sang/calvitie qui tombe le tout pour marcher vers la sortie nu comme un vers.
Michel Fagadeau, Comédie des Champs Elysées, du 25 Septembre 2009 au 30 Décembre 2009
02 - 10 2009
Pitch.
En 1925, à l'université de Marburg en Allemagne, l'étudiante en philo Hannah Arrendt, 18 ans, subjuguée par son maître Martin Heidegger, 35 ans, devient sa maîtresse. Quand le régime national socialiste submerge l'Allemagne, Heidegger s'engage en faveur d'Hitler, Hannah dans la résistance, puis s'enfuit aux Etats-Unis. 20 ans plus tard, elle est devenu une philosophe respectée à New York, il est mis à l'écart dans son pays après la chute du régime nazi. Quand Hannah décide soudain de faire un voyage en Allemagne, ils vont avoir la tentation de se revoir...
Si je publie ci-dessous deux photos malgré leur extrême mauvaise qualité réduites à des cadres, c'est afin d'illustrer l'idée unique de mise en scène du "Démon d'Hannah", pièce de théâtre de la rentrée au sujet pourtant très attractif : deux cubes, dans celui de gauche, New York et la philosophe Hannah Arrendt, dans celui de droite, Berlin dévasté et le philosophe allemand Martin Heidegger, membre actif du parti national socialiste. On allume le premier cube, on l'éteint, on allume le second et ainsi de suite, partie de ping-pong entre les deux couples, Hannah et son mari allemand réfugiés à New York, Martin et son épouse maternante à Fribourg ressassant la mise à l'écart du génie après la chute du régime nazi. Trois parties, la première et la dernière avec ces deux cubes.
Théâtre de la Madeleine, mis en scène par Alain Delon, 25 novembre 2008
26 - 11 2008
Ca ressemble à une lecture, c'est une pièce de théâtre mettant en scène la lecture de lettres... Les lettres que se sont envoyé pendant quarante ans un homme et un femme. Alain Delon a mis en scène cette version de la pièce d'Albert Ramsdell Gurney, déjà jouée auparavant par Anouk Aimée, sa partenaire pour 20 représentations (du 7 au 29 novembre). Dans le hall du théâtre de la Madeleine, il y a encore l'affiche de "Love letters" avec Philippe Noiret et Anouk Aimée...
Derrière une simple table en bois, Alexa et Tom vont lire leurs lettres sans se regarder, celles qu'ils ont échangé, telles qu'il les avaient écrites et perçues à l'époque. Démarrant à l'adolescence pour finir avec la mort de l'un d'entre eux, leur correspondance a le ton, le style, la maturité de la date des lettres tandis que les comédiens modulent leur jeu en conséquence, redevenant des enfants, puis des adultes à toutes les étapes de leur existence. Il est maladroit, elle est chipie, il est pauvre, elle est riche, il est jaloux, elle le fait marcher gentiment. Tandis qu'elle accumule les mariages ratés, artiste vélléitaire, alcoolique mondaine, privée de ses enfants, à la dérive, à l'inverse, il poursuit une brillante ascension sociale, avocat, sénateur, notable, une épouse modèle, trois enfants. Petit à petit, les relations s'inversent, c'est elle, devenue suppliante, qui provoquera leur liaison tardive et éphémère, c'est lui qui y mettra fin, privilégiant ses ambitions, son sens du devoir. Alexa, l'enfant gâtée, dominait le gamin gauche, rechignant à écrire des lettres, préférant envoyer des dessins à Tom, moquant son goût immodéré pour la correspondance. La femme adulte blessée dépendra de l'emploi du temps d'un sénateur marié, son meilleur ami, même si tous les deux parcoureront le monde, comme en fuite, rarement synchrones, se croisant, se ratant la plupart du temps.
Une fois de temps en temps, il m'arrive de déroger au tout cinéma, aussi, hier soir, je suis allée à "Destination sud", un bar à tapas sympa du côté de Nation, pour le concert d'Angèle que j'avais hâte d'aller écouter chanter pour l'avoir déjà vue sur scène mais au théâtre. Elle a déjà donné plusieurs concerts depuis début septembre et partout où elle passe, on lui demande de revenir, en sortant du spectacle, on comprend pourquoi...
C'est une interprête au sens où elle joue, elle vit ses chansons, car Angèle a une formation de comédienne tout en ayant fait au préalable le conservatoire de chant. Ainsi dans l'expérience Esos Momentos, du nom du titre de la maquette de son futur album, Angèle a su concilier ses deux passions, le chant et la comédie, car c'est le spectacle d'une perfectionniste qui n'envisage pas de faire autrement que ressentir viscéralement tout ce qu'elle chante et de s'en donner les moyens, techniques et émotionnels. Toutes les chansons, discrètement scénarisées, sont interprétées avec passion, chaque mot est compris, transmis, l'émotion violemment extraite de cette jeune femme mince à la voix puissante, elle vibre, c'est communicatif. Auteur de trois de ses titres dont "Esos momentos", Angèle a choisi de tout chanter en espagnol, sauf deux chansons en brésilien et une de Gainsbourg en français mais hispanisée sur un tempo tango. Le tango, c'est l'esprit d'Esos Momentos, une musique tragique de vie, de mort, d'amour fou, d'excès, de sensations fortes. Angèle peut faire penser à une chanteuse comme Olivia Ruiz, qui s'est réapproprié le style des chansons rétro en le décalant, sauf qu'ici, c'est davantage la passion, l'émotion en rouge et noir, certaines chansons sont incendiaires, violentes ou mélancoliques, on est bousculé, ébranlé, ému, on sort de la salle en de disant qu'on va y retourner...
30 janvier 2008, écrit et mis en scène par Yasmina Reza
31 - 01 2008
Isabelle Huppert et André Marcon
Isabelle Huppert et Eric Elmosnino
Comme exceptionnellement sur ce blog, parlons d’une pièce de théâtre, celle dont tout le monde parle parce qu’Isabelle Huppert y joue le rôle principal et qu’elle est écrite et mise en scène par Yasmina Reza, la biographe de Sarkozy, serait-on tenté de dire aujourd’hui, non, quel esprit chagrin… L’auteur de théâtre la plus fêtée, saluée, jouée dans le monde entier. Depuis "Art", Yasmina Reza, qui est aussi auteur tout court, n’a plus lâché la rampe du succès au point que ça a attisé ma curiosité car je n’ai pas vu "Art", ni la première version, ni la reprise, ni lu ses livres, eh oui, il était temps d’être curieuse…
Qu’est-ce qui plaît tant aux bobos qui se pressent aux pièces de Yasmina Reza ? Qu’elle les mette en scène et les critique gentiment ? Cette impression de faire un petit examen de conscience pas trop rude? Sans doute… Car la pièce ne va pas révolutionner les consciences, étirant sur 1h30 une idée simple et vraie : sous le bourgeois hypercivilisé sommeille un sauvage qui s’ignore.
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