« Police Python 357 » : film noir spectral

Alain Corneau, 1976

Pitch

Un flic solitaire, vivant en ermite, tombe amoureux sans le savoir de la maîtresse de son patron. Après le meurtre de la jeune femme, tout accuse ce flic marginal qui mène alors l'enquête en solo pour trouver le vrai coupable.

C’était le temps où Alain Corneau était considéré comme un spécialiste du film noir, prenant en quelque sorte la succession de Melville, c’est d’autant plus vrai à dire aujourd’hui qu’il s’est essayé récemment au remake du « Deuxième souffle ». Néanmoins, ce qui a toujours préoccupé Corneau, c’est la quête identitaire des personnages et il ira beaucoup plus loin sur ce thème avec ultérieurement « Nocturne indien » (1989) dans un autre genre. Pour « Police Python 357 » (1976), il fait appel à Yves Montand qui lui amène Simone Signoret, il jouera encore pour Corneau dans « La Menace » (1977) et « Le Choix des armes » (1981).
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L’affrontement muet de deux hommes, deux flics qui aiment la même femme, Silvia Leopardi, ancienne prostituée qui s’est racheté une conduite. Réhabilitée par un commissaire de police qui en a fait sa maîtresse et la cache dans un appartement à Orléans. Le commissaire Ganay, homme au dessus de tout soupçon, mari modèle d’une épouse infirme richissime, amant généreux de Silvia, une liaison qu’il n’a pas cachée à sa femme. L’inspecteur Marc Ferrot, ancien de la DDASS, loup solitaire vivant en ermite dans un appartement monacal où il fabrique méticuleusement des cartouches maison pour son Police Python 357 (objet phallique ou présenté comme tel au tout début du film), considéré comme un marginal, un type un peu spécial.
Quand Silvia décide violemment de quitter le commissaire Ganay pour un autre homme, ce dernier, devenu fou, la tue et efface tous les indices. Mais tout accuse l’inspecteur Ferrot qui était arrivé au domicile de Silvia sur ses talons. Si l’un connaît l’existence de l’autre, ce n’est pas réciproque, Ferrot subodore que Silvia avait deux hommes dans sa vie mais ignore qui était le second.


Reconnu par différents témoins au cours de l’enquête qu’il mène avec son subordonné Ménard, l’inspecteur Ferrot est obligé de fuir tout en cherchant l’assassin de Silvia qui est sous son nez, ce qu’il ignore. Une scène terrible est celle où, piégé par son supérieur pour assister le lendemain à une confrontation de témoins qui vont le confondre, l’inspecteur Ferrot va se défigurer au vitriol pour ne pas être reconnu. Les seringues d’anesthésique, le flacon d’acide sulfurique, on est aux confins de l’horreur froide, la succession des scènes dans la pénombre avant de revoir Montand le jour, de dos la tête couverte de bandages, glace le sang.
Montand que je n’apprécie pas toujours est taillé pour ce genre de rôles, qu’il s’agisse du « Cercle rouge » (1970) de Melville ou de « PP 357 » (1976), quelle émotion, quelle interprétation magnifique et sensible laissant apercevoir les cicatrices, les blessures d’hommes mort-vivants que la mort n’effraie pas. Une fois encore, l’ombre du « Samouraï » (1967) de Melville plane avec ce personnage quasiment autiste ayant l’habitude de ne jamais demander d’aide à personne, de règler ses comptes seul…

Générique en or mat avec Yves Montand, donc, mais aussi Simone Signoret, François Perrier, Mathieu Carrière et Stephania Sandrelli.

Fim dur, sec, clinique, film noir spectral, thriller identitaire désenchanté, « Police Python 357 » a bien des chances de demeurer le chef d’oeuvre de Corneau (bien qu’on considère que c’est « Série noire », 1979…), quel choc, quelle leçon! 

 

Notre note

(5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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