« Portier de nuit » : damnés

Liliana Cavani, 1974, sortie DVD novembre 2011

Pitch

Vienne, 1957. Max, (Dirk Bogarde) un ancien officier SS, est portier de nuit dans un grand hôtel. Il se retrouve un jour face à Lucia (Charlotte Rampling), l’épouse d’un chef d’orchestre. Un fantôme de son passé.



Pitch.
Vienne, 1957. Max, (Dirk Bogarde) un ancien officier SS, est portier de nuit dans un grand hôtel. Il se retrouve un jour face à Lucia (Charlotte Rampling), lépouse dun chef dorchestre. Un fantôme de son passé.
Ce n’est rien de dire que le film fit scandale à sa sortie, interdit en Italie, classé X aux USA. Ce récit d’une histoire d’amour  maudite entre une ancienne victime des camps et son ex-tortionnaire SS n’a jamais pu engendrer une explication rationnelle car il n’y en a pas. Que voulait donc démontrer la réalisatrice? Que les sensations extrêmes vécues par ce couple dans un camp de concentration pendant la guerre, une relation sado-masochiste superposable au nazisme, avec sa ritualisation et théâtralisation des sévices, étaient impossibles à oublier, qu’elles avaient provoqué une dépendance au mal? Que le couple à nouveau réuni par hasard allait reproduire logiquement les mêmes relations de jouissance dans la souffrance, leur corps et leur esprit traumatisé, marqué à jamais? Liliana Cavani dit s’être inspirée du témoignage de deux anciennes détenues qui retournaient tous les ans à Dachau, pourquoi? L’une d’elle lui confia que le pire que firent les nazis, ce fut de réveler la part de mal que les individus ignoraient d’eux-mêmes.

Max, ancien officier nazi, portier de nuit dans un hôtel, refusant de vivre le jour, est présenté comme un fantôme. Lucia, elle, mariée à un chef d’orchestre, revient à Vienne pour un concert, ce retour la terrifie mais elle va prolonger son séjour, seule. Dès que Max et Lucia se reconnaissent, regards à la réception de l’hôtel, les images de camps alternent avec celles de Vienne 1957, Max, se faisant passer pour un médecin, filmait une jeune fille maigre et pâle parmi un groupe de déportés nus massés comme du bétail. Dans l’hôtel aujourd’hui, d’anciens nazis se réunissent pour nier leur culpabilité et décider de supprimer les témoins gênants, pourtant, ils vivent dans le passé, tel ce danseur qui ne peut s’entraîner dans sa chambre qu’avec Max, comme là-bas…
—–


Lucia n’a pas de scrupules à attendre Max dans sa chambre d’hôtel une fois son mari reparti en tournée, aussitôt, la jeune femme sage devient une sauvage, redevient la jeune fille des camps et Max ne sait pas quoi faire, quel rôle jouer, celui du boureau ou celui de l’amoureux. Car la situation s’est inversée, en se mettant à la disposition de Max qu’elle va suivre dans son appartement en ville où ils vivront enfermés, Lucia le condamne et se condamne aussi mais n’est-elle pas déjà morte et lui aussi? Quand il l’attache avec une chaîne, elle n’a plus peur, au contraire, elle en redemande. Affamés, encerclés par les anciens nazis, Lucia se comporte de manière animale faisant référence aux moyens de survie dans les camps, mangeant avec les mains, se goinfrant du dernier pot de confiture, chevauchant Max (scène sexuelle qui fit scandale). La scène la plus célèbre, Charlotte Rampling/Lucia, livide, cheveux très courts, chantant Marlène Dietrich nue dans un pantalon d’uniforme trop grand avec la casquette nazie, allumant l’assistance d’officiers dont certains portent des masques de carnaval, les autres figés, immobiles, voire inquiets, montre que déjà, elle a pris le pouvoir, que la victime a appris à utiliser les armes des bourreaux.
 

Le film est triste, mélancolique, sombre, un théâtre d’ombres se mouvant dans un hôtel de Vienne où le passé et le présent s’entremêlent, où l’on se déplace la tête dans les fantômes, nostalgie du nazisme quand le mal était érigé en système politique. On alterne les images de Vienne, de l’hôtel sombre et brun, avec celles de camps bleu verdâtre ; vers la fin du film, Max habillera Lucia en petite fille et revêtira son uniforme de SS, ils  sortiront ainsi marchant dans la nuit vers leurs souvenirs où ils sont mentalement demeurés, incapables de vivre au présent, ne pouvant faire perdurer leur rapport sadomasochiste (incompréhensible sauf par eux) que dans la mort. 


Interprétation sublime du couple Dick Bogarde/Charlotte Rampling, le film se regarde aujourd’hui beaucoup plus sereinement que dans les années 70, malgré l’horreur absolue, c’est d’une histoire d’amour désespérée, condamnée, pervertie, qu’il s’agit, le bourreau est aussi victime que sa victime dont il ne peut pas se passer, la victime l’est surtout de son addiction aux sensations extrêmes qu’il lui a fait connaître et qu’elle n’a pas pu oublier. Ces sont des « damnés » et le film d’ailleurs a un net côté Viscontien (on dit d’ailleurs que Visconti avait aimé le film).

 

  
Pour le moment, on ne trouve le DVD, en zone 2 ou 1, qu’en anglais sans sous-titres.PS. Le DVD vient de sortir en France en novembre 2001. Editions Wild side vidéo.

 

Notre note

(4 / 5)

Mots clés: , , , , ,

Partager l'article

Lire aussi

Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Remplissez les champs obligatoires (required):

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back to Top