Rencontre avec Fabienne Berthaud et Ludivine Sagnier pour la sortie de « Pieds nus sur les limaces »

La dernière fois que je suis allée chez Haut et court pour une rencontre de cinéblogueurs avec un réalisateur (« L’Autre monde »), c’était pendant une semaine de canicule l’été dernier où nous avions profité du jardin. Hier soir, depuis quelques jours que la météo annonçait la neige, pas de jardin au programme mais des locaux sympa avec des canapés blancs et des jus de fruit, du thé. Thé dont se nourrit Ludivine Sagnier pour soigner sa grippe, enfouie dans un col roulé noir, fatiguée. Arrivant en avance, je retrouve quelques confrères blogueurs en avance aussi, mais Fabienne Berthaud et Ludivine Sagnier l’étant également, on bavarde de façon informelle jusqu’au top départ des questions sur le film. Car nous sommes ici pour les dernières brasses avant la sortie en salles le 1er décembre de « Pieds nus sur les limaces », présenté et primé à la Quinzaine des réalisateur à Cannes cette année.   

Ce qui est amusant, c’est leur découverte de l’univers de blogueurs, ainsi on se connait entre nous? oui, parfois, on se rencontre plus souvent qu’au début…, fera-t-on un article ensuite et sous quelle forme? Thomas de Rob Gordon… répond qu’il fera son article un peu comme s’il était tout seul en citant les autres, les noms de nos blogs? elles ne les connaissent pas mais manqueront pas d’aller voir ensuite, est-ce qu’on gagne de l’argent? se risque Ludivine S, et bien pas grand chose pour l’instant… Et puis, les photos, je pense qu’elles n’ont pas l’habitude qu’on prenne des photos pendant les interviews, pour un article de magazine, la séance photo a sans doute lieu la veille avec maquilleurs et stylistes et tutti quanti. Je leur dis qu’on les leur montrera, que, personnellement, je ne publie jamais de photos où les gens où les gens sont mal en point, mais pour la qualité, je n’ai emporté qu’un petit compact, alors… 
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Ludivine Sagnier et les blogueurs chez Haut et Court    


Sitôt la séance questions/réponse commencée, elles jouent le jeu, très complices, se souvenant du tournage, de telle ou telle scène. Un tournage à budget modeste pourtant bien supérieur au précédent film de Fabienne Berthaud « Frankie » qu’elle a mis trois ans à faire en réussissant à filmer 27 jours en tout, elle avait engagée un mannequin inconnu, elle s’est retrouvé avec Diane Kruger, l’actrice qui montait… On parle des deux soeurs du film, Clara, la sage, hyper-civilisée, Lily, la sauvageonne bordeline, au fond, on peut dire qu’elles sont « pareilles », un peu les deux destinées de la même femme, les deux possibilités d’une femme, Clara est devenue une perfection pour plaire à son père, ne pas causer de soucis à ses parents, mais au contact de Lily, après la mort de leurs deux parents, elle devient ce qu’elle n’a pas osé être, elle-même, une jumelle de Lily (le film démarre avec la mort de leur mère, leur père, lui, est déjà mort depuis longtemps, on n’en parlera clairement que vers la fin du film). Thomas/Rob Gordon… ayant lu le livre et pris le temps de comparer (le film est tiré du livre*** éponyme écrit par la réalisatrice), dit son étonnement entre la noirceur du premier et la lumière du second. La réponse est simple, dans le livre, son seulement FB avait un état d’esprit différent, mais elle a écrit son récit avec la voix de Clara, elle convient néanmoins que pour le film, au delà des différences entre l’écrit et l’image, elle a eu envie d’optimisme (elle appelle ça « transformation en quelque chose qui fait du bien »). 
***PS. ayant lu cette nuit le livre après la rencontre, quelle différence! Comme si il y avait dans le livre la « vraie histoire » très douloureuse et dans le film l’histoire telle qu’on l’aurait aimé, l’histoire rêvée…

Mathieu de Cineshow parle de l’intérêt d’occulter l’explication sur les raisons qui ont pertubé Lily, on ne sait rien de son passé, c’est mieux ainsi pour ne pas la juger. Parle aussi d’une scène choc dans le bus où, vu de l’extérieur, vu par Clara, Lily se fait violer par des ados. Mais Lily est consentante, elle rend service, en quelque sorte. En revanche, le second groupe d’hommes, arrivant à la nuit tombée en camion avec des mines patibulaires, va respecter Lily, mais on joue sur l’angoisse du spectateur qui voit ce camion et ces hommes face aux deux soeurs seules en plein campagne.

Le casting : j’avais lu dans « Grazia » pendant le  WE que la réalisatrice avait proposé à Diane Kruger de choisir son rôle : Clara ou Lily mais Fabienne Berthaud tempère, Diane Kruger est davantage Clara, Ludivine Sagnier était faite pour Lily, et ça n’étonne personne ici qu’elle joue Lily, on l’a souvent vue dans ce genre de rôles, mais comment a-t-elle construit son personnage? Elle n’a pas voulu s’inspirer d’une personne en difficulté psychologique, au contraire, elle a essayé de jouer un personnage « normal » dans des situations qui la déboussolent (« ne pas jouer en décalage, ce sont les situations qui la décalent »), les deux insistent sur la fait que ce sont les éléments extérieurs et pas intérieurs qui font déraper Lily qui ne supporte pas l’injustice, prend les choses au premier degré. Chemin faisant, le film donne alors à réfléchir sur la notion de « normalité », c’était l’objectif. Souvent vue au cinéma dans ce genre de rôles? C’est vite dit que Ludivine Sagnier est synonyme d’emplois de femme-enfant, elle veut rectifier : Lily est une femme-enfant mais différente de ses précédents rôles car elle n’a aucune préméditation dans la séduction, les deux actrices ne sont effectivement pas maquillées dans le film, habillées un peu comme des sacs, surtout Lily et plus tard Clara quand elle la rejoint sur son terrain de jeu à tous les sens du terme.

La meilleure façon de filmer pour FB : c’est caméra à l’épaule comme si elle faisait un documentaire sur les gens, sa démarche est sensorielle, émotionnelle, elle filme les visages, les remous sur les visages, elle filme une atmosphère, l’intime, l’indicible. La lumière artificielle, elle n’en veut pas, elle préfère la lumière naturelle. La musique du film, un coup de chance, Michael Stevens, un compositeur américain ayant travaillé sur les trois derniers films de Clint Eastwood, a priori trop cher pour elle… Pour la dernière scène du film, c’est un musicien norvégien, Thomas Dybdhal, qui a composé la musique.

Les conditions de tournage : le dénuement à l’image de l’absence de maquillage, Ludivine Sagnier se souvient que leurs loges étaient dans les chambres de la maison, unité de lieu, que quand elles tournaient une scène de barbecue, elles faisaient vraiment un barbecue et mangeaient, une différence immense avec d’autres tournages avec pléthore de camions, d’intermédiaires. En deux mots, FB a fait son premier film à 2 avec une caméra, le second à 15 avec deux caméras.

Leurs projets : Fabienne Berthaud a deux projets de films, elle hésite, mais elle n’en dira pas plus. Ludivine Sagnier vient de terminer « Devil’s double » qui sortira en 2011, en ce moment, elle est en train de tourner « Les Bien-aimés », le dernier film de Christophe Honoré, avec Catherine Deneuve, Michel Delpech, Milos Forman, une comédie musicale (elle a déjà tourné avec Honoré « Les Chansons d’amour »).

La critique du film… 

 

   
Fabienne Berthaud   / Ludivine Sagnier
    
   
Fabienne Berthaud face au blogueurs
 


(photo Cineshow)

blogs ciné présents à la rencontre :
Cineshow
Cinema is not Dead 
Buzz My Geek
Rob Gordon
Shunrize 
Filmosphère 
Cinémaniac

et aussi :
Ca dépend des jours
NKOTG
3 Girls in Paris
Quoi de 9 Cécile

Le site du film…

 

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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