"L'Affaire Mattei" ("Il Caso Mattei") : rencontre avec Francesco Rosi

Francesco Rosi, 1972, Paris-Cinéma, jeudi 5 juillet 2007

  

Débat avec Francesco Rosi au cinéma Max Linder après la projection de « L’Affaire Mattei » : un grand moment de cinéma et une rencontre privilégiée avec le maître du cinéma politique italien. Paris-Cinéma organise cette année 2007 une rétrospective Francesco Rosi avec ses 18 films, lire la suite… (la suite est recopiée ci-dessous)

 

Samedi 7 juillet 2007

Francesco Rosi au Max Linder et « L’Affaire Mattei » (« Il Caso Mattei ») /Rétrospective Paris-Cinéma 2007


Grand moment de Paris-Cinéma, à loccasion de la rétrospective Francesco Rosi, une projection de « LAffaire Mattei » au cinéma Max Linder bd Poissonnière, suivie de 90 mn de débat était organisée par Michel Ciment, le directeur de la revue Positif, avec un professeur de Sciences politiques, un historien et un écrivain. Quand je suis arrivée au cinéma, une file immense occupait le trottoir du bd Poissonnière, la salle avec orchestre et deux balcons, était archi-comble et Francesco Rosi a dit combien il était étonné que tout le monde soit resté pour le débat
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Francesco Rosi, photo www.cinemaniac.fr

 

« Il Caso Mattei » est le récit des éléments de laffaire Mattei, soit la mort dEnrico Mattei, dans le crash de son avion privé en 1962, président de la société nationale des hydrocarbures, ayant fait fortune dans le pétrole, un des hommes daffaire les plus puissants dItalie. Si lenquête conclut à un accident, les italiens crurent, eux, à un attentat.

 

Dans lItalie de Mattei en 1956, la démocratie chrétienne est aux commandes depuis le lendemain de la guerre et le restera jusquau début des années 90. Si après la dernière guerre, lItalie est aussi pauvre que la Pologne et les italiens servent de main duvre au monde entier, obligés démigrer à létranger pour trouver du travail, Mattei, qui participe à la reconstruction accélérée de lItalie (en 30 ans, elle accédera au premiers rangs de léconomie mondiale), a lambition de faire travailler les Italiens en Italie, mieux, de faire revenir les émigrés, en deux mots, il promet du travail pour tous. Enrico Mattei est un démocrate chrétien de gauche, aux accents populistes, adoré du peuple et craint par les politiques et les industriels, qui, depuis longtemps, reçoit des menaces. Le jour de sa mort, étant prévenu par téléphone dune tentative possible dattentat, il répond dans le film « eh bien, si ils veulent me tuer, quils me tuent!.



Gian Maria Volonté dans « L’Affaire Mattei »(1972)

 

Le parti pris de Francesco Rosi est de mettre les éléments de lenquête à la disposition du spectateur qui se fera une idée, voire une conviction de ce qui sest passé : assassinat ou accident. Le biopic vie privée est vite balayé en quelques minutes (quelques images furtives de lépouse de Mattei), ce nest pas le style Rosi, en revanche, le style Rosi, cest le film-enquête avec de la réflexion et néanmoins de lémotion, les personnages extrêmement bavards, Mattei surtout, porté par la magnifique acteur Gian Maria Volonté quil dirigera aussi dans « Lucky Luciano ». On a parlé de Rosi cinéaste politique, dabord, il sen défend en disant quil a tourné dautres films non politiques comme « Carmen » (1983) ou « La Belle et le cavalier » (1967, Sophia Loren et Omar Sharif). Ensuite, Rosi est un cinéaste aussi bien métaphysique que politique. Tous ses films parlent de la mort, ce sont souvent des enquêtes autour dun cadavre, « Salvatore Giuliano » (1961), « lAffaire Mattei » (1972), « Lucky Luciano » (1974), « Cadavres exquis » (1976), « Chronique dune mort annoncée » (1987), etc « L’Affaire Mattei » est un film extrêmement moderne et précurseur, tant sur les idées toujours d’actualité que sur la forme, la façon de filmer au plus près, cinéma vérité avec des moments exceptionnels quand Rosi filme les mouvements de foule.

 

Né à Naples en 1922, ayant débuté au cinéma en 1948 comme assistant de Visconti dans ‘La Terre tremble », Francesco Rosi réalise son premier film « Le Défi » en 1958. Charmant octogénaire drôle, bavard, lucide et fier de son uvre, il a conquis aujourd’hui le public du Max Linder qui létait déjà par la projection choc de « lAffaire Mattei » et, dans la salle, pas mal de spectateurs inconditionnels du maître avaient déjà vu ses films à lépoque de leur sortie. Dans le hall du cinéma où il prenait un café entre le film et le débat, il a accepté sans se faire prier de poser pour de photos de spectateurs. « LAffaire Mattei » dérange encore aujourdhui, après la sortie du film, la famille a fait rouvrir le dossier. Quand le film est sorti aux USA à l’époque, il a été distribué dans une unique petite salle de Manhattan pendant seulement trois jours… Palme dor à Cannes en 1972, le film nexiste pas en DVD est ne passe quasiment jamais à la télévision


 

 

Rétrospective des 18 films de Francesco Rosi au cinéma Reflet Médicis tous les jours jusquau 14 juillet. Avec seconde projection de « l’Affaire Mattei » le mardi 10 juillet 20h. A ne pas manquer aussi « Le Christ s’est arrêté à Eboli », « Main basse sur la ville », « Chronique d’une mort annoncée », « Lucky Luciano », « Oublier Palerme », « Cadavres exquis ».

 

 

Seconde séance spéciale présentée par Francesco Rosi dimanche 8 juillet à Montreuil (cinéma Georges Melies) à 20h avec « Main basse sur la ville » (« Le Mani sulla citta ») (1963).

 

 

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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