"Sagan" : épais catalogue biographique

Diane Kurys, sortie 11 juin 2008

Avant-première de « Sagan », produit par Luc Besson/Europacorp, hier soir dans la belle salle du cinéma Le Balzac sur les Champs Elysées, merci pour le chocolat! Explication : le directeur, toujours  entreprenant et débordant d’idées, offrait des crèmes glacées  aux spectateurs à l’entrée…

 

 

Les amateurs de Sagan n’apprendront rien, on a tellement lu et entendu tout ce que montre ce film (la villa en Normandie gagnée au casino de Deauville,  la vitesse en Jaguar, l’addiction aux stupéfiants, la bande de courtisans, etc…) que là ne réside pas l’intêret mais quel est-il? Peut-être le récit de la fin de la vie de Sagan qu’on connaît moins, sa liaison avec Peggy Roche et, à la mort de cette dernière, sa récupération par une drôle de femme fantasque et possessive, Astrid, mariée à un vieillard milliardaire, jouée par une Arielle Dombasle impressionnante de justesse. On y va sans doute aussi pour admirer la performance d’actrice, c’est un rôle à oscars comme « La Môme », le même genre de challenge, interpréter un personnage entre environ 18 et 70 ans. On nous annonçait une incarnation, au contraire de « La Môme » dans le mimétisme, c’est un peu entre les deux : Sylvie Testud a des moments de fulgurance, surtout vers la fin de la vie de Sagan mais sa performance est très inégale. Sagan jeune est assez horripilante, maniérée, capricieuse, seule sa silhouette, sa démarche, les tenues d’époque, sa petite robe noire, sa cigarette, sa maigre montre bracelet de jeune fille bourgeoise, font mouche.Les copains, famille de substitution de Sagan, font de la figuration, l’écrivain Bernard Franck, le frère de Sagan, Jacques Chazot, Florence Malraux, n’ont pas d’existence propre, réquisitionnés pour faire groupe autour du personnage central, admirer Sagan, la flatter, la rassurer. Une bande de vieux enfants transgressifs précurseurs du « jouir sans entraves » de mai 68 et qui refuseront de vieillir. Sagan, dans la période intermédiaire de sa rencontre avec Peggy Roche, s’améliore bien que les duo/duels Sylvie Testud/Jeanne Balibar soient quelquefois outrageusement surjoués. La réalisatrice est meilleure dans le malheur, au fur et à mesure de la chute de Sagan, ruinée, droguée, malade, le film s’améliore, les acteurs aussi, la légéreté est tellement plus difficile que le drame, le mélo. Le dernier tiers du film est un mélo, fut-il biographique.

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Sylvie Testud et Jeanne Balibar
© EuropaCorp Distribution Galerie complète sur AlloCiné

 

 

On connaissait Sagan par morceaux, ici, on a un véritable catalogue, souvent feuilleté à la va vite, des hommes et femmes de sa vie, la vie de Sagan, ce sont ses amours, ses désamours, ses ruptures, ses romans en découlent, très tôt, elle a compris l’imposture et la nécessité de la relation amoureuse, cet antidote à la solitude qui ne marche plus face à la page blanche, l’écriture, c’est un dialogue avec la solitude constitutive de l’être humain. On note au passage combien Sagan, qu’on disait bisexuelle, n’était pas vraiment attirée par les hommes, son premier mariage est peut-être l’exception avec l’éditeur Guy Schoeller qui ne l’aime pas en retour, son second mariage avec l’américain Bob Westhoff dont elle aura son seul enfant, Denis, se termine sur la liaison de l’ex-mari yankee avec un homme, elle-même en ménage avec Gina, sa première relation homosexuelle, tous habitant ensemble. Ensuite, elle partage la vie pendant dix ans de Peggy Roche dont la mort la démolit, et toujours Jacques Chazot dans les parages, le seul qui l’aime vraiment sauf qu’il n’aime pas les femmes, très malade, il meurt avant elle. Sagan, la fragile, la rescapée, va enterrer tous ses proches, recueillie par la perfide Astrid, à présent veuve et très riche, qui l’entretient, la soigne mais l’isole du monde… 

 

Sylvie Testud, Lionel Abelanski et Pierre Palmade
© EuropaCorp Distribution Galerie complète sur AlloCiné

 

Arielle Dombasle/Astrid et Pierre Palmade/Jacques Chazot sont les deux acteurs vraiment remarquables dans ce film où les seconds rôles, dans leur ensemble, auraient gagné à s’épaissir. Sylvie Testud/Sagan étant omniprésente, elle est surexposée, de l’écrivain, elle a surtout capté le regard, espiègle au début, mat et vide vers la fin, et sa gestuelle, de ses petits pas vifs, jeune, à son dos voûté, les derniers temps, c’est au niveau de la voix, des paroles, que ça cloche, Sylvie Testud, crédible quand elle ne parle pas, fait trop souvent de Sagan « délicieux petit monstre » une capricieuse égoïste genre « Taratata » dont les courtisans comptent les bons mots. Quant à Jeanne Balibar, quand elle oublie de se prendre pour Delphine Seyrig, c’est nettement mieux. Dans les deux cas, les personnages sont meilleurs dans le drame, les passages sur la maladie démaquillent les deux actrices au propre et au figuré.Un film « qui se regarde », comme on dit, un super-téléfilm avec une recontitution soignée des années 60, surtout des tenues, du mode de vie, une inutile voix off récitant des phrases de Sagan, sauf cette phrase clé où elle se demande si on lui en veut d’avoir gagné des fortunes ou de les avoir dépensées… A mon avis, sauf Pass illimité au cinéma, on peut attendre sa diffusion télé ou DVD à louer…

 

 

Notre note

(2 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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