"Secret défense" : doubles agents

focus film Philippe Haïm, sortie 10 décembre 2008

Pitch

L'affrontement du directeur des services secrets et son homologue d'un mouvement terroriste, par leurs agents interposés que la machine de guerre a transformés en armes, tous plongés dans la clandestinité et employant les mêmes méthodes.

Encore une confortable avant-première privée organisée par Allociné pour les blogs du club des 300 le samedi 1er novembre au siège d’UGC à Neuilly dans une salle de projection business class… Bien qu’on soit immergé dans un jour férié au coeur des vacances de je ne sais quoi, le réalisateur Philippe Haïm viendra présenter le film et surtout ensuite répondre longuement aux questions de manière très pro et réfléchie. Si le réalisateur dira des choses très intéressantes sur quatre ans de recherche sur les services secrets et autres pour réunir la doc la plus crédible sur son film (sept conseillers techniques aussi à qui il soumettra son film), on se demande ce que comprendront les spectateurs en voyant le film sans le débat.. Jusqu’aux deux tiers du film, déformation blog oblige, je me suis demandé quel était donc le pitch, qu’allais-je donc pouvoir écrire et même seulement deux lignes sur l’intrigue, hormis la description d’un monde secret en miroir, services secrets et organisations terroristes, qui n’a pas fini de fasciner le réalisateur, sans doute bien après la sortie de son film.

 

 

De ce film, on retient d’abord son casting intelligent, et, en premier lieu, le couple, si l’on peut dire, formé par Nicolas Duvauchelle, un acteur comme on en voit un par génération, bien au dessus du lot, et Catherine Hiegel, jouant Jeremy et sa mère monstrueuse, un peu comme Annie Girardot celle de « La Pianiste ». Jeremy est un paumé, un exclu, une victime depuis la naissance, la cible idéale pour être recruté comme martyr terroriste, l’étant déjà au petit pied à chaque étape de son existence : une enfance qu’on suppose traumatique, pas de père connu, des relations empoisonnées avec sa mère, dealer minable, il est arrêté, emprisonné, en prison, c’est pire, il est violé afin qu’un certain Aziz lui vienne prétendument à la rescousse, justement le recruteur des milices islamiques qui l’enverra plus tard, converti, endoctriné, dans un camp d’entraînement pour apprendre à se faire sauter et la foule avec dans le métro parisien.En parallèle, et le film débute avec elle, Vahina Giocante dans le rôle de Diane, call-girl occasionnelle, profil de cible elle aussi (le goût du secret, le mensonge), qui sera recrutée par les services secrets français. Comme l’a dit le réalisateur après la projection, les services secrets étant encore plus secrets que les organisations terroristes!!! le personnage est moins ancré dans la réalité d’après la doc. Et ça se ressent… D’abord, Vahina Giocante, malgré des efforts louables, n’a pas la trempe d’Anne Parillaud dans « Nikita », par exemple, ni celle de son partenaire Nicolas Duvauchelle, ensuite, elle est montrée d’entrée dans la position d’une prostituée avec un client, une perruque qu’elle retire, lui affirmant que c’est la dernière fois. Plus tard, elle est abusivement recalée à une maîtrise de langues orientales mais, contrairement à Jeremy, de son insertion dans sa famille, dans la société, rien que ces indices hyperciblés qui serviront son rôle le film : jolie, prostituée, parlant l’arabe…
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Aurélien Wiik et Vahina Giocante
© Thibault Grabherr Galerie complète sur AlloCiné

On peut résumer le message du film en deux mots : service secrets, cellules terroristes, mêmes armes mais pas mêmes combats, une phrase dans la bouche du chef terroriste Al Barad (Simon Abkarian) le dit très bien : « Et vous dirigerez vers les ennemis leurs propres armes » (« L’Art de la guerre » de Sun Tzu)

Le film trace le portrait en miroir de ces deux jeunes gens affectivement isolés, donc fragiles, au profil manipulable et qui vont être manipulés, Jeremy par les terroristes, Diane par les services secrets, jusqu’à ce qu’ils se rencontrent enfin, furtivement, avant la scène de dénouement. Le conditionnement de l’un et de l’autre va occuper une bonne moitié du film au point qu’on se demande parfois où l’on veut en venir et si ce portrait bicéphale ne va pas être le sujet du film en soi. Pourtant, une intrigue se tricote discrètement, d’autant plus discrètement que l’attention est focalisée sur le montage zapping, l’excès d’effets hétérogènes destinés a priori à distraire le spectateur dont on craint aujourd’hui qu’il s’ennuie au point de l’occuper sans cesse, de le distraire comme un enfant au berceau à qui on agite des objets sous le nez, des sons, des images, des bruits, des ruptures de rythmes en série, etc…

Nicolas Duvauchelle et Moussa Maaskri
© Thibault Grabherr Galerie complète sur AlloCiné

 

A mi-film, on se pose enfin, grâce à la grâce de Nicolas Duvauchelle et aux scènes dans le désert avec un ton, une ambiance, du côté de chez Diane en mission à Damas pour coincer le chef terroriste, ça s’arrange aussi, on peut enfin entrer dans le récit. Parce qu’auparavant, la première scène aux visages floutés, les gros plans sur les parties du visage de Lanvin, les couloirs blancs sortis d’un film de SF en insert, les mini-flash-backs isolés, la musique cool pour une scène d’étreinte unique avec les visages genre « L’Affaire Thomas Crown », les images qui défilent soudain en surimpression les une des autres, et tout le reste…, tous ces effets de styles sans jamais choisir aucun style, un ton, une signature visuelle, donnent une impression de film chargé, compliqué, fouillis, un peu catalogue de ce qui se fait au cinéma, voire dans les séries américaines. Pour être plus complet, le film est également un mélange entre une volonté de réalisme centrée surtout sur des scènes choc : la tête coupée, le viol de Jeremy, les mines verdâtres aux yeux cernés, et un montage syncopé, ludique (on pourrait sur ce dernier point du montage zapping en dire autant du dernier James Bond). Dans la seconde partie du film, le réalisateur fait simple et ça marche beaucoup mieux. Du moment où le calvaire final de Jeremy/Duvauchelle  démarre,  on accroche, on se serait d’ailleurs contenté de sa seule histoire de candidat malgré lui au martyr. 

Au final, un film plein de bonne volonté à se tenir au plus près de la réalité du terrain et de l’actualité contemporaine sur le fond (l’attentat est planifié à Paris, métro Montparnasse!) tout en étant (excessivement) préoccupé sur la forme et le rythme afin que le spectateur ne s’ennuie pas une minute, un challenge très ambitieux visant un peu une chose et son contraire (le spectateur n’aurait plus le temps de penser, submergé de stimuli et d’infos, alors que le sujet mérite réflexion) réussi partiellemnent. A noter de beaux seconds rôles tels Rachida Brakni, Aurelien Wiik et Gérard Lanvin à la fois absent et présent (ce qui est bien son emploi de super-agent déshumanisé) dont on peut saluer son retour sur l’écran dans un rôle intéressant à sa mesure. 

PS. Dans le même esprit, mais avec un traitement radicalement différent plutôt minimaliste, j’avais préféré « Agents secrets » (2004) de Frédéric Schoendoerffer.  

Plus d’infos sur ce film

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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