"Secret sunshine" : mélo moderne

compétition Cannes 2007, Lee Chang-dong, prix d'interprétation féminine à Jeon Do-Yeon, sortie 10 octobre 2007
© Diaphana Films

 

10 spectateurs dans la salle jeudi dernier pour la sortie du film « Secret Sunshine », prix d’interprétation féminine à Cannes cette année, sorti dans la plus grande discrétion, mangé par « Michael Clayton », polar politique engagé qui n’a certes pas démérité mais que je n’aurais pas mis à la une du blog si j’avais pu comparer les deux films avant…

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« Secret sunshine » a tous les ingrédients d’un vrai mélo et pourtant demeure d’une dignité stupéfiante. Vu sur le papier, le pitch n’est pas engageant : une jeune veuve débarque de Séoul dans une ville de province d’où était originaire feu son époux dont elle a eu un fils. Sitôt arrivée, la jeune femme se met en quête d’un appartement à louer, puis de leçons de piano à donner, enfin, elle décide d’acheter un terrain à bâtir pour s’intégrer à la communauté… Car Shin-ae est une marginale, aussitôt en ville, elle pousse la porte d’une boutique et dit à la propriétaire que si elle ne vend pas ses vêtements c’est parce que la déco est triste, qu’elle devrait refaire les peintures, bien entendu, la femme est vexée, furieuse, elle va le raconter à ses copines, mauvaises, qui se moquent de Shin-ae. Très vite, la pharmacienne et son mari, deux oiseaux de proie, essayent de la convaincre qu’elle est malheureuse puisqu’elle est veuve et que la solution viendrait de la religion qu’ils pratiquent avec frénésie. Shin-ae n’était pas malheureuse et ne se comportait pas comme quelqu’un qui a eu des malheurs mais ça ne va pas tarder, son fils est enlevé et tué, elle pousse la porte de la pharmacie et plonge dans les prières…

Depuis qu’elle habite Miryang, une seule personne a été bonne pour Shin-ae, Monsieur Kim, le garagiste, amoureux transi d’un optimisme inébranlable qui ne lui demande rien en retour. Ce qui est frappant dans ce film, c’est l’absence de bonté des gens, le frère, la belle-mère, les nouvelles connaissances, personne n’a de compassion pour Shin-ae sauf Kim Jong-chan et, dans une certaine mesure, le groupe de pratiquants (quand ils ont le temps de penser à autre chose qu’à prier et se montrer à l’église). L’analyse de la société coréenne est cruelle et malheureusement universelle car les relations entre les gens en France seraient exactement les mêmes, égoïsme, mesquinerie, étroitesse d’esprit, préjugés, potins, une horreur…

Cependant, le véritable thème du film est le deuil au sens premier du mot, l’impossible deuil d’une jeune femme à qui on a tout enlevé, son enfant, son argent, l’espoir de refaire sa vie. Car Shin-ae était apparemment maltraitée par son mari, voir par son père, victime d’une fatalité d’être éternellement la victime d’un homme. Si Cannes a donné le prix d’interprétation à Jeon Do-Yéon, personnellement, je l’aurais plutôt donné à Song Kang-Ho, qui joue Monsieur Kim, le garagiste : une interprétation subtile et émouvante avec un petit brin d’humour, un régal. En revanche, l’actrice coréenne Jeon Do-Yeon, star dans son pays, a un jeu très extraverti pour ne pas dire qu’elle surjoue avec des fulgurances, certes, un peu comme une Adjani asiatique misant sur l’hystérie, la démesure, l’excès. Mais cette restriction n’enlève rien à la quasi perfection de ce film.

Dans l’ensemble, c’est un film splendide, limpide et dur sans artifices avec une petite note d’espoir dans la dernière scène, les cheveux qu’on coupe en signe de deuil, celui qu’on fait…

 

 

Notre note

(5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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