"Sehnsucht" ("Désirs (s) + "Morir de amor" (court-métrage)

Valeska Grisebach, 2006 ; Gil Alkabetz, 2004

 

 

Non seulement le titre allemand de ce film (Sehnsucht, traduit par Désirs/s) me disait quelque chose mais aussitôt devant lécran, le personnage principal métait familier Ce film était en compétition lannée dernière au festival du cinéma allemand à Paris (2006) Et justement ce film navait pas beaucoup séduit les spectateurs dont jétais, immergé dans une production, dite nouvelle vague allemande, tellement riche que dautres lui avaient damé le pion, je pense au superbe « LAssureur-vie », par exemple.


Je me suis rendu compte hier en allant revoir ce film, par hasard, donc, quil gagnait à être vu seul ! ! ! Car ce qui avait rebuté était sans doute ce que dautres critiques ont considéré comme une qualité : lapproche excessivement documentaire dune histoire damour fou, de possibilités infinies de désirs dont le choix dune femme aimée vous priverait de lautre désirée aussi, etc

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Pour commencer, le casting, une fois nest pas coutume : tous les acteurs sont des amateurs, des trois personnages, le mari, lépouse et lamante, aucun navait fait de cinéma auparavant et nen a sans doute pas refait depuis. Markus, jeune serrurier, pompier volontaire dans le film, est interprété par Andreas Müller, mécanicien et aussi pompier dans la vie. Ika Welz (Ella, lépouse) était infirmière, Anett Dornbusch (Rose) travaillait dans une entreprise de restauration où elle avait eu loccasion de servir la réalisatrice.


On trouve dans ce casting une volonté de se plonger à la source de la middle-class allemande : un des points communs des cinéastes de cette nouvelle vague allemande, encore appelée lEcole de Berlin. Autre point commun : les événements survenant dans le récit sont moins importants que le quotidien des personnages qui les appréhendent. On passe au scanner les petits détails dune vie ordinaire quotidienne soumise à un événement extraordinaire, voire simplement pertubateur.

Andreas Müller

© Bodega FilmsGalerie complète sur AlloCiné

 

 

Dans Senhsucht, Markus aime sa femme Ella qui ladule en retour, peut-être trop… Peiné de laisser son épouse seule pour se rendre à un WE de formation de pompier volontaire, Markus participe modestement à une soirée arrosée entre hommes. Parti se coucher tôt, il se lève à laube et tombe par hasard sur Rose, la serveuse de lhôtel restaurant où loge la compagnie. Persuadé davoir passé une nuit sans retour avec cette inconnue de la ville, Markus pense pouvoir rentrer chez lui amnésique de la veille


Un événement ouvre le film : Markus en tant que pompier sauve la vie dun accidenté de la route, qui venait de mettre fin volontairement à ses jours avec sa femme Lhomme quil vient de sauver voulait mourir auprès de sa bien-aimée De retour chez lui, il confie ses remords à Ella, son épouse, qui lui fait remarquer que dans Roméo et Juliette cest la même chose, elle se réveille alors quil est mort layant cru morte


Réduire lhistoire, comme je lai lu, à ce que Markus nait pas pu supporter daimer deux femmes à la fois, nait pas pu choisir, submergé de désirs dêtre avec une femme quand il est avec lautre (ce qui nest pas rien en soi, la quête des possibles excluant le présent devenu invivable, le désir dun ailleurs vécu comme systématiquement meilleur que le lieu où on se trouve, etc) , exclut le prologue, cet homme accidenté de la route quil sauve quand il voulait se suicider Car Markus finira par prendre sa place


Dans tous les cas, le propos du film, terriblement existentiel, est plus facile, si lon peut dire que le traitement du film, ostensiblement documentaire, sans artifices à un degré rarement atteint à limage, filmé au plus près, trop près, pourrait-on objecter, un cinéma anti-séduction avec un parti pris tellement forcé de ne pas séduire que ça confine à linverse : ça se remarque… Les coiffures des femmes, jamais coiffées, les visages démaquillés, la figure de la femme de la ville tentatrice dont on chercherait en vain ce qui la distingue des autres femmes, et cest peut-être ça le message, lamour est individuel, à lécran, le spectateur en est exclu


Distribué dans une seule salle parisienne***, qui plus est une salle nacceptant pas les Pass cinéma, la carrière de Sehnsucht, film aride et sans le moindre apprêt, sans la moindre concession à laudimat, risque fort de demeurer à la porte des critiques de la presse enthousiaste. Son appartenance à la nouvelle vague allemande nétant pas contestée, il y a beaucoup dautres films de cette tendance plus abordables et nettement plus agréables à voir Et bientôt le festival du cinéma allemand à Paris (10/16 octobre 2007) nous en donnera loccasion

Notons au passage la sortie prochaine en coffret DVD des deux premiers films de Christoph Hochhaüsler, réalisateur que japprécie particulièrement, « Le Bois Lacté » et « LImposteur ».

« Morir de amor » de Gil Alkabetz

Malgré le désagrément de payer 8 Euros quand on possède les deux Pass illimités, une belle récompense attendait le spectateur au ***cinéma d’art et d’essai Saint André des Arts : un court-métrage brésilien de Gil Alkabetz (pourtant présenté dans les festivals comme une production allemande), film émouvant, drôle et brillant, un enchantement triste que je vous recommende vivement : deux perroquets, désespérés de voir leur maître endormi avec leur boite daliments pour perroquets à portée du regard, vont tout tenter pour le réveiller Malheureusement, en reproduisant tous les bruitages des souvenirs amoureux de leur maître dont les photos souvenir tapissent les murs, il vont lui révéler un fatal secret Voir un extrait…

Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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