SLC/ »Salut les copains » : la yé-yé attitude et les sixties retrouvées en DVD 50 ans plus tard…

Focus DVD/Culture
  

En 1959, une émission de radio quotidienne va réveiller les fins d’après-midis d’Europe 1 : SLC ou
« Salut les copains », puis, en 1962, son magazine papier  dont le tirage va atteindre le million d’exemplaires (avec plus tard son pendant féminin MAT/Mademoiselle âge tendre). Les photos du magazine étaient toutes signées Jean-Marie Périer ou Tony Franck, aussi connus que leurs modèles. L’émission de radio conçue et présentée par le fils de l’inventeur du livre de poche, qui deviendra ensuite lui-même propriétaire d’un célèbre groupe de presse, Daniel Filipacchi avec son compère Frank Ténot. 50 ans plus tard, un coffret triple DVD annoncé pour début novembre risque bien de faire twister pas mal de nostalgiques et de curieux pour les fêtes. Le premier DVD démarre avec une séquence filmée de l’émission de radio, Filipacchi reçoit Johnny pour « Noir c’est noir », ils font allusion à une pochette des Stones « habillés en femmes » en rapport avec le titre d’un morceau dont aucun ne sait prononcer le nom… (« Have you seen your mother, baby, standing in the shadow? », photo 4 ci-dessous)… On enchaîne ainsi sur un Johnny qu’on a totalement oublié pour peu qu’on s’en souvienne : la bête de scène, le sex-symbol, avec son coup de pelvis à la Elvis et son visage trempé de sueur, regard acier, sourire carnassier (très loin du résident suisse…) qui gueule que « Noir c’est noir ».
          
1. SLC/Johnny, 2. MAT/Sylvie, 3. SLC/Dutronc/Hardy, 4. single Stones « Have you seen your mother, baby, standing in the shadow? »

Les textes des chansons parlaient tous de copains, de la bande, des amours trahies, déçues, des infidélités pardonnées, des espoirs de s’aimer à nouveau, « … le temps des copains, le temps des amours et de l’aventure… » (F. Hardy)… L’époque était celle de l’insouciance, du plein emploi, de l’émancipation, de la dernière surprise-partie, du « chouchou de la semaine », de la couverture du dernier SLC… On les a appelé les yé-yé, viendraient ensuite  les hippies, Katmandou, Bali, les rockstars, les drogues dures, les premières overdoses (Jimmy Hendrix, Janis Joplin, Brian Jones, Jim Morrison), on n’en est pas encore là, pas en France, mais tout y prépare…
Le parti pris du documentaire, c’est de laisser la parole, le silence, au montage qui fera le travail et ça le fait, très vite, on est parachuté dans les années 60, on regarde sur sa télé un florilège habilement monté d’extraits d’émissions cultes des années 60, voire des enregistrements à l’Olympia. Aurait-on préféré des commentaires, des explications à cette totale immersion en SLC land? Pas sûr… Exit 2009, pendant des heures on est transporté dans les années 60, à rebours…
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Excepté quelques doués naturellement pour l’interprétation comme Johnny, Jacques Dutronc trop craquant dans « Les Play-boys », Nino Ferrer avec « Mirza », les deux charme et second degré, Hugues Auyfray dont on a oublié le charisme avec « Santiano », Il y avait beaucoup de chanteurs raides comme des piquets devant leur micro, les bras ballants, ne songeant pas une minute à interpréter, plutôt préocuppés de ne pas se planter : Adamo « Laisse mes mains sur tes hanches », Hervé Vilard « Aline », Michel Delpech débutant ; mais on a pire comme ce Long Chris ami de Johnny (il épousera ensuite sa fille dans les années 90) ou France Gall se dandinant à contre-temps, la jupette satinée, la barrette fichée dans le front, chantant faux « Bébé requin ». Les exceptions inclassables : débuts de Polnareff sur couverture SLC brun et bouclé, époque beatnik, puis « Love me, please, love me » déjà blond platine mais lisse et sans lunettes de soleil… Le Showman Claude François avec une chanson que j’adore « Même si tu revenais », hum!!!

Françoise Hardy, Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, photo éditions Montparnasse

Et le twist, « La Leçon de twist », le « Twist à Saint Tropez », et le Madison et le Locomotion chanté par Sylvie Vartan, timide et  look collégienne, le Jerk plus tard. Et les danseuses des émissions télé aux chorégraphies approximatives mais tellement plus entrain que celles d’aujourd’hui réglées au millimètre, les mises en plis crêpées de Sheila et Sylvie auquel répond la modernité intemportelle d’une Françoise Hardy, longs cheveux plats, en pantalon, naturelle « Tous les garçons et les filles ». Peu de rockers mais ceux qui les inspirent Gene Vincent, Vince Taylor, Chuck Berry, Joe Cocker, et cette séquence de « Hey Joe! » par Jimmy Hendrix jouant de la guitare avec les dents. La mode vestimentaire bascule d’abord en Angleterre/Swinging London (Hendrix), puis en France, jusqu’en 67, les robes sages, les brushings boule, les escarpins, et, dès 68, les tenues hippies, les tuniques, les vestes satinées, les poignets en dentelle, les bandeaux dans les cheveux longs, la liberté, Julien Clerc dans « La Californie » (du temps du « Hair » français), Eric Charden avec le superbe « Le Monde est bleu, le monde est gris ». Et puis encore les pionniers, le Johnny de « Retiens la nuit », Eddy Mitchell et les chaussettes noires, Dick Rivers et les chats sauvages, les Surfs de « A présent tu peux t’en aller. Vers les années 70,
« Adieu jolie Candy » d’un certain J. François Michaël, une guimauve qui fit les beaux jours des slows, tendance « à nous les petites anglaises,  ou encore les groupes improbables d’une seule chanson Les Rubettes « Sugar baby love », les Equals « Baby comme back ».

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Dans le second DVD, il y a un peu tout ce qu’on a pas eu la place de mettre dans le premier, beaucoup d’autres chansons des mêmes comme « Adios amor » de Sheila » ou « La Nuit » d’Adamo dont on se rend compte que ce n’était pas si mal, beaucoup moins nunuche que « Le Folklore américain » de Sheila, par exemple. Et quelques morceaux uniques comme Marianne Faithfull en 67, épaisse frange sur visage d’ange, chantant « Yesterday » avec une voix très haut placé bien différente de celle d’aujourd’hui ou le magnifique « Gloria » du groupe « Them ». Et puis Michèle Torr débutante, brune, Jacques Dutronc dans une version live biscornue de « J’aime les filles » ou un indémodable « Et moi, et moi et moi… », un duo impro loufoque Johnny/Carlos (à l’époque faisant fonction de secrétaire de Sylvie Vartan), les débuts de Michel Fugain, brushing sage, Françoise Hardy bafouillante chez Mireille, etc… Et encore, le romantique Herbert Léonard « Quelque chose en moi tient mon coeur », beau, doué, parfois première partie de Sylvie Vartan dans ses tournées qu’on voit ici à la même époque en combinaison lamé or sur « Comme un garçon » dansant de vraies chorégraphies jazz, la première à avoir appris à danser aux USA. « Nights in white satin » des Moody blues, « The Sounds of silence » de Simon&Garfunkel, les émissions de télé « Le Palmarès des chansons », « Age tendre et Tête de bois », en filigrane les clubs comme « Le Golfe Drouot », « Le Bus Palladium », les minets « qui mangent leur ronron au drugstore » (Dutronc dans « Les Play-boys »)… Et ces géniales « Elucubrations » d’Antoine (le révolutionnaire « …mettez la pilule en vente dans les Monoprix »…) auquel répond Johnny, vexé qu’on ait parlé de le mettre « en cage à Medrano », par le plus sage « Cheveux longs, idées courtes ».



Enfin, le 3ième DVD, démarrant avec Eddy Mitchel au micro de Daniel Filipacchi avec une pub pour Ricils (une réclame), est un tantinet plus faible mais comporte quelques pépites comme « La Plage aux romantiques » de Pascal Danel ou « N’avoue jamais » de Guy Mardel (on attend vainement ensuite « Les Neiges du Kilimandjaro » pour faire le tiercé romantique mais non!). Découverte à l’époque par Johnny, une chanteuse pas formatée avec une voix de black : Nicoletta en 1968 pour « Il est mort le soleil ». Cerise sur le gâteau d’anniversaire, une version un peu oubliée de « Satisfaction » par Otis Redding et un groupe vraiment cool les Troggs avec « I can’t control myself »
(1968, oui à la robe en métal Paco Rabanne d’une des danseuses). Quant au tube absolu « Rain and tears » en 1969 avec Demis Roussos, en chanteur des « Aphrodite »s child », on a vraiment l’impression qu’il fait partie du patrimoine au même titre que « Le Pénitencier » de Johnny Hallyday qui date de 1966. On note d’ailleurs que seul Johnny sait se rapproprier les chansons qui sont souvent des traductions de succès anglais, ce qui n’est pas la cas d’un Richard Anthony avec un terne « Sunny ». Encore un Dutronc pour la route : « Les Cactus », il se « pique de le savoir », démontrant au passage avec toutes ces chansons d’une étonnante modernité que l’après-Jacques Lanzman (son parolier à l’époque) ne sera pas plus payant pour lui que Julien Clerc sans Etienne Roda-Gil. Retour en 2009, « L’Ecole est finie », 140 chansons, une soixantaine d’artistes, des heures de sixties, on vend des vieux exemplaires de SLC sur des sites en ligne à prix exhorbitant, mais la nostalgie n’a pas de prix (je ne prends pas beaucoup de risques à parier que ce coffret sera en tête des ventes des cadeaux de Noël).

 

 

 

éditions Montparnasse/Europe 1/Coffret 3 DVD collector au format vinyle 33t avec un livret 16 pages et le premier 45t de Johnny Hallyday (« T’aimer follement »). Suppléments pour chaque DVD (tournées de Dutronc, Johnny, Françoise Hardy, etc…). Existe aussi en version simple DVD1 ou DVD2. Sortie 3 novembre 2009.



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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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