« Tetro » : il n’y a pas d’âge pour rajeunir…

FF Coppola, sortie 23 décembre 2009

Pitch

Un jeune homme de 18 ans débarque à Bueno Aires pour revoir son frère aîné qui a quitté la maison dix ans plus tôt pour s'exiler en Argentine en coupant les ponts avec sa famille. Le fantôme de leur père, célèbre chef d'orchestre, hante les conversations.


L’impatience était grande de voir « Tetro » après la rencontre avec FF Coppola au Forum des images. Pourtant, le film laisse une impression mitigée : si les images sont sublimes comme on en voit rarement au point qu’on pourrait parler d’un Coppola « sculpteur d’images », l’histoire est un peu prétexte à la mise en scène, la seconde partie du film et la fin pas vraiment convaincantes. Mais quelle beauté!
—–
A Bueno Aires, le jeune Bennie débarque d’un bateau à quai, en réparation pour quelques jours, pour se précipiter sonner à la porte du domicile argentin de son frère aîné Angelo qu’il n’a pas revu depuis son enfance. Reçu par Miranda, la fiancée d’Angelo, il n’est pas vraiment le bienvenu, son arrivée dérange le système d’oubli qu’a mis en place son frère aîné qui se fait désormais appeler Tetro. Pourtant, Bennie, qui a toujours sur lui la lettre de son frère lors de son départ définitif d’Italie lui promettant de revenir le chercher le convainc de l’accueillir chez lui pour quelques jours. Les deux frères s’en vont visiter le quartier artiste de La Boca (où se passe le film), et tout va plus ou moins bien jusqu’à ce que Bennie se mêle de découvrir un manuscrit écrit par Tetro en langage codé. Tetro, visiblement connu de toute une faune à Bueno Aires, occupe les fonctions d’éclairagiste amateur lors de représentations théâtrales mais il semble que personne ne sache vraiment qui il est en Argentine. 


photo Memento films 

Le film en noir et blanc fait beaucoup penser à « Rusty James » (1983), d’une part, pour l’image, d’autre part pour le thème des deux frères que l’on va reprendre au carré dans « Tetro », Bennie et Tetro mais aussi le père Carlo, star de la musique, monstre narcissique dévorant son entourage, et son frère aîné l’oncle Alfie, musicien doué qu’il a condamné au silence. Présent en noir et blanc mais flash-backs en couleur sur le passé, une couleur défraîchie genre cinéma amateur, avec le père Carlo assénant à Angelo/Tetro qui lui déclarait vouloir écrire qu’il ne peut y avoir qu’une seule star dans la famille! Belle scène où le père demande « et tu écriras quoi? » et Tetro de répondre « Ca! » tandis que les paparazzi font crépiter leurs flashes autour du père. 


photo Memento films

Lors de la rencontre au Forum des images, Coppola a expliqué que l’aventure du « Parrain » a changé le cours de sa carrière de cinéaste qu’il se voyait mener en réalisant des films comme « Tetro ». Depuis « Conversation secrète » (1974), il n’avait plus écrit de scénario original mais avec son précédent film « L’Homme sans âge », pourtant adaptation littéraire, il s’approchait néanmoins du retour au film d’auteur comme il croyait qu’il en ferait toute sa vie quand il était encore étudiant en cinéma. Pourtant, une constante demeure qu’il s’agisse du « Parrain » ou de « Tetro » : la tragédie familiale, la famille… En allant retrouver Tetro, Bennie va être obligé de faire remonter à la surface quantité de blessures et lourds secrets de famille afin de comprendre  le départ de son frère et de définir sa propre identité.

 


photo Memento films

Le casting : au départ, c’est Matt Dillon (« Rusty James ») qui avait été retenu pour le rôle de Tetro mais il s’est désisté, remplacé par Vincent Gallo, un acteur réputé pas facile, marginalisé, dont Coppola a dit lors de la rencontre au Forum des images qu’il aimait depuis toujours engager des acteurs un peu paria tel Marlon Brando sur la touche au moment du « Parrain » et qu’il a imposé. Pour le rôle de Bennie, un parfait débutant Alden Ehrenreich (qui ressemble un peu à Dillon jeune à vrai dire…). Pour le père, Carlo, Coppola débute son film sans l’avoir trouvé puis, engage in extremis l’acteur allemand Klaus Maria Brandauer (« Out of Africa »). Enfin, les deux rôles féminins sont octroyés à deux actrices espagnoles : Maribel Verdu pour Miranda, la fiancée de Tetro, et Carmen Maura pour Alone, l’ex-mentor de Tetro. Pour l’anecdote, le rôle de Alone était d’abord destiné à un homme et un acteur, Javier Bardem (sous le nom de Unknown), démissionnaire, et réécrit pour Carmen Maura!!! Le personnage de Tetro, écrivain, artiste, traumatisé par son passé qui l’inhibe, ayant passé un long séjour en HP, a été plus ou moins inspiré par l’écrivain Antonin Artaud.
Les lieux : Coppola a tourné dans de vrais quartiers qu’il a redécoré en s’approchant le plus près de la réalité : surtout le quartier de La Boca (où s’installèrent jadis les premiers immigrés italiens) mais aussi l’antique café Tortoni où Bennie va fêter son anniversaire, le Teatro Nacional Cervantes pour les obsèques de Carlo Tetrocini et le Palais Sans Souci où la diva Alone organise le festival de Patagonie.

 


Notre note

(4 / 5)

Mots clés: , , , ,

Partager l'article

Lire aussi

Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Remplissez les champs obligatoires (required):

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back to Top