« The Boston strangler » (« L’Etrangleur de Boston ») : l’invention du split-screen

Richard Fleischer, 1968, sortie DVD 17 avril 2013

Pitch

Au début des années 60 à Boston, des femmes âgées sont retrouvées mortes, étranglées, violentées, à leur domicile. Le phénomène se propage à des femmes de tout âge. Le colonnel Bottomly est mandaté pour prendre l'affaire en main.

   

Ce film est très déconcertant. On s’attend à un film classique sur l’histoire vraie vaguement romancée de l’étrangleur de Boston qui sévit de 1962 à 1964 et on atterrit dans un film d’avant-garde : 1968, Richard Fleischer, réalisateur plutôt classique, préféré au débutant William Friedkin qui avait initié le project (cf. l’interview de Friedkin en bonus du DVD), invente un procédé qui ne cessera d’être copié ensuite : le split-screen, l’écran coupé en deux, trois, quatre cinq, l’écran multiple où plusieurs scènes sont présentées en simultané. Et pour « L’Etrangleur de Boston », ce procédé s’avère assez terrifiant malgré le peu de sévices montré à l’écran. Dans un écran, la future victime, dans l’autre, le futur assassin, dans le troisième, le meurtre, etc…
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Mais le plus osé peut-être est que toutes ces scènes présentées simultanément sur l’écran ne se passent pas toujours exactement en même temps, il peut y avoir dans ces multiples écrans une scène en flash-forward (du genre, avant, pendant, après le crime, bon! je ne l’ai vu qu’une fois, il faudrait vraiment voir ce film plusieurs fois). William Friedkin, encore, dit qu’il a été effrayé par ce film qu’il considère comme un des meilleurs films d’horreur! (excusez du peu venant de Friedkin). A noter l’incroyable séquence en écran multiple de l’arrestation de tous les maniaques de Boston par la police…

photo Carlotta


13 victimes. Au début, ce sont des femmes âgées, la plupart travaillant à l’hôpital, puis, des femmes jeunes, ainsi, toutes seront terrifiées à l’idée de sortir seules. Sauf que ce n’est pas en sortant qu’elles sont tuées mais en ouvrant la porte de leur domicile à un homme qui se présente comme le plombier (en vrai, l’Etrangleur de Boston se présentait comme un type cherchant des modèles à photographier, au début, il ne tuait pas). Un homme, John Bottomly, fonctionnaire zélé qui préfère son administration peinarde, est alors chargé, quasiment forcé, par le procureur général de centraliser les enquêtes au « Bureau de l’Etrangleur » : s’en suivra une relation intense entre Bottomly et un homme, Henry DeSalvo, soupçonné d’être le tueur dont on pense qu’il est schizophrène, mari et père modèle le jour, mass murderer la nuit. A partir du moment où on montre le visage de Henry DeSalvo (Tony Curtis), les scènes de meurtres sont explicites à l’écran quand on ne voyait quasiment rien des précédents meurtres (peut-être pire d’ailleurs : la femme qui accepte d’ouvrir la porte, le cri que pousse la voisine face à une scène de crime hors champ, le corps qu’on retrouve le lendemain…) Gênant quand même cette manière qu’a le réalisateur d’érotiser les dernières scènes de meurtre de l’Etrangleur, ces robes qu’il déchire en se tenant dans le dos de sa victime, le spectateur se trouvant de l’autre côté, face à la robe déchirée dénudant le corps de la femme.

photo Carlotta

On a beaucoup parlé de la performance de Tony Curtis en contre-emploi et c’est bluffant combien il est crédible dans le rôle de l’assassin présumé, du schizophrène effrayé par l’émergence du souvenir de ses actes, le mécanisme de la schizophrénie présenté ici comme le refuge mental d’une personnalité double dans l’amnésie partielle. Lors des séances de questions en tête à tête avec Bottomly (Henri Fonda), qui tente de le faire se souvenir des ses atrocités, le suspect raconte son emploi du temps le jour des meurtres et bascule, de temps en temps, dans des flashes cauchemardesques présentés en images subliminales (Friedkin utilisera plus tard le procédé pour l »‘Exorciste »).
Le split-screen à haute dose, les images subliminales, le fait qu’on attende exactement une heure avant de montrer Tony Curtis à l’écran, pourtant, la vedette du film et le présumé étrangleur, que d’audace et de nouveauté! Mais nous sommes en 1968 dans un cinéma devenu soudain libre et novateur. Distillant l’angoisse sans monter grand chose (ce qui fait peur est hors champ, ce qu’on imagine étant de toute façon bien pire que tout ce qu’on peut montrer). Bien entendu, j’ai visionné ce film seule la nuit et courage à celles qui vont faire la même chose!

photo Carlotta

PS. Petit bémol sur cette édition DVD, comme disait un commentaire, c’est un peu curieux de représenter un étrangleur avec un couteau sur la jacquette DVD France…
DVD et Blu-Ray éditions Carlotta, sortie 17 avril 2013
Bonus :
« L’Ecran schizophrène », entretien avec William Friedkin
« Faux nez, vrai tueur : souvenirs de l »Etrangleur de Boston », retour sur le tournage du film
 

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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