"The Bourne ultimatum" ("La Vengeance dans la peau") : Bourne again

Paul Greengrass, festival de Deauville 2007, sortie le 12 septembre


voir la BA…

 

Pour ceux qui avaient aimé «La mémoire dans la peau» et «La mort
dans la peau», calez vous dans votre fauteuil. C’est une suite en
forme de fin qui fait plus que ne pas démériter dans l’adaptation des
fameux bestsellers de Robert Ludlum. Quand, pour le second épisode,
Doug Liman avait passé les commandes à Paul Greengrass, un frisson
avait couru dan l’air avant de se dissiper devant le résultat. Le
troisième opus, toujours aux mains de Greengrass, lève les derniers
doutes. L’action est au rendez-vous, on ne s’ennuie pas, toujours dans
un esprit de vitesse mélé de «normalité».

—–
Cette fois-ci, Jason Bourne (Matt Damon) se rapproche de la solution à
sa quête d’identité et de retour de mémoire. Il a été déjà pas mal
chahuté, ce pauvre Jason, au cours des épisodes précédents, depuis son
sauvetage en mer, amnésique mais doté de capacités de survie et de
défense hors norme, fruit manifeste d’un entraînement aux petits
oignons dont il a bien fallu remonter la piste, jusqu’à la découverte
des premiers indices de son identité perdue au travers d’une puce
greffée sous sa peau, jusqu’à la mise à jour progressive d’un vaste
complot mené par la CIA et dans lequel il tenait une place mystérieuse,
jusqu’à l’aide de la belle Marie Kreutz qui allait l’accompagner
jusqu’à tomber sous les coups des poursuivants de Bourne à la fin du
second épisode. Mais Jason n’est pas décidé à en rester là. Sa quête ne
s’achèvera réellement qu’avec la restitution de son passé et
l’accomplissement de sa vengeance après la mort de Marie. Et c’est
justement pour ça qu’on est là

Matt Damon
© Paramount Pictures France Galerie complète sur AlloCiné

 

 


Comment décrire l’histoire sans déflorer le suspense ? D’autant que
tout se passe par saut de puce d’une capitale à l’autre à mesure des
pérégrinations d’un Bourne qui ne fait pas dans la dentelle pour
obtenir les informations dont il a besoin. On commence par un petit
saut à Turin et à Paris, juste pour se mettre en jambe, et l’histoire
commence. Un journaliste anglais, Simon Ross (Paddy Considine),
commence à publier des infos sur les avanies de Bourne et hop, voilà
Jason sur talons, prenant contact au nez et à la barbe de toute une
escouade d’assaillants qui ne fond pas long feu devant son habileté à
la fois dans l’utilisation de toute la panoplie des ustensiles de
l’agent secret moderne, dans sa capacité à repérer et à neutraliser ces
mêmes moyens quand ils sont dirigés contre lui, et dans le coup de
poing quand la situation en arrive à cette extrémité. Un carnet de
notes est récupéré et direction Madrid pour la suite des opérations.

Naturellement, la CIA n’est toujours pas décidée à laisser à Bourne la
liberté d’agir, et de nouveaux bâtons dans les roues se dessinent. Mais
Madrid est quand même l’occasion, après un étalage de dextérité
comparable à ce qui vient de se dérouler à Londres, de se faire une
alliée en la personne de Nicky Parsons (Julia Stiles) qui décide de
donner un coup de main. L’indice suivant est malgré tout récupéré mais
le contact recherché, Neal Daniels (Colin Stinton), s’est envolé pour
Tanger. Donc direction Tanger, en duo avec la belle Nicky.

Parallèlement à ce qui se passe sur le terrain, les choses évoluent
quand même à la tête de la CIA, où même si le directeur, Ezra Kramer
(Scott Glenn), et son adjoint, Noah Vosen (David Strathairn),
continuent à mener l’opération d’éradication de Bourne, une chef de
service annexe, Pamela Landy (Joan Allen), sent le coup fourré et tente
de tirer Jason de sa situation. Chacun, à la tête de l’Agence, pense
piéger l’autre dans une partie de billard à 28 bandes, mais les choses
avancent doucement.

De leur côté, à Tanger, les fugitifs sont sur les traces de Daniels. La
CIA ne l’entend toujours pas de cette oreille, et monte une vaste
opération pour dégommer les deux fugitifs ainsi que leur contact. La
bagarre fait vite rage dans les rues et les immeubles entremêlés de la
ville, jusqu’à un paroxysme dont émerge encore Jason muni n’un nouvel
indice qui le dirige vers sa destination suivante. Mais comme cette
fois on est passé près des dégâts, on met Nicky à l’abri sans la faire
participer à la suite des opérations. En route donc pour New York et la
bataille finale.

A New York, Jason fait encore étalage de toute son habileté et de sa
maîtrise des technologies qui rendaient l’Agence si sûre d’elle-même.
Simplement, les choses prennent une forme un peu différente dans la
mesure où on approche de l’échéance et qu’il faut bien faire se
rencontrer tout ce beau monde avant la révélation ultime.

Et voilà, l’affaire est dans le sac, les méchants vaincus, les gentils
contents, avec une discrète ouverture pour un éventuel nouvel épisode,
ça va de soi.

Dire qu’il y a quelque chose d’un peu répétitif dans cette histoire
n’est sans doute pas une surprise. Sans doute pas un inconvénient
d’ailleurs pour les aficionados. Il est vrai que l’uvre de Ludlum est
construite de la même façon, avec une trame qui se plie et se replie,
se décalquant d’un feuillet sur l’autre, s’appuyant bien davantage sur
les changements de lieu que sur les rebondissements du scénario. Si les
choses sont déjà sensibles au sein d’un même roman, elles deviennent
manifestes à la lecture d’une série des ouvrages du Maître. Encore
qu’on ne sait pas bien s’il faut vraiment lui en vouloir, à la fois
parce que finalement, si la recette est bonne et suffisamment puissante
pour créer l’addiction du lecteur, pourquoi le sevrer de son plaisir ;
mais aussi parce que cela semble être une caractéristique les
bestsellers US en série : voyez Dan Brown et la reprise quasi à
l’identique des rouages de la plupart de ses romans fleuves.

La trame du film reprend ainsi finalement rigoureusement la technique
de l’auteur. La même série de scènes, s’emboîtant comme dans un
mécanisme bien huilé, jusqu’à leur aboutissement, puis leur reprise
dans un nouveau décor.

Et question décor, chez Ludlum comme chez Dan Brown, on est justement
gâté. C’est que les différentes cités de par le monde qui font la toile
de fond de l’histoire ne sont pas simplement évoquées. Elles sentent le
vécu, le détail qui ne peut être connu que de quelqu’un qui en a
réellement foulé le pavé, ou qui s’est documenté d’une manière
exhaustive. Sur ce point peut-être, la qualité de l’adaptation à
l’écran n’est pas entièrement à la hauteur de la version papier. On
vole un peu vite d’une ville à l’autre. On les traverse plus qu’on ne
les habite, comme des touristes pressés. Mais pouvait-on faire
autrement quand il fallait mettre autant de choses en un temps limité
alors que Ludlum avait le nombre de page qu’il voulait bien se donner,
nombre sur lequel il était loin d’être avare. Ceci dit, si la technique
est transparente, elle n’empêche pas d’être agrémentée de multiples
rebondissements qui font partie intégrante de la recette. C’était
d’ailleurs bien la difficulté du premier opus de la série, qui ne
pouvait s’empêcher de chercher à coller au récit de Ludlum, et se
noyait dans les détails de certaines séquences, pour en arriver à
devoir en bâcler d’autres faute de temps, avec un résultat aussi
frustrant que possible pour quiconque avait commis l’erreur de lire le
roman avant de visionner le film.

Quant aux bagarres, ingrédient de base du film, elles ont bien évolué
depuis les origines du genre, dans les tréfonds des westerns de série B
des années 20 et 30. A l’époque, on nageait dans une vaste cacophonie
où il était souvent difficile de suivre le mouvement tant ça partait
dans tous les sens, ce qui était mis à profit pour attifer
grossièrement quelques cascadeurs, même peu ressemblants, comme les
héros en action et pour leur faire prendre leur place à l’écran. Mais
Bruce Lee est passé par là, et les jeux vidéo puis Matrix ont peaufiné
l’affaire. Les bagarres sont devenues l’affaire d’une chorégraphie
élaborée, d’un ballet pensé et repensé, répété inlassablement jusqu’à
la perfection du geste, monté et remonté pour atteindre au découpage
stroboscopique qui enchaîne les plans dans un tourbillon onirique
rejoignant l’extase. Il y a dans ces scènes de combat comme une envolée
lyrique qui s’enroule dans une spirale confinant au charnel. Il n’est
que d’écouter la respiration de la salle de cinéma elle-même, retenant
son souffle quand le mouvement commence, haletant de plus en plus
rapidement à mesure que le mouvement se déploie, s’emplissant
progressivement d’une rumeur d’abord timide puis de plus en plus
puissante, pour déborder en une salve d’applaudissements quand le
mouvement atteint son paroxysme final. Et cela, rien, à la lecture de
Ludlum, ne le laissait prévoir. C’est Greengrass qui en est l’auteur,
et lui seul.

Et cela est d’autant plus remarquable que ce genre de séquence se
retrouve enchâssé dans un fond le réalisme que vient renforcer
l’utilisation de l’image elle-même. La caméra est vive, directe,
quasiment portée au sein de chaque scène sur les épaules des
personnages. Il n’y a quasiment pas de prise de vue en pied des
personnages jusqu’aux dernières scènes du film. Comme si la libération
de l’engrenage qui emprisonnait Bourne permettait simultanément une
libération de l’image qui peut enfin cadrer large, sans se limiter à
l’immédiateté du gros plan imposé par l’urgence de l’action et le
danger. Jusque-là, les visages prenaient l’écran comme les yeux de
Charles Bronson ou d’Henry Fonda pouvaient manger l’écran d’ « Il était
une fois dans l’Ouest ». Maintenant enfin ils peuvent reprendre leur
place, comme un élément du spectacle parmi d’autres.

Comme d’habitude dans ce genre de production, littéraire ou
cinématographique, les noms des personnages sont à l’évidence un code
qui annonce et souligne leur caractère et leur comportement. A
commencer par Jason, en référence hellénistique à celui qui s’était
engagé dans une vaste quête de la toison d’or, et en poursuivant par
Bourne, en référence à celui qui est « born again » d’une manière
devenue si à la mode dans l’Amérique contemporaine. Imaginez ce qu’on
peut apprendre du nom de la petite copine, Parsons, de « personne »,
celle qui apporte l’identité sur un plateau de plomb. Quant à Ezra et
Noah, les deux directeurs de la CIA, faîtes un petit tour parmi les
prophètes de l’ancien testament pour en découvrir les caractéristiques.
La seule difficulté concerne peut-être le nom de Landy. Est-ce pour en
annoncer la capacité à ramener Bourne sur sa terre natale, dans son «homeland» ? Surprise

Pour le reste, on ne va peut-être pas épiloguer. Matt Damon est
partout, du début à la fin, égal à lui même avec sa physionomie de
premier de la classe ordinaire aux prises avec une histoire
extraordinaire. Ca apporte du sens, mais ça enlève pas mal de rêve à
ceux qui sont peu sensibles à son charme. Ca en ajoute manifestement
une dose gargantuesque à la foule de ceux, et de celles, qui
s’effondrent en pamoison à la simple évocation de son nom.

Voir aussi la présentation du film à Deauville et la conférence de presse de Matt Damon le samedi 1er septembre…

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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