"The Dead girl" : quintuple crime

Grand Prix du festival de Deauville 2007, Karen Moncrieff, sortie le 5 mars 2008

 

 

Un film choc qui a secoué la compétition à Deauville où il fut présenté le dernier jour. Il ne faisait pas de doute en sortant de la salle que le film allait obtenir le Grand Prix et ce fut le cas


En essayant ici de retranscrire les impressions que mont laissé ce film, je me rends compte que la force du film est dans lentité quil représente, dans la conjonction de ses cinq récits dont il sera difficile ici de rendre la force en les détaillant. Je vais essayer tout en sachant par avance que cette critique va dévitaliser le film, ce qui est un comble compte tenu du sujet! ! !


Cinq histoires de femmes victimes présentées à un moment de leur vie où elles vont avoir un choix à faire. Cinq femmes : létrangère, la sur, lépouse, la mère, la jeune morte.

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Une femme, Arden (Toni Collette), tyrannisée par sa mère infirme, trouve en se promenant le cadavre dune jeune fille dans les champs. Portrait d’une vieille fille résignée et soumise, à qui la découverte du cadavre va, au delà d’une célébrité soudaine non désirée, ouvrir des horizons : séduire, partir, quitter cette mère qui lui reproche dêtre vivante, lui interdit de se maquiller

 

Toni Collette
© Lakeshore Entertainment Galerie complète sur AlloCiné

 


 


Une jeune fille cherche en vain à faire le deuil de sa sur Jenny disparue depuis 11 ans. Employée à la morgue, Leah (Rose Byrne), croit reconnaître le cadavre de sa sur disparue, elle lidentifie mais sa mère refuse lévidence et veut croire sa fille vivante.


Lépouse usée (Mary Beth Hurt) dun serial killer sait au fond d’elle ce qu’elle ne veut pas savoir. Quand elle découvre les tiroirs débordant de lingerie tâchée de sang dans latelier de son mari parti faire une de ses nombreuses promenades, elle prend une décision : brûler les preuves


Après l’identification de la jeune Krista à la morgue, sa mère Barbara (Mary Steenburgen) part à la recherche de réponses sur les dernières années de la vie de sa fille. A LA, elle retrouve lappartement misérable où logeait Krista avec une colocataire. La mère comprend que les deux jeunes filles se prostituaient pour payer leurs drogues. Elle apprend aussi que sa fille avait accouché elle-même dune petite fille


Flash-back sur les derniers jours de Krista (Britanny Murphy), la jeune fille morte, trouvée dans un champ par létrangère du début du film. Quittant le domicile parental pour échapper aux avances de son beau-père, elle avait atterri à Hollywood, terre de tous les mirages. Embringuée dans un réseau de prostitution, la gamine défoncée et effrontée, navait quune joie : sa petite fille pour laquelle elle payait une famille daccueil. Cest pour apporter un cadeau danniversaire à lenfant que la jeune fille, pourtant rodée aux dangers, va malencontreusement croiser le chemin dun automobiliste âgé qui accepte de la prendre en stop


Toutes ces femmes sont des victimes examinées à une période de leur vie où elles vont avoir le choix : essayer de sen sortir ou pas. Létrangère est un cas à part, son histoire aurait mérité un film entier, victime de sa mère, coupable dêtre vivante à la place de son frère, elle essaye de devenir une femme mais en tentant une sexualité qui intègre les codes de la victime La jeune morte est multiplement victime, de linceste paternel, de lexploitation par son proxénète, de l’addiction à la drogue, du serial killer à la fin Dans lintervalle, la jeune fille employée à la morgue est la victime collatérale du déni de ses parents à reconnaître que sa sur ne reviendra pas. La mère de la jeune morte est également la victime par ricochet des abus de son mari sur sa fille dont elle ne savait rien. Au centre, lépouse du serial killer se trouve devant un choix crucial qui va décider du malheur et du deuil des autres : dénoncer son mari pour que cessent les meurtres en série et que les familles puissent trouver un peu dapaisement et opérer leur deuil, ou devenir la complice tacite dun meurtrier qui va récidiver


Film sombre, macabre et douloureux, Karen Moncrieff* dit sêtre souvenue davoir été jurée dans un procès de ce genre dont les photos des victimes lont marquée à jamais, ce qui expliquerait la multiplication dimages insoutenables en gros plan. Car, à ce film dur qui ne mâche pas ses plans, on pourra reprocher une certaine complaisance dans les images obsédantes des victimes, une certaine insistance à montrer la réalité des lendemains dun crime.


Un film fort et abouti, tant le scénario que les images (tropisme pour les visages) dont la réalisatrice a confié qu’elle avait été influencée par la manière de filmer des réalisatrices européennes comme Agnès Varda. Témoignage sur la violence exacerbée au quotidien familial, en amont et en aval des crimes qui, au delà des meurtres odieux, envahissent et paralysent les vies de lentourage. Leçon de deuil, comment, pour entrevoir une possible lueur despoir au bout du tunnel, il faut accepter la mort de lautre proche


 


Karen Moncrieff, Deauville samedi 8 septembre (photo Vierasouto)

* Karen Moncrieff, ancienne actrice, était déjà présente à Deauville en 2002 avec « Blue car ».


Lire la rencontre en conférence de presse avec Karen Moncrieff (photo) à Deauville cette année…


Voir les photos de la cérémonie du Palmarès du festival de Deauville 2007 où Karen Moncrieff reçoit le Grand prix…

écrit par Vierasouto le 28/09/06

Notre note

(5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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