« The Great sinner » (« Passion fatale ») : quand Siodmak adapte Dostoïevski

Robert Siodmak, 1949

Pitch

Par passion pour une femme superbe rencontrée dans un train, un jeune écrivain va plonger dans l'enfer des casinos pour tenter de la sauver et devenir lui-même un joueur accro aux tapis verts.


Parti pour effectuer un long séjour à Paris, Fédor, un écrivain russe, rencontre par hasard dans un train la fascinante Pauline Ostrovski, c’est le coup de foudre. Il décide d’interrompre son voyage pour la suivre à Wiesbaden, station à la mode. Pauline va y rejoindre son père, le général Ostrovski, qu’une gangrénante passion du jeu enchaîne tous les soirs au casino de la ville. Presque ruiné, ce haut gradé a été contraint de promettre la main de sa fille au directeur du casino, Armand de Glasse, en échange de crédit, il l’a en quelque sorte vendue. Bien résolu à payer le directeur du casino, Fédor tente lui aussi sa chance mais il va rapidement basculer dans l’enfer du jeu.Démarrant sur une histoire d’amour dont on pense que la trop belle Pauline va faire souffrir le sage Fédor tombé amoureux au premier regard, c’est le contraire qui va se produire. La passion du jeu va supplanter le sentiment amoureux. Débutant au casino pour payer les dettes de jeu du général Ostrovski et libérer Pauline, s’illusionnant qu’il construit ainsi son futur roman, Fédor, piègé par le directeur du casino qui lui laisse l’argent liquide entre les mains pendant deux jours, va reperdre l’argent gagné et aussi tout ce qu’il possède.
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La mort rode autour du casino aussi sûrement que dans le film noir, la mort et la cupidité, d’une part, la roulette russe de l’autre, on joue comme on se suicide… à terme. Un jour ou l’autre, l’ampleur de la ruine conduira les joueurs au suicide, seule porte de sortie des palaces de cette ville d’eau très chic où ils mènent grand train, couverts de dettes. Le directeur du casino est d’ailleurs gêné qu’on se tue sur place à la table de jeu, ça fait brouillon…

Après « The Killers (« Les Tueurs »), « Criss-cross » (« Pour toi, j’ai tué »), « La Proie », Siodmak, le spécialiste du film noir se voyait donc confier l’adaptation au cinéma du « Joueur » de Dostoïevski.
Au final, ça donne un film inégal où seules les scènes de casino (nombreuses) sont captivantes car traitées avec le même suspense qu’un polar noir… L’arrivée de la grand-mère richissime s’effondrant morte à la table de jeu alors qu’elle n’était pas joueuse quelques heures auparavant n’est pas très crédible, par exemple. Les scènes de french-cancan sont pimpantes mais n’intéressant pas beaucoup le réalisateur, on dirait.Comme dans « Les Tueurs », on procède par flash-back mais beaucoup plus simplement, Pauline lit le manuscrit de Fédor agonisant qui raconte leur rencontre, leur histoire… Ava Gardner rempile avec Siodmak qui l’avait engagée débutante dans « Les Tueurs » où elle-même avait confié qu’elle savait à peine jouer… Mais le rôle n’est pas aussi fort, Pauline n’est pas une femme fatale mais une femme qui, malgré sa superbe, subit la domination des hommes, son père, le directeur du casino, Fédor. Le couple Gregory Peck/Ava Gardner vaut cependant le détour.

 


Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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