« The Hour » saison 1 : le charme suranné d’une série anglaise en immersion fifties

Diffusion Orange CinéMax à partir du 20 mars 2012

Pitch

En 1956 à Londres, sur fond de nationalisation de canal de Suez, un groupe de journalistes TV ambitieux se voit confier le lancement de "The Hour", le premier magazine d'investigation de la BBC. Un trio aux relations complexes, le présentateur Hector Madden, la productrice Bel Rowley et le journaliste Freddie Lyon, va alors s'affronter tant sur le plan professionnel que privé.

 

« The Hour » est certainement une des séries les plus subtiles du moment, moins glamour et addictive que « Mad men », série vénéneuse où la réussite est ostentatoire et revendiquée, mais d’un chic désuet, discret, british compatible, les sentiments et les ambitions intériorisés. Dans les deux séries, on boit et on fume compulsivement, sans culpabilité, sans peur, les tenues de la vie quotidienne ne sont jamais négligées, les femmes portent naturellement des robes satinées ajustées à la taille, des talons hauts, des mise en plis lustrées, les hommes des manteaux, des chapeaux, des cravates, les fifties, les sixties, un monde perdu qui n’a pas fini de faire rêver… La saison 2 de « The Hour » est déjà commandée. 

Episodes 1/3 : 


photo BBC

1.
Freddie Lyon (
Ben Wishaw), journaliste brillant et fouineur de la BBC, envisage l’info autrement que statique et formatée, il rêve… Mais quand se monte le projet de « The Hour », premier magazine TV d’investigation, le poste de présentateur lui passe sous le nez au profit du séduisant Hector Madden (Dominic West) dont le beau-père a le bras long. Le poste de productrice de l’émission est confié à Bel Rowley (Romola Garai), jeune femme ambitieuse, ambigue, proche de Freddie Lyon qu’elle finit par convaincre de les rejoindre dans l’aventure de « The Hour ».En parallèle, deux événements dont l’impact va marquer la suite de la série : Primo, un universitaire est poignardé dans la rue, on conclut à une agression pour vol, à tort, on ne lui a rien volé, il s’agit de Peter Darrall dont Freddie Lyon suppute en enquêtant qu’il était sans doute un agent secret faisant passer ses messages dans des grilles de mots croisés. Secundo : Ruth, 21 ans, la fille de Lord Elms, jeune fille un peu larguée, amie d’enfance de Freddie, fête ses fiançailles avec Adam Le Ray, un acteur de séries TV de seconde zone. Mais, à la fin de l’épisode 1, Freddie découvre Ruth Elms pendue à la douche de la salle de bains de sa suite à l’hôtel, en épluchant les photos, il se rend compte que ce n’était pas un suicide.

2/3.
Alors qu’on annonce la prise du canal de Suez par le colonel Nasser, Bel passe outre les consignes de la direction et fait témoigner un invité pro-Nasser dans l’émission « The Hour ». Pour traduire les déclarations du président Nasser, la BBC a engagé le mystérieux Thomas Kish… Freddie reçoit un film amateur des vacances de Ruth Elms… On l’y voit avec notamment l’universitaire assassiné du début de la série… Hector Madden invite Bel et Freddie à la campagne pour le WE dans le château de ses beaux-parents, l’attirance entre Hector et Bel se confirme, Marnie, la femme d’Hector, s’en rend compte…


photo BBC

Les impressions sur la série :

Le charme suranné de la série « The Hour » n’est pas immédiat comme l’était la première saison de « Mad Men », hynoptique et glamour, à laquelle on peut, toutes proportions gardées, la comparer. Le point commun : une atmosphère exceptionnellement bien restituée, celle des années 50 pour « The Hour », des années 60 pour « Mad Men ». Mais, au delà de la décennie qui les sépare (en fait quelques années pour le début de « Mad men », « The Hour » se passe en 1956), la grande différence de style est culturelle : Contrairement à « Mad Men », série américaine raffinée et névrosée, immergée dans un univers de publicitaires résidant sur Madison avenue à NY, « The Hour » est une série anglaise se passant à la BBC à Londres avec un relationnel so british entre les personnages : tout ce que ça comporte de retenue, de chic anglais, de « never explain, never complain », de sensualité pas immédiatement repérable. Dominic West (Hector) n’est pas Jon Hamm*, le séducteur absolu, et Romola Garai (Bel) n’est pas January Jones*, la bombe platinée Hitchcockienne. Ainsi, l’attirance initiale entre Bel, la productrice, et Hector, le présentateur vedette imposé par son beau-père dans l’émission « The Hour », est imperceptible, Hector mal à l’aise à l’antenne, Bel va le materner, tenter de le détendre pour la réussite de son émission, et, imperceptiblement, leur relation va évoluer. Une histoire d’amour ambigue car il s’agit en fait de celle d’un trio amoureux, Bel étant plus proche de Freddie Lyon, le journaliste incontrôlable et mélancolique, que d’aucuns autres hommes, Freddie jalousant Hector tout en se faisant le complice forcé de leur liaison. 

* Don et Betty Drapper dans « Mad men » Pour le spectateur, on est un peu au diapason de l’intrigue amoureuse, le potentiel de séduction de Bel Rowley/Romola Garai n’est peut pas frontalement perceptible mais il se développe au fur et à mesure des épisodes, l’actrice (Romola Garai) est très fine dans sa manière de se réveler la féminité de Bel Rowley au fur et à mesure qu’elle tombe amoureuse d’Hector Madden. Mais, pour ma part, j’en resterai là quant à la séduction d’Hector Madden/Dominic West (« The Wire »)… Je préfère Freddie Lyon/Ben Wishaw qui a des faux vrais airs de Laurent Terzieff jeune.

On peut se demander si le véritable héros central de la série n’est pas Freddie Lyon, l’enquêteur triste et buté qui n’a peur de rien et surtout pas d’enquêter, au péril de sa vie, sur la mort suspecte de son amie d’enfance Ruthie Elms qui l’avait appelé à l’aide avant d’être retrouvée suicidée dans une salle de bain. Freddie cohabite avec son père, veuf, mal en point, dans un appartement modeste et mal rangé qui tranche avec les fastes aujourd’hui dérisoires du château de Lord et Lady Elms où il fut recueilli dans son enfance à la demande de sa mère. Les inscriptions de Ruth et Freddie enfants sur les murs du château, témoignage des jours heureux d’un autrefois fossoyé,  lors de sa visite de Freddie chez les Elms, qui mentent tragiquement sur la mort de leur fille, quelle nostalgie…

Au delà de tout le processus de la nationalisation du Canal de Suez, suivi, pas à pas au cours des six épisodes que compte la série, mine de rien, on ajoute par touches discrètes l’écho d’autres événements du monde en 1956, plus futiles mais non moins médiatiques, ce qui renforce le sentiment d’authenticité, d’immersion fifties : la lune de miel du prince Rainier et de Grace Kelly, l’indisposition de Marylin Monroe qui tourne à Londres au même moment « Le Prince et la danseuse » avec Laurence Olivier, ce qui fait dire à une protagoniste en raillant que si elle-même avait épousé Arthur Miller elle se sentirait mal aussi…

 

 


photo BBC

 

« The Hour » saison 1
diffusion
sur Orange CinéMax à partir du mardi 20 mars 2012
sur catch up (TV de rattrappage, canal 24) Orange Cinéma Séries
6 épisodes de 60′

 

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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