« The Président’s last bang » : chronique d’un assassinat

Im Sang-soo 2005, sortie DVD 21 avril 2009
Dans l’interview du réalisateur Im Sang-soo en bonus du DVD, il dit à propos du « Vieux jardin » que filmer une histoire d’amour ne l’intéressait pas hormis le challenge, mais qu’en revanche, la trame politique du film l’intéressait… Dans « The Président’s last bang », les femmes ne sont présentes que pour illustrer la corruption du régime dans un film sur la violence immense de la politique. Arrivé au pouvoir en 1961 par la violence, un coup d’état militaire, le président Park Chung-hee sera assassiné dans sa résidence en 1979 par son chef de la sécurité et le directeur de la KCIA, devenu ivre de sang et de revanche…

Séoul, 26 octobre 1979, on emmène deux jeunes femmes, l’une chanteuse pop, l’autre call-girl, à la Maison bleue, résidence du président Park Chung-hee, pour distraire la soirée bien arrosée de ces messieurs… Mais le directeur de la KCIA, homme ébranlé physiquement et nerveusement par les rivalités et les luttes de pouvoir autour du tyran, a d’autres projets en tête et s’éclipse de la réunion pour programmer avec ses lieutenants de liquider le président… tout de suite… Cet assassinat, ce carnage désordonné du salon aux cuisines où chacun connaît un tiers qu’il ne sait pas s’il doit tuer ou épargner, occupe la seconde moitié du film.
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photo éditions Potemkine

Le film a des tonalités crépusculaires, des ocres sombres, des ton pain brûlé ou rougis, dans l’interview en bonus, Im Sang-soo dit avoir voulu s’inspirer à la fois du « Parrain » de Coppola et des « Affranchis » de Scorsese, le premier plus esthétique, le second plus réaliste, il en résulte un film hybride assez surchargé en tout, pavé d’idées de mise en scène isolées souvent belles qu’on ne  suivra pas ensuite, allant de la saturation en couleurs au presque noir et blanc, un film très stylisé, pas homogène, parfois un peu indigeste. Malgré tout, le sujet est captivant, même si on ne sait pas très bien ce que veux démontrer le réalisateur, hormis l’escalade de la violence, la mécanique générale de la violence qui finit par s’autogénérer, les conséquences d’années de régime totalitaire créant des monstres à l’image du pouvoir « qui se prend » et ne se demande pas…  Il semble que les circonstances réelles  de l’assassinat du président Park Chung-hee en 1979 demeurent toujours floues aujourd’hui et que le film en subisse les zones d’ombre, voire en joue avec les limites que ça suppose.

photo éditions Potemkine
Film choc, on le serait à moins, frappant par sa liberté de ton et son absence de censure jusque dans l’intimité des personnages. Pourtant, ayant beaucoup aimé « Le Vieux jardin », je n’ai pas retrouvé dans « The President’s last bang » (2005) la grâce et la fluidité, l’équilibre entre l’histoire et l’Histoire de ce qui sera son film suivant : « Le Vieux jardin » (2007) se situant peu de temps après l’assassinat du président Park. Il faut croire que le réalisateur est plus inspiré quand il est moins concerné en prenant du recul sur les événements… 


photo éditions Potemkine

Avant sa sortie, le film, attaqué en justice par la fille du président Park, fut censuré, la cour centrale de Séoul ayant ordonné la suppression des séquences d’actualité d’archives insérées au début et à la fin du film. Deux ans plus tard, après révision du procès  en appel, le film sortira enfin en version « director’s cut », celle présentée sur ce nouveau DVD.
DVD éditions Potemkine et Agnès B, version director’s cut inédite en coffret avec en bonus un entretien avec Im Sang-soo et un livret de 16 pages. Sortie 21 avril 2009. 

 

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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