original

« The Proposition » : western australien crépusculaire

John Hillcoat, 2005, sortie 16 décembre 2009

Pitch

A la fin du XIX° siècle, du temps de la colonisation, un capitaine de l'armée britannique, envoyé dans l'Outback australien pour y remettre de l'ordre, va proposer un marché secret à un hors la loi irlandais après le massacre d'une famille de fermiers. Mais il s'oppose sans le savoir aux codes sociaux en vigueur et à la soif de vengeance de tous les partis.

A quelques semaines de la sortie du très médiatisé film « La Route » de John Hillcoat, présenté à Venise, adapté d’un ouvrage du même auteur que celui de « No country for old men » (Cormac Mc Carthy), on se décide enfin à sortir également en salles en France quasiment en même temps son sublime western funèbre « The Proposition »…  

Le capitaine Stanley qu’on découvre en train d’arrêter deux des frères du clan Burns après le massacre de la ferme Hopkins, apparaît rapidement le seul homme à peu près intègre du film, en tout cas le seul à posséder une morale dans une région et une époque sans morale autre que la violence en réponse à la violence. La première image du film est déjà dans l’action, fusillade, arrestation des coupables, cadavres de la famille massacrée, aucun temps de répit, on entre de plain-pied dans le western réaliste où les hommes sont crasseux, où les blessés couverts de plaies ne sont pas beaux à voir, où les arrestations sont aussi musclées que les exactions.

Le clan Burns hante les jours et les nuits du capitaine Stanley qui échafaude un plan tordu : puisque l’aîné du clan Burns s’est échappé, introuvable, il propose un marché à Charlie Burns : neuf jours pour retrouver son frère Arthur et le tuer de ses propres mains, en retour, il lui promet la grâce de son plus jeune frère condamné à la pendaison. On enferme alors en prison Mickey, le cadet des Burns, un ado débile et fragile. Mais les hommes de Stanley sont encore plus ignobles, si c’est possible, que les hors la loi, ils persécutent Mickey Burns dans sa cellule, humilient les aborigène au quotidien et rêvent de violer Martha Stanley (Emily Watson), la délicate épouse du capitaine au regard de porcelaine assorti à ses robes.

—–

 


photo Bodega films

 

Tandis que Charlie Burns (Guy Pearce) se met en route dans des paysages écrasés de lumière blanche sur la musique de Nick Cave (on est alors dans le western folk poétique, assez sublime…), intervient en ville un homme aussi borné et intolérant que chic dans ses manières, l’officier Dunn, supérieur de Stanley, qui va provoquer le pire en exigeant qu’on flagelle à mort le frère cadet en prison, choqué que le capitaine Stanley ait pu faire un marché avec un truand, soucieux de calmer la population qui crie vengeance.

Une fameuse galerie de portraits… Arthur Burns (Danny Huston), surnommé l’homme-chien ou l’homme-loup, est un criminel cyclothymique et sanguinaire citant Darwin à ses heures, prêchant l’amour familial, dormant de manière fusionnelle avec son chien, s’extasiant de la beauté des paysages. Quand son frère Charlie le rejoint dans son antre, Arthur comprend vite que ce dernier va le trahir mais le sentiment fraternel prend le dessus. On est assez désorienté dans ce film où les hors la lois sont presque plus sympathiques que les soldats du capitaine Stanley (Ray Winstone) complètement tarés ou la population raciste et vengeresse en ville. Le capitaine Stanley est montré comme un homme dur, obsédé par sa mission de « civiliser » l’arrière-pays australien, mais aussi comme un officier de l’armée coloniale harassé par un pays austère et féroce qui l’épuise, sujet à des migraines récurrentes, en train « d’y laisser la peau » à tous les sens du terme.

 

 
photo Bodega films

 

Le réalisateur a fait appel au français Benoît Delhomme pour signer des images d’une rare beauté. Images spectrales, floutées par la poussière, naturellement surexposées, teintées d’orangé, une atmosphère irrespirable saturée de chaleur blanche, un univers désespéré et désespérant, une société sans foi ni loi… On chercherait en vain un défaut à ce film magnifique, western crépusculaire à la fois réaliste et lyrique, sauvage et poétique, aussi impitoyable que la vie dans l’Outback, cet équivalent australien du far west américain.

 

 
photo Bodega films

 

Cependant, le western australien n’est pas seulement la transposition du western traditionnel américain sur un autre continent. D’abord, il y a les paysages arides et inhospitaliers de l’Outback, les conditions de vie impitoyables dans cette région désertique cernée par les mouches (qu’on entend dans le film en arrière-son) où il fait plus de 50° à l’ombre. Ensuite, le film se passe au moment de la colonisation anglaise avec ce paradoxe que l’empire britannique voulait à la fois désengorger ses prisons en envoyant en Australie des prisonniers de droit commun et procéder à la « civilisation » du pays par les autorités coloniales. On voit très bien dans ce film que les britanniques chassent les forçats irlandais hors la loi qui terrorisent la région tandis que les aborigènes, dont on est en train de voler les terres, pactisent plus ou moins avec des deux partis pour tenter de s’en tirer, dans tous les cas exploités sauf qu’ici le réalisateur les montre également dans la rébellion, l’action. On appelait les hors la loi irlandais les « Bushrangers », certains bandits sont passé dans la légende comme Ned Kelly, modèle du film « Ned Kelly » en 1970 avec Mick Jagger.

Notes.

Ce film, sorti en Australie en 2005, existe déjà en DVD (il serait vraiment dommage de ne pas le voir d’abord sur grand écran). Nick Cave qui a écrit ici la musique et le scénario de « The Proposition » a écrit aussi la musique de « L’Assassinat de Jesse James ». Le réalisateur John Hillcoat vient de tourner « La Route », prix du scénario à la Mostra de Venise, qui sortira en France le 2 décembre avant « The Proposition » le 16 décembre 2009.

site officiel du film…

Voir aussi « The Proposition » sur facebook..

{{Ma Note 5}}

Notre note

3.5 Stars (3,5 / 5)

Mots clés: , , , , ,

Partager l'article

Lire aussi

Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Remplissez les champs obligatoires (required):

Back to Top