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« The Wrestler » : quel spectateur pourra résister à Mickey Rourke?

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Pitch

Une ancienne star du catch, vivotant grâce à des compétions minables, est victime d'une crise cardiaque : il décide de prendre sa retraite  jusqu'au jour où se profile l'anniversaire des 20 ans de son dernier combat dans les années 80...

Il y a des années que je n’avais pas été aussi bouleversée par un film. De la première à la dernière image du film, qui semblent se faire les plus discrètes possibles pour ne pas entraver la force du récit, on a les larmes au yeux. Darren Aronofsky a compris qu’avec un sujet aussi intense, focalisé sur la déchéance d’une ancienne gloire du catch des années 80, en miroir de celle de l’acteur Mickey Rourke, ex-star des eighties, surdoué et autodestructeur, boxeur sur le tard, qui allait endosser le rôle, tout effet serait en trop ; qu’il lui fallait s’effacer devant son sujet et son acteur principal parce que le mettre en valeur suffirait amplement. Pour cela, il a pris le parti d’une approche quasi-documentaire mais si ce quatrième film de Darren Aronofsky n’a aucune parenté stylistique avec le précédent « The Foutain », qui n’en avait pas non plus avec le second devenu culte « Requiem for a dream », etc… 

Le talent, bien au dessus du lot commun, reste intact

Qui parlera encore du visage détruit par la boxe et la chirurgie de l’acteur Mickey Rourke qui a alimenté les gazettes pendant des années après « The Wrestler »? Qui pourra parler d’autre chose en sortant de la projection que de sa performance, de cet immense don de soi à un réalisateur qu’il respecte et qui le respecte, de son humilité à se montrer tel qu’il est  (au début, filmé de dos, puis de profil, avant de montrer son visage…) : un homme revenant de l’enfer qui interprète avec son corps et son coeur le rôle d’une star sur le déclin dont il a été le jumeau pendant des années et dont il aurait poursuivi la chute s’il n’avait trouvé aucune aide sur le chemin, comme ce sera le cas de Randy Robinson, dit « The Ram » (Le Bélier) Surnommé ainsi à cause du coup  fameux du Bélier pendant les matches de catch qui ont fait se renommée dans les années 80.

photo Mars distribution
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Les affichettes et coupures de presse au mur qui défilent, avec en son off le vacarme hystérique de la foule pendant des matches qui leur correspondent, ceux de la période de gloire de Randy Robinson, le tout sur une géniale BO rock, font démarrer le film en trombe avant la fin du générique! Dernier match de légende en 1986, la rencontre de Randy le Belier et de l’Ayatollah… 20 ans plus tard, au sortir d’une rencontre minable de vieux catcheurs sur la touche, Randy est dans le noir, il va dormir dans sa voiture, faute d’avoir pu payer le loyer de sa caravane… Là où vivent les catcheurs déchus  comme Randy, c’est la précarité et souvent la crasse, le désespoir toujours, des photos souvenir, des bandages, des comprimés pour toutes les douleurs qu’on achète au marché noir, Randy n’aura les moyens  de s’offrir que des anabolisants pour augmenter sa masse musculaire, pas un sou pour les antibiotiques.

photo Mars distribution

Darren Aronofsky a enquêté sur ce milieu du catch, souvent traité avec mépris, beaucoup de scènes  du film ont employé ces ex-vedettes du catch comme figurants ou petits rôles, la plupart d’entre eux n’ont ni logement décent ni couverture sociale. Mickey Rourke avoue que 16 ans de boxe l’ont moins ébranlé physiquement que les mois de préparation au catch pour son rôle, que lui-même n’avait pas d’estime pour le catch avant de le pratiquer pour le film. Les gestes sont différents de la boxe et, surtout, les combats sont chorégraphiés, prémédités, on le voit très bien dans le film, ces hallucinantes discussions pour  organiser le combat à l’avance dans les vestiaires peuplés de monstres tatoués, buste hypertrophié, corps de culturiste dopé aux hormones, aussi gentils dans la vie que sanguinaires sur le ring. Ici, l’habit ne fait pas le catcheur, Tommy le pourri, crête noir et rouge sur le crâne, short rouge sang, aussi avenant que le diable en personne, est plus correct que le catcheur au physique banal qui va achever de détruire Randy à coup d’agrafeuse pour faire le show, les deux hommes finiront dans un bain de sang. Randy, qui se contentait d’une lame de rasoir pour s’ouvrir la tempe, devant la folie de l’adversaire, tient le coup pendant le combat mais fait une attaque cardiaque dans les vestiaires…
  
photo Mars distribution


C’en est fini des UV, de la teinture platine bon marché sur ses cheveux de lion (impressionnante chevelure de Mickey Rourke, longue, blond dirty, filasse), de la musculation et des drogues, Randy prend sa retraite au sortir de l’hôpital… Mais la vie ordinaire va s’avérer plus  douloureuse encore que les combats… « Là où t’en baves, c’est dehors », dira Randy avant son ultime combat… Les petits boulots humiliants, sa fille qu’il tente de revoir après l’avoir abandonnée lors de son divorce, la strip-teaseuse vieillissante avec il espère une relation durable… Le personnage de Cassidy, la strip-teaseuse, est un peu le double féminin du catcheur déchu, on la découvre en train de se faire jeter par un groupe de jeunes clients qui la traitent de reliquat des années 80. Plus tard, elle aussi peine à trouver des clients dans la boite de nuit, le corps toujours canon et bien entretenu mais le visage fatigué, trop maquillé, l’expression usée malgré les efforts pour sourire. Sauf que Cassidy a un moteur dans la vie : son fils de 9 ans. Que c’est triste de voir Randy chercher vainement quelqu’un pour parler après son attaque cardiaque… Ce qui frappe, c’est l’absence de révolte, la résignation du personnage tellement violent dans son sport, acceptant toutes les brimades, les refus, sympa avec tout le monde, ni aigri ni haineux, subissant tout sauf la perte du catch, sa raison de vivre…  

photo Mars distribution

Après « Che », encore un parcours christique mais autrement plus physique, obscure et sans espoir est la vie de Randy Robinson qu’on traite parfois de « Bélier émissaire »… Voisin du dernier « Rocky » pour le thème, le premier était ludique, ici, c’est dramatique. On n’est pas dans l’empathie mais franchement dans la compassion tant le film est émouvant (étymologie de compatir, souffrir avec) ; mais, paradoxalement, c’est la foule en délire, quand Randy accepte le martyr de son corps pendant les combats, qui lui apporte le substitut d’amour dont il a besoin, c’est aux cris de la foule qui l’acclame que Randy le Bélier est accro, pour ces cris d’amour-là, aucun coup de fait mal sur le coup…

 


photo Mars distribution


Pour l’anecdote, Darren Aronofsky  a imposé Mickey Rourke, pourtant à moment donné, les producteurs n’ont plus marché, il a failli être remplacé par Nicolas Cage mais celui-ci lui a rendu le rôle tout comme Bruce Springsteen a spécialement écrit la chanson du « Wrestler » pour lui. Pour le rôle, il a pris 20 kg, s’est entraîné des mois, y compris sur le tournage… Nominé aux Oscars, Mickey Rourke, déjà acclamé à Venise quand le film a obtenu le Lion d’or (le règlement de La Mostra ne permet pas de donner deux prix au même film), vient de décrocher le Golden globe du meilleur acteur devant Sean Penn dans « Milk », c’est dire… 

 

Plus d’infos sur ce film


Mickey Rourke Golden Globe du meilleur acteur/janvier 2009

 

Plus d’infos sur ce film

 


 

Lire aussi la critique très documentée du film de Labosonic…

Mickey Rourke en quelques films années 80 :


« 9 Semaines et demi » (1986) d’Adrian Lyne : Mickey Rourke et Kim Basinger dans un film emblématique des années 80.

« Body heat »
« Rusty James »
« L’Année du dragon »
« Le Pape de Greenwich village »

« L’Orchidée sauvage »


« Angel heart »(1987)  d’Alan Parker : un des plus beaux rôles de Mickey Rourke dans les années 80… (avec la vénéneuse Charlotte Rampling dans un second rôle).

 

 

Notre note

5 Stars (5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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