« True grit » : la vengeance d’une jeune fille qui a du cran

Ethan et Joel Coen, sortie 23 février 2011 (ouverture du festival de Berlin)

Pitch

Pour venger la mort de son père tué sous ses yeux, une jeune fille engage un mercenaire. Contrairement à toute attente, elle tient à faire partie de l'expédition pour traquer le coupable.

, déjà porté à l’écran en 1969 par Henri Hathaway sous le nom français de « 100 dollars pour un shériff » avec John Wayne, a donné aux frères Coen l’occasion de faire un vrai western au sens classique du terme. Un film complètement différent du somptueux « No Country for old men » qu’on pouvait qualifier de western moderne crépusculaire. Car c’est d’un western old fashion qu’il s’agit, la seule différence avec les grands classiques du genre étant la psychologie
contemporaine des personnages  et une cruauté réaliste qui perce en filigrane, correspondant à ce qu’on montre aujourd’hui au cinéma, à ce qu’on occultait autrefois. Si « No Country… » se passait de nos jours au Texas, « True grit » se passe en Arkansas  en 1870 après la guère de Sécession avec un personnage transfuge du Texas : le Ranger Laboeuf. Les amateurs du genre vont être comblés, les cinéphiles aussi car c’est tellement bien filmé! Pas la force d’un « No Country for old men » mais un vrai film de genre à savourer.
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photo Paramount

Mattie Ross, 14 ans, a vu son père tué sous ses yeux par Tom Chaney, pour lui voler deux pièces d’or, un journaliste et joueur qu’il avait recueilli,  belle scène
, qui ouvre le film, la nuit tombant sur le seuil d’un ranch dans un far ouest désertique. Malgré son jeune âge, Mattie, volontaire et déterminée, va tout mettre en oeuvre pour venger son père. L’adolescente arrive en ville et cherche un mercenaire à engager pour l’aider à retrouver l’assassin de son père. On lui conseille le pire et le meilleur US Marshall : Rooster Cogburn, un vieux briscard  alcoolique, qui rechigne d’abord à accepter l’offre. Chemin faisant, Cogburn est confronté à la concurrence de Labeuf, un  Texas Ranger qui traque la bande de bandits que Chaney aurait intégré.

photo Paramount

Mattie va s’imposer pour accompagner les deux hommes dans leur chasse à l’homme, un parcours initiatique pour une jeune fille opiniâtre et courageuse, possédant une assurance peu commune pour son âge, mais pour qui venger son père était avant le voyage un concept un peu abstrait. Le personnage de Mattie avait d’emblée séduit les lecteurs du roman car elle représente la dualité de l’âme américaine partagée entre brutalité, désir de vengeance et vertu, respect de la loi, entre la sauvagerie et le puritanisme. Deux parties dans ce film, les préparatifs de l’expédition et le périple pour débusquer Chaney. Alors, les paysages : à la lumière d’été, succède la neige, une première pour un western, la lumière du film est superbe de bout en bout, qu’il s’agisse des intérieurs ou des extérieurs.

photo Paramount

La violence souterraine explose de temps en temps : le film est curieusement bavard et prend son temps, la violence est montrée sous forme d’accès isolés, les pendaisons de trois bandits, la scène clé dans l’antre du complice de la bande mais surtout il y a une cruauté sous-jacente qu’on perçoit davantage à la fin du film, une fin carrément cruelle additionnée d’un épilogue (dont on se serait passé) avec Mattie plus âgée. De cette jeune fille si pleine de vie et de bravoure, il ne restera plus que l’image d’une ado qui s’occupait de faire transférer le cerceuil de son père au début du film et celle d’une adulte qui fera venir le cercueil d’un père de substitution à la fin du film. Etonnant cette propension des frères Coen à charger la barque in extremis (c’était déjà le cas pour « No Country for old men » avec une fin dépressive).
En deux mots, malgré quelques menues réserves, c’est un western classique magnifiquement bien filmé avec une psychologie des personnages et un réalisme sous-jacent modernes. Sans avoir la puissance de « No Country for old men », c’est un super-film de genre avec des acteurs au top : Jeff Bridges (Cogburn), Matt Damon (LaBoeuf), Josh Broslin (Chaney). « True grit » sera présenté en ouverture du 61° festival de Berlin en février.

Notre note

(4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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