"Un Secret" : passion létale

Claude Miller, 2007

 

actu Claude Miller:

 

Rencontre de la librairie de la cinémathèque française avec Claude Miller le
samedi 6 octobre à 14h30 salle Henri Langlois. Cette rencontre prendra
la forme dune discussion entre Claude Miller et Claire Vassé comme
suite à leur livre dentretien « Serrer sa chance ». Auparavant, un hommage
à lactrice Dominique Laffin fera lobjet de deux projections :
Dominique Laffin, « Portrait d’une enfant pas sage » (2007) de Laurent
Perrin et « Dites-lui que je l’aime « (1977) de Claude Miller
.

Je nai pas lu le livre mais il semble que ce quen a tiré Claude Miller est davantage un portrait des années doccupation que le récit du secret de Philippe Grimbert.


Un petit garçon chétif à lombre dun bras musclé, bronzé, dun corps sculpté, celui de sa mère, Tanya (Cécile de France), mannequin et nageuse. Pendant ce temps, son père, Maxime (Patrick Bruel) a pris possession du court de tennis. François a froid, il veut rentrer à la maison, ça agace son père, féru de gymnastique de haut niveau, qui aurait préféré un petit athlète en herbe quand lenfant est né à seulement 2,2 kg, il a fait la grimace Pour conjurer le sort de nêtre pas ce sportif épanoui que souhaitait son père, François sest inventé un frère fantôme superman quil imagine au point dy croire, mais ça aggrave les tensions familiales. Percevant confusément le poids d’une somme de non dits, François fabule également la rencontre idéalisée de ses parents beaux et athlétiques.

© Thierry Valletoux / UGC  

 

 

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1955, lenfance de François, le film est en couleur comme le seront les trois périodes consacrées aux souvenirs : 1955, 1966, et les années 40. Le présent de 1985 avec Mathieu Amalric dans le rôle de François adulte est filmé en noir et blanc. Vers lâge de 15 ans (période 1966), Louise (Julie Depardieu), la voisine, le témoin de lhistoire, chez qui François se réfugie depuis lenfance, lui racontera le secret Le frère fantôme a existé et aussi sa mère, Hannah (Ludivine Sagnier), la première épouse de son père

Julie Depardieu, Ludivine Sagnier et Cécile de France
© Thierry Valletoux / UGC Galerie complète sur AlloCiné

 

 

 

 


Flash-back sur les années 40, puis loccupation. En symbiose avec le livre, le réalisateur Claude Miller a réalisé le film de ses origines en décrivant le quotidien des familles juives pendant la guerre. Le recensement, le port de létoile jaune, lexclusion du club de sport, les discussions à la maison coupées de phrases en yiddish, les conflits sur le fierté dêtre juif. Car par le sport et le culte du corps, Maxime refuse sa judéité, il refusera dailleurs de porter létoile jaune. Son attirance pour Tanya au physique typiquement aryen, superbe beauté blonde athlétique, va dans ce sens quand Hannah, sa première épouse est petite et malingre, avec un physique passe-partout. En ce sens, le casting est très réussi, Cécile de France qui avoue avoir suivi un entraînement sportif spécifique, colle au personnage de gymnaste blonde superbe, les cheveux courts et platinés, Ludivine Sagnier, la plupart du temps à contre-emploi au cinéma dans des rôles de séductrices, est ici filmée au naturel : une fille comme tout le monde brillant plus par sa vivacité que son physique. Si Patrick Bruel et Cécile de France ne sont pas des génies de linterprétation, ils ont le mérite de jouer sobrement, le couple fonctionne. Ludivine Sagnier, plus douée au départ, tombe dans lécueil habituel de surjouer en jeune mariée, mais retrouve une vérité dans la tragédie vers la fin de sa prestation (belle scène de désespoir muet), démontrant quelle gagnerait, d’une manière en générale, à gommer plus quà en rajouter.

 

Film froid sur la passion et la mort, il y a sans doute des raisons à cela. Dune part, Il y une pudeur compréhensible mais paralysante qui prive les scènes damour entre Maxime et Tanya daucune sensualité. Dautre part, focalisé sur la reconstitution historique, le film peine à viscéraliser le récit dune passion pas comme il échoue à faire partager au spectateur la souffrance du petit garçon quon ne perçoit que par des anecdotes. Démarrant à mi-film, le flash-back sur les années 40 séternise quand les années 85 sont quasiment zappées, dans tous les cas, cet excès de périodes (quatre, en fait, cinq avec les années 40 subdivisées) nuit à lensemble. Film pétrifié par linconcevable geste dune mère à lenvers du « Choix de Sophie », le spectateur est saisi par la tardive scène clé isolée dont on fera ensuite léconomie des retombées psychologiques, le personnage de Louise passant le message, on ne jugera pas Hannah ni Tanya non plus La fin du film est alors expédiée rapidement.


Une semi-réussite, un film neutre sur un sujet trop fort, neutralisant la création.

 

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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