"Une Vieille maîtresse" : passion froide + notes sur "Tehilim"

Catherine Breillat, Raphael Nadjari, compétition Cannes 2007

 

 

La marquise de Flers, charmée par le libertin Ryno de Marigny, sapprête à lui donner sa petite-fille Hermangarde en mariage quand sa vieille amie la comtesse dArtelles, mise au courant par le vicomte de Prony, vient la mettre en garde : ce Ryno de Marigny entretient depuis dix ans une liaison avec une courtisane espagnole, la Vellini, dite « sur le retour » (36 ans..).

—–

 

La marquise de Flers convoque alors le beau jeune homme qui plaide coupable et lui raconte ses dix ans de passion avec la Vellini pendant toute une nuit. Nostalgique du libertinage du XVIII° siècle, la vieille dame, émoustillée, se délecte du récit, vautrée sur un sofa en bottines de soie rose, et en redemande. Quand le récit est terminé, les craintes de la marquise de Flers pour lavenir de sa petite-fille sont confirmées mais, au contraire, elle semble rassurée par la confiance tactique du jeune homme. La vieille débauchée vivra donc cet amour impossible pour son grand âge par procuration en lui faisant épouser la pure Hermangande.

 

Le film démarre avec les potins des deux vieux amants que sont la Comtesse dArtelles et le vicomte de Prony qui ont remplacé les plaisirs de la chair par ceux de la table. Puis, Ryno de Marigny, précédé par le vicomte de Prony, se rend chez la Vellini pour lui faire ses adieux et il lui dit cette phrase dune cruauté inouïe : «on ne remplace pas quelquun quon aime par quelquun quon aime plus».

 

Flash-back sur la rencontre de Ryno avec la Vellini : la première partie du récit de la passion nest pas très convaincante : Ryno est attirée par la sauvagerie de cette femme panthère qui le rejette et le nargue, apparemment A loccasion dun duel avec le vieux mari anglais de la Vellini, Ryno est blessé à mort, cest le début de reddition de la Vellini qui décide daimer Ryno comme on part à la guerre. Catherine Breillat prend alors les choses en main, pour pigmenter cette passion froide peu communicative pour le spectateur, elle lensanglante : scène où la Vellini vient lécher le sang de la blessure de Ryno et dautres scènes de sang. Puis, elle va encore plus loin, le point de rupture de la passion entre les deux amants ou le point de départ de leur passion vraie se situe en Algérie : sur un morceau de désert assez irréel inséré dans le film, Ryno et la Vellini enterrent leur enfant mort et la panthère blessée va violer en quelque sorte le féminin Ryno qui ne sen remettra pas : désormais, ils se haïront ou joueront à se haïr, comprenant que le pouvoir érotique de la haine est bien supérieur à celui des bons sentiments.

 

Catherine Breillat a dit clairement que contrairement à ses précédents films, elle sidentifiait au personnage masculin, Ryno de Marigny, pourvu dune beauté féminine mais non efféminée : elle a cherché toute sa vie cet acteur à la beauté Raphaëlienne et elle la trouvé : Fouad Ait Aatou est un dandy comme Catherine Breillat se définit elle-même. Car pour la réalisatrice, Asia Argento possède une beauté virile imputable à sa force. La Vellini va tout abandonner pour Ryno de Marigny en feignant la révolte alors quil va tout lui prendre en lui déclarant un amour fou. Elle est sacrificielle et forte, il est fragile et égoïste, mais leur point commun, comme à toute cette société aristocrate du XIX°, cest lennui des jours oisifs quil faut pigmenter

 

Les personnages secondaires font vrais, vieilles poupées avachies aux traits flasques trop maquillés, Michaël Lonsdale est confondant dans ce rôle de libidineux triste qui ségaye de potins venimeux, la débutante Claude Sarraute est un peu scolaire mais charmante en poupée de satin usée, vieille enfant ludique jamais grandie sous ses rides et ses dentelles, et Yolande Moreau, vue pour la première fois dans ce type de rôle en costume, est naturelle et convaincante. Sagissant de licône Asia Argento, elle est incandescente en andalouse rouge et noir fumant le cigare, accroche-curs provoquants sur le front, regard de braise, mais gagne davantage à être regardée quécoutée car elle marmonne en français, ce qui donne un discours assez monocorde. Quant à Roxanne Mequida, teinte en blond jaune laqué et le pubis totalement épilé, ça ne colle pas, on a vraiment du mal à croire à la jeune fille virginale Et Ryno/Fouad Ait AAtou, la merveille de Breillat ? Il semble quil soit comme elle la rêvé, dune beauté irréelle de jeune fille sensuelle

 

11ième film de Catherine Breillat, elle dit avoir voulu clore un cycle. Ayant été victime dune attaque qui la laissé semi-paralysée, cela laurait-il influencée, quand on le lui demande en conférence de presse à Cannes, elle répond que le chiffre 11 est celui de lhémiplégie ( ? ? ?). Dans tous les cas, elle convoque les actrices de films précédents en guest stars : Amira Casar en cantatrice, Lio en courtisane, Anne Parillaud en femme du monde à lopéra. Car cest à lopéra que les tous les protagonistes du drame sont en présence, exhibés par paquets chacun dans leur loge à épier lautre à la jumelle, une société exhibitionniste où on se montre pour mieux tricher ensuite avec les usages, se cacher

 

Je suis dubitative à propos de ce beau film froid sur une passion brûlante, si on a rien à lui reprocher et tout à louer, il manque cependant quelque chose, limperfection, peut-être, quelque chose de plus humain


 

 

Comme jai vu les deux films le même jour, jen profite pour dire un mot sur ce film squelettique et opaque auquel je nai pas compris grand chose.

 

Dans le Jerusalem daujourdhui, une famille composée des parents et des deux fils prend un repas en semble, les deux frères se disputent gentiment. Le lendemain, le père emmène ses deux fils en voiture à lécole, les deux frères se disputent encore, puis, cest laccident, filmé très sobrement, presque abstraitement. Le fils aîné est envoyé chercher du secours par son père, le plus jeune étant blessé. Quand il revient avec la police et lambulance, le père a disparu.

 

Le film démarrant avec un groupe dhommes étudiant le Talmud, après la disparition du père, le grand-père et loncle, pratiquants tendance conservateurs, viennent dautorité former un cercle de prières à la maison pour créer un lien autour du père, ce qui nest pas du goût dAlma, la mère, plus réformiste, qui aimerait être seule pour éponger son chagrin. Les soucis saccumulent, le père nayant pas été retrouvé mort, il nest mort ni pour la religion ni pour la police, le deuil nest donc pas autorisé, en revanche, son compte bancaire est bloqué et Alma a du mal à joindre les deux bouts. Les deux fils, déboussolés, errent de leur maison à celle de la famille paternelle, tentant de se raccrocher, en cachette de leur mère, aux psaumes (Tehilim) du grand-père pour retrouver au moins mentalement la trace de leur père. Mais laîné, peu rodé aux pratiques de la religion, ne comprend pas comment intégrer les prières à la vie de tous les jours et mécontente tout le monde

 

Film austère à petit budget, tourné en numérique avec une image ingrate mais un cadrage soigné, cette parabole sur le deuil dont tous le personnages sont symboliques en fait sûrement le film de la compétition cannoise le moins spectaculaire et le moins démonstratif (le moins cinématographique aussi?) Nous étions 5 dans la salle

Ecrit sur CinéManiaC/Allociné le 05/06/07

 

Notre note

(4 / 5)

Mots clés: , , , , , , ,

Partager l'article

Lire aussi

Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Remplissez les champs obligatoires (required):

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back to Top