« Up in the air » (« In the air ») : c du lourd!

Jason Reitman, sortie 27 janvier 2010

Pitch

Voyageur compulsif, Ryan travaille pour une société de services de licenciements en entreprise. Une vie en l'air dans les aéroports, chambres d'hôtel et voitures de location qui lui permet d'éviter toute attache familiale et affective. Mais tout s'écroule quand son boss le menace de remplacer ses déplacements en avion par de la vidéoconférence.


Contrairement à la plupart des femmes, je ne suis pas superfan de George Clooney et ce n’est certes pas sa présence au générique de « In the air » qui m’a poussé dans un confortable fauteuil club chez Paramount pour une avant-projection à la veille de Noël mais plutôt la nomination du film aux Golden globes. Si au départ, le rythme haletant, enchaînement syncopé d’images de la vie quotidienne, dont on verra plus tard qu’il s’agit de stigmatiser une vie pavée de petits rituels identiques rassurants, m’a  fait tiquer (encore un film qui craint que le spectateur s’ennuie?) : c’était une fausse alerte, ça s’arrange très vite, le héros, Ryan Bingham, est un homme mécanisé, emmuré dans une existence artificielle qui le protège de la vie mais n’anticipons pas.
—–
Son métier, faire le sale boulot, Ryan B est un des cadres dynamiques d’une société vendant ses services aux sociétés qui veulent licencier du personnel, c’est à lui d’annoncer aux victimes qu’ils sont virés, de briser la vie de centaines de gens en quelques minutes avec une plaquette de conseils et 24 h pour quitter les lieux. Pourtant, cette vie dans les aéroports, les lounge VIP et les chambres d’hôtel impersonnelles satisfait pleinement Ryan qui a un objectif obsessionnel en tête lui servant de projet de vie : atteindre les 10 millions de miles sur la cie aérienne qui le ferre par son programme « fidélité », devenir un client ultra-VIP. Et pour cela, il connait par coeur tous les trucs pour accumuler les miles. Quand il rencontre la blonde Alex, son alter ego au féminin, ça démarre comme un jeu-concours entre deux challengers du voyage : connaître tous les bons plans pour ne pas attendre à l’aéroport, coupe-file et stand d’accueil privé, obtenir un surclassement chez le loueur de voitures, une boisson gratuite dans telle chaîne hôtelière, etc… 


photo Paramount

Malheureusement, une nouvelle recrue trop zélée, une certaine Natalie Keener, va remettre cette vie en l’air de certitudes en question, une petite brune psychologue qui se pique de remplacer le travail de Ryan par des vidéoconférences, de le maintenir prisonnier au sol sans voyages. Ayant entraperçu ce que pouvait être une existence sans mouvement perpétuel, Ryan se laisse aller à envisager les bons côtés d’une vie sédentaire s’autorisant des émotions: tomber amoureux d’Alex, se rendre au mariage de sa soeur qu’il snobait avec elle…
Présenté comme une comédie, c’est davantage d’une tragicomédie qu’il s’agit même si l’on rit souvent, le sujet brûlant des licenciements dans les entreprises, même traité d’une manière stylisée, décalée, demeurant impitoyable. Sur ce fond social et sociétal (procès de la société de communication), se greffe la crise existentielle du quadragénaire faisant le bilan d’une vie vide qu’il a vidée lui-même de toute possibilité de lien affectif, familial. Jason Reitman tape sur tout ce qui fait mal tout en restant dans la comédie US de facture classique, les tête à tête entre Ryan et Alex, chacun caché

derrière son PC, les relations hot par SMS, les conférences grotesques de Ryan spécialisé dans la métaphore du sac à dos qu’il faut vider pour bouger dans la vie, les retrouvailles en famille où la soeur aînée en charge du ciment familial est en train de divorcer, le futur mari de la soeur cadette reculant le jour du mariage, c’est le constat accablant d’une société régressive, frappée d’angoisse panique de la vie réelle, qu’il décrit. 


photo Paramount

Clooney n’est jamais meilleur que dans des rôles de beauf heureux, il dit lui-même que les frères Coen, par exemple, ne lui donnent que des rôles d’abrutis… Ici, c’est nettement plus subtil, sous le voyageur forcené repu de miles, sommeille un coeur qui ne bat pas et que la tornade Natalie, la psychologue de l’entreprise et ses utopies de télétravail, va réveiller sans le vouloir…. Le périple de Ryan et Natalie « in the air », le premier ayant mission de convaincre la seconde de l’utilité de ses déplacements incessants, est le moment le plus jubilatoire du film, démarrant avec cette grosse valise grinçante que traîne la jeune femme (on s’y reconnaît à coup sûr!) qui ne sait pas qu’on doit voyager léger, pratique, utile, délesté de tout ce qu’on trouve dans une cabine d’avion ou dans une chambre d’hôtel et sans métal sur soi, par exemple, pour passer rapidement le portique d’embarquement. Face à lui, une jeune actrice convaincante (Anna Kendrick) dans un emploi pas facile de troisième roue du carrosse et Vera Farmiga une actrice originale non formatée que j’avais découverte à Deauville dans un film atypique (« Never forever »), plus remarquée dans « Les Infiltrés » de Scorsese, qui donne pas mal de piquant à cette histoire d’amour vélléitaire entre Alex, son personnage, et Ryan/Clooney.
 


photo Paramount

Mais qu’on ne s’y trompe pas, il n’y a pas que Clooney, même excellent, dans ce film procès de la société deshumanisée de consommation, de communication et de profit qui a remplacé le modèle traditionnel imparfait des relations humaines dont on ne peut zapper les conflits et les émotions sans s’isoler et l’homme a-t-il vocation à vivre seul et safe barricadé derrière son ordi…
(avec mention spéciale « identification immédiate » possible pour certains blogueurs forcenés…) Donc, le dernier film de Jason Reitman, déjà, 6 nominations pour les 67° Golden globes, risque de faire encore mieux que « Juno », c’est du lourd! 

Notre note

(4 / 5)

Mots clés: , , , , ,

Partager l'article

Lire aussi

Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Remplissez les champs obligatoires (required):

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back to Top