"Year of the dragon" ("L'Année du dragon") : à la recherche du Vietnam perdu

Michael Cimino, 1985, cycle TCM "Générations 80"
Rencontre de cinéblogueurs hier soir au siège social de la chaîne TCM à Neuilly, copieux petit buffet, Coca, vin blanc, pour se remettre du déplacement à Sarkoland… Passage du virtuel au réel, c’est toujours amusant de voir comment on imagine les blogueurs, drôles de personnages qui préfèreraient l’obscurité à la lumière, le clavier noir de leurs nuits blanches à la lumière du socialement correct, avanceraient masqués sous des  pseudos pour d’obscures motivations… Les présentations étant faites, des petits groupes se forment pour faire connaissance, et  on comprend vite pourquoi la chaîne TCM est performante, innovante : l’ambiance est studieuse et sympa, ouverte et évolutive, et puis, ils aiment ce qu’ils font, ils aiment le ciné et nous aussi, ça tombe bien…Ensuite, débat avec le journaliste Philippe Rouyer (« Positif », « Le Cercle » sur Canal +, le genre d’expert ciné, comme Jean-Jacques Bernard sur Cinécinéma Classic, qui fait prendre la douloureuse mesure de tout ce qu’on ne sait pas…) après la projection de « L’Année du dragon » sur grand écran : le film, le vrai, le film d’époque, ce qui accentue la sensation de voir une oeuvre surchargée, surcolorée, presque baroque. Typique des années 80 dures et ambitieuses, individualistes, bling-bling avant l’heure, s’offrant le luxe d’immenses lofts vides et blancs, hors de prix, voyants d’être si ostensiblement dépouillés… (l’appartement géant et désert de la journaliste Tracy au sommet d’un building). L’histoire de Stanley White, un flic brillant mais un homme brisé, jamais revenu mentalement du Vietnam, qui tente de réécrire l’histoire de son affrontement traumatique avec la population asiatique à l’occasion de sa mutation à Chinatown.

Ce film inaugure le cycle

« Générations 80 » sur la chaîne TCM qui se déroule au mois de juin, tous les jeudis à 20h45 : 8 films en quatre soirées eighties. Après « L’Année du dragon » (rediff 21 et 28 juin, 3 juillet) de Michael Cimino, on note au programme le jeudi 26 juin  « Les Prédateurs » de Tony Scott avec une Catherine Deneuve immortelle… qui les condamne quand elle n’aime plus ses amants : David Bowie, Susan Sarandon… Ce film sophistiqué et franchement baroque a quelque chose en plus, plutôt décrié pour son esthétique clip, il possède une sorte de philtre, une ambiance à la fois factice et porteuse d’un thème universel existentiel qui force l’attention, d’autant que Catherine Deneuve, belle, cruelle et pathétique, est assez exceptionnelle.Et aussi

« New York 1997 », « Le Prince de New York », voir la liste des films du cycle « Générations 80 et le programme des (re)diff sur le site TCM… 

 

Ci-dessous ma critique du film écrite en avril 2006 sur mon précédent blog.

 

Peu avant de revoir « L’Année du dragon », j’avais vu « La Porte du paradis » de Michael Cimino, et j’en avais retiré la même impression d’avoir vu un grand film à qui il manquait quelque chose… Michael Cimino aime démarrer ses films par une scène avec une multitude de figurants, c’est ainsi que commence « L’Année du dragon » : pendant qu’on fête le nouvel an chinois à Chinatown, quartier chinois de NY, tandis qu’un vieil homme déjeune dans un modeste café, deux jeunes tueurs en veste de satin rouge font irruption pour le poignarder. Aussitôt, on enchaîne sur l’enterrement du vieil homme qui était autre que Jackie Wong, le parrain de la mafia chinoise de NY, un grand portrait hissé par un cortège de costumes blancs et de lunettes noires portant le cercueil, en témoigne. Une jeune femme d’origine asiatique, journaliste de télévision, pose des questions au micro en jouant des coudes, une silhouette en pardessus sombre et Borsalino marron se fraye un chemin, Mickey Rourke alias le capitaine Stanley White va à la rencontre de son destin.
—–

 

Mickey Rourke
© Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr Galerie complète sur AlloCiné

 

Très vite, on trace le portrait de ce flic pas comme les autres : d’origine polonaise (il a changé son nom de Wizynski en White), rescapé du Vietnam (il porte un insigne de l’armée de l’air sur le col de sa veste), on retrouve aussitôt les préoccupations de Michael Cimino : l’immigration comme dans « La Porte du paradis », la difficulté d’exister après le Vietnam du « Voyage au bout de l’enfer ». Mickey Rourke-Stanley White, va vite trouver un adversaire à sa mesure en la personne de Joey Tai (John Lone). Bien que ce dernier soit le neveu du parrain assassiné, Jackie Wong, on le soupçonne d’y être pour quelque chose, d’autant qu’il en a profité pour prendre la place de son oncle à la tête de sa famille.

On saisit immédiatement que le flic Mickey Rourke va semer la mort autant que le caïd. Etonnante composition d’acteur avec une sihouette à la Humprey Bogart, regard narquois et harrassé sous le chapeau mou, coiffé d’un brushing démodé, teint en blond aux tempes grises, avec quelque chose d’un Christophen Walken fatigué. Le jeu est décalé, s’adressant à la Mafia, Rourke a un peu la voix de Marlon Brando dans « Le Parrain », dans d’autres scènes, la voix est différente, je ne suis pas persuadée que ça apporte quelque chose de plus.

 

Lors de la seconde rencontre de Stanley White avec la journaliste Tracy Tzu, dans immense restaurant sombre appartenant à Joey Tai, deux individus cagoulés ouvrent frénétiquement le feu sur la clientèle. La scène de la fusillade au Shangai Palace est magistralement filmée, tout comme les descentes de police dans les ateliers clandestins, les tripots minables en sous-sol, le tout brossant le portrait d’un Chinatown crépusculaire et sanginaire.

 

Malheureusement, alors qu’on aimerait une unité de ton et de rythme, certaines scènes semblent n’avoir rien à voir avec le style général du film qui aurait gagné à rester dans le huis-clos de Chinatown. Comme ce petit clin d’oeil à « Apocalypse now » avec une courte séquence dans la jungle thailandaise avec le remake de la tête coupée, scène qui semble posée là au milieu du film comme issue d’une autre film.

Les scènes d’amour entre Mickey Rourke-Stanley White et la journaliste ne sont pas le point fort du film, on passe d’un plan de Tracy habillée à Tracy nue, comme un exercice de style esthétique visant à un effet choc d’images mais nuisant à l’ambiance qu’on supposerait survoltée de leur relation. Une histoire d’amour qui demeure bien théorique, conflit entre l’épouse répudiée dans la culpabilité et la maîtresse plus jeune, mais désirée aussi parce que d’origine asiatique… Ainsi, il y a deux face à face en parallèle, Mickey Rourke face à Joey Tai, Mickey Rourke face à la journaliste sino-américaine, deux qui n’en font qu’un : Mickey Rourke face à son obsession du Vietnam.

 

C’est vrai qu’on ne voit que lui : Mickey Rourke : le héros dépressif et narquois, pas vraiment touchant, pas vraiment arrogant, pas vraiment présent, qu’on dirait jamais revenu du front. La scène avec son épouse, Connie, elle en peignoir avachi, lui en vieille veste militaire Kaki usée, illustre bien l’état d’esprit des personnages cassés. La fin du film est peu crédible, dans l’ensemble, le film est un peu décevant, avec des fulgurances, des grands moments, on se dit que le réalisateur aurait pu faire encore mieux mais c’est déjà très bien.

 

Notre note

(4 / 5)

Mots clés: , , , , ,

Partager l'article

Lire aussi

Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Remplissez les champs obligatoires (required):

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back to Top