"La Vie des autres" : le film qui mérite ses récompenses

Florian Henckel von Donnersmarck, 2006

 

Un
officier du ministère de la sécurité d’état donne un cours à
luniversité de la Stasi. Il fait écouter à ses étudiants
lenregistrement dun interrogatoire dont on voit les images en
alternance avec les images de la classe. Gerd Wiesler achève son cours
quand le colonnel Anton Grubitz, ancien camarade de promotion, linvite
au théâtre. Une allusion donne le ton des rapports entre les deux
hommes quand le colonel feint de plaisanter quil a obtenu ses examens
en partie grâce à Wiesler le bûcheur Et, dune certaine manière,
pendant tout le récit (articulé sur tout autre chose), le puissant
Grubtiz naura de cesse de lui rendre la monnaie de la pièce en
humiliant le fonctionnaire Wiesler.

—–

Au
théâtre, un couple glamour, il est lauteur de la pièce, elle en est
lactrice principale, Georg Dreyman et Christa-Maria Sieland sont parmi
les rares artistes tolérés par le régime communiste «le seul écrivain
non subersif», dit-on de Dreyman Le ministre de la culture Bruno Hempf
assiste à la représentation, ce qui explique la présence de Wiesler
auprès de Grubitz. Bruno Hempf, obsédé à la fois par lactrice Christa
Sieland et par sa curée des intellectuels, a chargé le service de
renseignements de Grubitz, par Wielser interposé, de mettre le couple
sur écoutes pour trouver quelque chose à reprocher à lécrivain.

 

 

Le
personnage de Gerd Wiesler est un pur et dur qui partage son temps
entre son appartement lugubre au 11ième étage dune tour et le grenier
du couple Dreyman/Sieland où sont planqués les magnétophones. Quand
chez Wiesler, tout est gris, terne et marron, la tapisserie chinée, les
meubles rares, chez le couple dartistes, il règne une ambiance
chaleureuse avec boiseries, dossiers, livres et gravures. Démarrant son
enquête sur le mode de la suspicion, petit à petit, ce fonctionnaire
modèle va sattacher à ses proies Les détails de ce passage de lautre
côté du miroir sont finement distillés, chemin faisant, Wiesler dérobe
un livre de Brecht à Georg, écoute sa musique, sensible au charme de
Christa, finissant par sinvestir à leur place Malgré cette
ambivalence de la surveillance, le harcèlement de lécrivain et de sa
femme va fabriquer un coupable

 

Filmé
en grande partie la nuit, la lumière et les couleurs (brun, beige,
gris, vert, gris-vert) sont magnifiques, peut-être un petit trop
parfaites Le jaune bougie éclairant faiblement les rues sombres avec
deux barres dimmeuble ocre sélevant tristement dans le ciel noir, les
univers monochromes : le café tout gris acier, les tables, les
pullovers, les visages, le grenier gris souris, les murs comme Wiesler,
les pièces dinterrogatoire aux murs vert dentiste avec lofficier en
uniforme vert armée La musique de Gabriel Yared soutient puissamment
le film, rejoignant sans doute le point de vue du réalisateur quand on
cite dans le film cette phrase de Lénine «si je lécoute, je ne finirai
pas la révolution» (parlant de « l’Apassionnata » de Beethoven)

 

Avis : on peut ne pas lire ce qui est écrit en mauve avant d’avoir vu le film…

 

Il
y a dans ce film deux niveaux de traitement : dabord, lhistoire avec
grand H avec le procès du régime communiste paranoïaque et ses abus de
pouvoirs ; ensuite, lhistoire damour de tout ces hommes, si
différents les uns, des autres pour Christa. En
résulte le seul défaut du film : la forme nickel pendant deux heures,
mixant la trame politique et relations humaines entres les personnages,
sétire vers les vingt dernières minutes en pas moins de trois fins
annexes quand la première aurait suffit Et pas seulement parce que
cest la première des trois fins successives mais aussi parce quelle
sintègre au ton du récit et à lépoque (1984). Le réalisateur cède
ensuite à la tentation de reconstituer lhistoire avec la chute du mur
de Berlin quatre ans plus tard, sorte dépilogue qui casse le rythme.
Un autre épilogue encore deux années plus tard avec un retour au
romanesque carrément commercial, achève de plomber la fin du film.

Car cest dun cinéma entre deux genres quil sagit : ni nouveau
cinéma allemand comme lécole de Berlin ni cinéma franchement
commercial non plus, cest un hybride, avec disons les beautés des
images dun cinéma dauteur au service dune histoire despionnage mélo
(au bon sens du terme). Malgré ces quelques restrictions, cest un film
superbe très au dessus de la mêlée dont on chercherait en vain
léquivalent dans le cinéma hexagonal

 


 

 

Notre note

(5 / 5)

Mots clés: , , , ,

Partager l'article

Lire aussi

Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Remplissez les champs obligatoires (required):

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back to Top