« LUXURY CAR » (« Voiture de luxe » )/Avant-Première

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Le père vient de la campagne, du bateau métro qui traverse le fleuve, dévalent avec lui des flots de voyageurs pressés des grandes métropoles, on saura plus tard qu’il a habité et étudié dans cette ville universitaire de Wuhan, quarante ans auparavant, exilé pour propos contre-révolutionnaires.

Sa fille est en retard, il lui dit «comme tu as changé, tu es aussi belle que les actrices de la tél酻 Leur mère mourante, il est venu lui ramener son fils, le frère de Yanhong Li, qui a disparu depuis un an. Dans le sac de voyage de Qiming Li, le père, il y a tout plein de petits plats confectionnés par la mère pour sa fille.

La ville a l’air fatigué, surmenée, toute grise et verte avec une teinte jade sur un fronton en bois ici, un mauve éteint là-bas sur un autobus, des immeubles modernes baignant dans un mauvais nuage de pollution, une ville qui a dû être belle autrefois.

La fille habite un immeuble délabré avec des peintures écaillées et un escalier sale, elle frappe à une porte à l’étage, sa colocataire tarde à ouvrir, jeune poupée rousse et rose, lascive et débraillée, du linge sèche sur des fils de nylons tendus à travers l’unique pièce, des robes rose bonbon et des soutien-gorges pigeonnants, les deux femmes se hâtent de ranger pour le père. Deux lits avec des moustiquaires, une table et des chaises en bois vieilli, la caméra traîne sur les objets de consommation, de la parfumerie, dérisoires trophées d’une vie à se vendre.

La nuit, la fille travaille dans une boite de karaoké qui est plutôt un club de jeu avec des entraîneuses, jeunes femmes debout en rang d’oignon à l’entrée que les hommes choisissent en arrivant. Les lumières sont rouges comme le diable, toutes les séquences tournées dans le club ont une photo entièrement rougie. Yanhong, hôtesse dans le club, est la maîtresse du propriétaire, un homme vulgaire et adipeux qui lui répond en fumant quand elle lui dit qu’elle est enceinte «et comment tu sais que c’est moi?», «parce que tu es le seul à ne pas mettre de préservatifs».

Le film montre parfaitement le mélange antagoniste d’une modernité des apparences, tenues occidentales des jeunes femmes, teintures de cheveux, accessoires de marques européennes, palettes de maquillage et portables dernier cri, et d’une servitude archaïque de la femme-objet, pute et soumise. L’existence de Yanhong est celle d’une victime sans révolte qui n’a d’autre moyen de défense que la tristesse et la distance.

A la recherche de son fils, le père trouve du secours en la personne d’un policier à la veille de la retraite qu’il rencontre au commissariat, les deux hommes se lient d’amitié. Sobre scène sans concession où le policier préretraité emmène le père dans un service d’identification de la police visionner des photos de cadavres non identifiés retrouvés morts dans les rues, des hommes roués de coups, des tués par balles, des clochards. Une collaboration malheureuse pour Ge, le patron de Yanhong, qui sera reconnu par hasard par l’ancien policier lors d’un dîner de politesse avec le père et la fille.

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La photo est belle et sans fioritures, le cadrage précis, il n’y aucun parti pris naturaliste ni esthétique, le réalisateur se laisse aller à quelques plans de détails plus appuyés comme la jupe rouge et les jambes de Yanhong, mules noires aux pieds, dans le métro ou cette belle scène clé avec des mains prises en gros plan distribuant des cartes à jouer : 3 As et un Roi, et ce regard d’un homme qui a tiré un As avec ce mélange de compassion et de soulagement pour le perdant qu’on ne voit pas, qu’on verra bien plus tard dans la même scène élargie. Comme souvent dans le cinéma asiatique, l’histoire est subtilement expliquée par touches, une photo, un geste, un mot, le mutisme du père en arrivant chez sa fille, son unique sourire du film quand il croit avoir retrouvé la piste de son fils, les vomissements discrets de la fille, sa façon de se rhabiller à la hâte dans le couloir du club, de trembler en remettant son gloss dans l’ascenseur, le bruit de la rue par la fenêtre ouverte, l’accélération soudaine de la luxury car (« Voiture de luxe »), du patron quand Yanhong est blessée, tout est limpide et intelligent, on n’en dit ni ne montre jamais trop ni pas assez, un rêve de cinéma…qui tend vers ce qu’on aurait envie de voir sur un écran dans tous les films…

Réalisateur : Wang Chao, ses précédents films :

"L’Orphelin d’Anyang" (2001) et "Jour et nuit" (2004)

 

Interprètes :

Yuan Tian (la fille, Yanhong Li)
You Cai Wu (le père, Qiming Li)
Yi Quing Li (le vieux policier)
He Huang (Dage dit Ge)

 

Mini-Pitch : A la recherche de son fils disparu à ramener à sa femme malade, un instituteur près de la retraite trouve dans la ville de sa jeunesse l’aide d’un vieux policier et de sa fille hôtesse dans un club de karaoké.

Film présenté au festival de Cannes 2006, dans la section « Un Certain regard », prix «Un Certain regard et de la fondation GAN». Sortie en salles : octobre 2006.

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Posted by:

zoliobi

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