28 - 07
2010
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Pitch.
Un photographe se perd dans son nouveau projet d'une collection de nus artistiques. Avec son objectif, il tente de trouver celle qui sera toutes les femmes. Mais les modèles déçoivent jusqu’à l'arrivée d'une mystérieuse inconnue, manipulatrice et perverse.

photo Arte
Le film s’ouvre en plein shooting, Henning photographiant une jeune mannequin, Leslie. Une séance stimulante puisque le photographe et son modèle finissent au lit. L’orgasme passé, Henning lui avouera que d’habitude après avoir couché avec une femme il n’a plus jamais envie de la revoir. Mais avec Leslie c’est l’inverse qui se produit : quand elle se donne à lui sexuellement, elle exprime des choses qui le fascinent, qu’il aimerait bien capter avec son appareil (objet indéniablement représentatif de son sexe). Malheureusement, la jeune femme n’arrive pas à dévoiler sa part obscure et sexuelle hors du lit et les shootings se succèdent sans jamais combler l’artiste. Et voilà qu’une inconnue arrive. Elle s’appelle Joyce et elle n’a nulle part où loger. Henning lui propose d’habiter chez lui. Il ne sait rien d’elle mais lui témoigne une affection qui ressemblerait à celle d’un père pour sa fille. Alors que son agent lui fera remarquer que Joyce a quelque chose de machiavélique, de fatal, il sera surpris. Il ne trouve rien de bien fascinant ou de dangereux chez elle. Et pourtant…
Si Joyce se plait dans son certain rapport de dépendance à Henning, si elle joue volontiers les petites filles (elle dort avec une peluche géante), elle bouillonne sacrément de l’intérieur (preuve en est une impressionnante scène de masturbation avec un vibromasseur vintage). Elle se plait ainsi à écouter les ébats de celui qui l’héberge, elle ne peut s’empêcher d’essayer d’infiltrer un peu plus chaque jour son univers. A n’en pas douter, elle rêve elle aussi d’être un jour sa muse, d’être regardée, capturée par lui. Dans un premier temps, Joyce va séduire une mannequin avec qui Henning a pour habitude de travailler. Dans ces rapports lesbiens, Joyce prend l’ascendant. Puis, par un heureux hasard, elle va « participer » à une séance qu’Henning fera avec Leslie (devenue avec le temps sa petite amie officielle). Le résultat sera saisissant, Joyce témoignant d’une sensualité sans limites et jetant le trouble sur Leslie, l’amenant à exprimer des désirs flous, des émotions inédites.

photo Arte
A la vue des clichés, Henning est plus qu’euphorique : il est sur la bonne voie pour obtenir son rêve artistique, son idéal. Joyce devient ainsi son nouveau modèle phare. Pour autant, c’est Leslie qui reste dans son cœur (ce qui n’empêche pas les coucheries avec tous les modèles qui passent par son studio)…Incapable de se satisfaire de son « seul » statut d’amie et de muse, Joyce veut aussi devenir LA femme d’Henning. Elle n’hésitera pas à user de ses charmes et de ses manipulations pour arriver à ses fins. Attention, une femme blessée peut vite devenir fatale…
Sorti dans la collection "L’autre Amérique" éditée par Arte Vidéo, "All the Sins of Sodom" fait partie des œuvres rares du réalisateur Joe W. Sarno, connu pour être un auteur majeur de la « sexploitation ». Pas de sexe explicite ici mais une sensualité vertigineuse. On pourrait même clamer sans gêne qu’on tient là un des films les plus troublants et les plus excitants de l’histoire du cinéma. Quelle est donc la recette de ce succès ? Sans aucun doute la façon de filmer les visages des protagonistes. Le réalisateur s’attarde sur les expressions de plaisir, de trouble causé par les corps à corps. Tout est dans le détail : un petit gémissement, un regard polisson, des lèvres sensuelles en diable qui en attrapent d’autres. Les ébats sont d’une intensité folle bien que toujours dans la suggestion. Pour le coup, on est totalement en phase avec les personnages, on se perd avec eux dans leurs obsessions et passions charnelles.

photo Arte
Une sensualité aussi explosive pour les hommes que pour les femmes. Dans le rôle d’Henning, un acteur inconnu (et non crédité) fait des merveilles. Un homme très velu (au torse comme au dos), tout à fait apte à déclencher un fétichisme du poil chez le spectateur tant ses baisers ont l’air de caresses. Et ses yeux globuleux (on serait tentés de dire des yeux d’enfant) qui laissent place au regard obsessionnel puis obsédé du photographe, du voyeur, donnent le frisson. Pour les femmes, il y en a un peu pour tous les goûts : la belle Leslie, coupe garçonne un peu ébouriffée, la fatale Joyce aux cheveux longs dont les pointes retombent délicatement sur les tétons, le mannequin aux tendances lesbiennes, blonde hitchcockienne…Toutes se donnent devant l’objectif, s’exécutent face au photographe qui les poussent à l’abandon par ses petits mots et ses indications. L’oralité, le son, sont des éléments primordiaux et formidablement utilisés dans cette pépite du cinéma américain.
Quoi de mieux qu’un photographe et son modèle pour parler de sexualité, des rapports de dominants/dominés ? Henning choisit les femmes, les dirige, leur vole des bouts d’elles-mêmes, les figent. Mais ses sujets le manipulent tout autant, si ce n’est plus. Elles jouent avec son regard, sont souvent au dessus de lui (le piétinent même parfois), le poussent à s’incliner face à leur majestueuse beauté. Un homme qui aime commander, des femmes qui veulent être regardées, désirées, aimées... Le plaisir de diriger ou de l’abandon de soi. Tout cela est très excitant mais aussi dangereux. Car en s’offrant à l’autre on peut se perdre soi-même. Une des scènes les plus étourdissantes est celle durant laquelle Leslie surprend son amoureux de photographe en pleine action avec Joyce. Elle est d’abord choquée, heurtée, presque répugnée. Puis il y a ces bruits, ces corps qui s’entrechoquent, ce plaisir voyeuriste... Leslie se retrouve perdue entre l’envie de partir et pleurer ou de rester et se masturber en profitant du spectacle. Certains désirs se passent de la morale…
Les thèmes de "All the Sins of Sodom" sont aussi multiples que passionnants, se révèlent à nous en toute discrétion pour nous renvoyer à nos propres désirs et paradoxes. L’envie de posséder, d’être dépossédé, le narcissisme des mannequins, l’égocentrisme du photographe qui veut révéler beauté et vérité…Qui tire les ficelles au final ? Qui est le pantin de l’autre ? Qui gagne ? Tout le monde et personne. Le scénario, délicieusement machiavélique, condamne ses protagonistes à la frustration. Le spectateur, lui, repart avec des images sublimes et des réflexions dans la tête et bien des sensations dans le corps… Un must.
par Voisin blogueur
DVD Arte éditions, collection "L’autre Amérique".
Film magnifiquement restauré et accompagné de bonus (Une interview du réalisateur sur le film, puis une autre en compagnie de sa femme sur l’ensemble de sa carrière et enfin un sujet sur la découverte de "All the sins of Sodom").

Dans la même collection "Daddy darling" (1970) et "Abigail Leslie is back in town" (1975) de Joe W. Sarno.
Note CinéManiaC :

Mots-clés : CinéDVD, extérieur blogs, cinéma américain, All the Sins of Sodom, Joe W. Sarno































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