01 - 02
2010
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Pitch.
"Je venais d'avoir 19 ans en mai 1982. La vie était belle. J'étais amoureux. Ensuite on m'a demandé de partir sur une base militaire et d'être le tireur du premier tank à traverser la frontière libanaise. Cela devait être une mission d'une journée toute simple mais ce fut une journée en enfer. Je n'avais jamais tué quelqu'un avant cette terrible journée. Je suis devenu une vraie machine à tuer. Quelque chose là-bas est mort en moi. Sortir ce tank de ma tête m'a pris plus de 20 ans. C'est mon histoire."
Dès le départ, alors que rien ne les rapproche dans la forme, pas mal de points communs avec "Valse avec Bachir" : la première guerre du Liban en 1982, le récit autobiographique, deux films israëliens faisant l'autocritique de la guerre. L'analogie est aussi dans une sorte de sensualité de proximité, de mécanique des corps des soldats partant faire la guerre en tant qu'hommes incarnés à qui cette guerre, physiquement, viscéralement, fait horreur, mais transformés, à leur corps défendant, en machines à tuer.
le 6 juin 1982, un jeune soldat part en mission au Liban dans les divisions blindées, le prolétariat des forces militaires israëliennes. Artilleur de formation, Shmulik, n'a jamais tué un homme, il s'est entraîné sans penser plus loin avant la vraie guerre.
Avant de se retrouver ensemble enfermés dans ce tank, ces 5 hommes ne se connaissaient pas, à une exception près. Car la proposition cinéma assez exceptionnelle à laquelle on assiste est apparemment simple : montrer la guerre de l'intérieur d'un lieu clos et confiné, le tank, et à travers le viseur d'un canon... Images dilatées, gros plans sur les détails, travail sur le son en surégime, on est immergé d'entrée dans la guerre, faite, subie, et surtout ressentie, les explosions, les tirs, les hurlements, les gémisssements, le spectateur est enfermé aussi dans ce tank, soumis à la claustrophobie avec une seule idée : en sortir.
Soumis à l'autorité d'un commandant (Jamil) faisant le va et vient avec l'extérieur, à celle d'un sous-chef (Assi) à l'intérieur, du char, au départ, le petit groupe (Shmulik, Hertzel, Yigal) conteste les ordres, discutaille de qui a la tâche la plus pénible et mérite de dormir, mais, petit à petit, s'installe une solidarité d'hommes embarqués malgré eux dans la folie de la guerre, obligés de tuer, de démolir, eux-mêmes en danger dans un tank menaçant de surcroît de tomber en panne, en proie à la culpabilité et la terreur de tout et son contraire, ne pas avoir tiré assez vite ou avoir massacré des habitations civiles. Solidarité dans la peur, le dégoût, la crasse, avec ce genre de détail qu'on invente pas : le sang sur les mains (évacuer un mort), les odeurs d"urine (la boite urinoir qu'on fait passer)... On entend des phrases terribles "On ne prend pas de risques, on tire pour tuer..."
Il y a deux types d'images, celles du petit groupe d'hommes à l'intérieur du tank et celles vues dans le viseur de Shmulik, l'artilleur : les cibles, les victimes... Le film est très dur, on a souvent envie de pleurer en le regardant, c'est physique, mais le film est très beau aussi, à considérer comme une expérience sensorielle réaliste "en immersion", nécessaire pour comprendre le facteur humain dans une guerre, l'homme sous le soldat, les causes des traumatismes du combattant au retour de la guerre "'sain et sauf" en apparence mais mort-vivant à l'intérieur de son âme. Le message est clair, tournant le dos aux héros de cinéma : pendant une guerre, tout le monde est victime, l'attaquant comme l'attaqué.
En cherchant quelques infos sur "Lebanon", je viens de réaliser qu'il a obtenu le Lion d'or à Venise cette année, j'avais oublié cette info pas très étonnante quand on a vu le film... Un reconnaissance amplement méritée.
extrait du dossier de presse (comme le pitch, exceptionnellement, j'ai recopié les mots du réalisateur tels quels)
"La guerre a éclaté en juin 1982. Quand je suis rentré, ma mère m'a serré dans ses bras en pleurant et en remerciant mon père décédé, Dieu, et tous ceux qui avaient veillé sur moi et fait en sorte que je rentre à la maison sain et sauf. A ce moment là, elle n'avait pas encore réalisé que je n'étais pas rentré sain et sauf. En fait, je n'étais pas rentré du tout. Elle ne se doutait pas que son fils était mort au Liban et qu'elle embrassait une coquille vide... ... Finalement, je ne suis "rentré à la maison" que 20 ans plus tard, en réalisant "LEBANON".
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Mots-clés : avant-Premières, cinéactue, l cinéma israëlien, Lebanon, Samuel Maoz


































Commentaires
Vu aujourd'hui et effectivement de suite "Valse avec Bachir" se rappelle à notre bon souvenir. la réalisation est magistrale, confondant l'objectif de la caméra et le viseur du tank, espace réduit enfin où se mélent doute et peurs, immense et terrible. L'attente dans le silence avant que la fureur ne surgisse dans un bruit de métal et d'acier; ici aussi comme dans Bachir il est question de musique, celle des armes aveugles et sourdes...bon je tenterai d'écrire quelques lignes qui tiennent la route..bye
kilucru - 06.02.10 à 22:01 - # - Répondre -
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Hello! C vrai que ce n'est pas évident d'écrire, de transcrire le ressenti à la vision de ce film car c'est vraiment de l'ordre de la sensation même si on peut tenter d'analyser le mécanisme mis en place. + impression de vécu aussi... Un des plus beaux films, pour ne pas dire le meilleur, de la rentrée, incontournable. @+
vierasouto - 07.02.10 à 06:07 - # - Répondre -