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« 3h10 pour Yuma » : mélo-western / sortie DVD

focus DVD Delmer Dave, 1957, sortie DVD 24 juin 2015

Pitch

Un western à la croisée du mélodrame et du film noir. Des héros ordinaires en prise avec des questionnements moraux...

Notes

Delmer Daves n’est ni un novice ni un ancêtre, ni de la réalisation ni du western, quand il dirige en 1957 son 19ème film « 3h10 pour Yuma » juste avant « Cow-boy » en 1958, deux fois avec Glen Ford dans le premier rôle. Le réalisateur avait entamé sa carrière en 1943 avec « Destination Tokyo », ce qui n’était pas le plus mauvais des débuts aux côtés de Cary Grant. En 1947, il enchaine trois films « La maison rouge », « Les passagers de la nuit », puis « La flèche brisée» en 1950. On peut rêver pire carrière.
Tourné en noir et blanc, dans la même période où sort « La prisonnière du désert », « The Alamo », « Rio bravo », « 3h10 pour Yuma » est un drôle d’objet qui pourrait n’avoir de western que le cadre temporel et géographique et l’habillage de pistolets à la ceinture et de galopades à cheval.

 

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L’histoire se déroule au sud du sud de l’Arizona, dans un petit périmètre entre Bisbee, Fort Huachuca, et Contention City. On est à deux pas du Mexique et de Tombstone, et bien plus près de Tucson ou de Phoenix que de Yuma à la frontière ouest de l’état avec la Californie.
Le film s’ouvre sur un paysage de désert aride, une diligence sortant de l’ombre d’un ciel coupé en deux entre une masse de nuages occupant la moitié gauche de l’écran et un ciel vide d’autre chose qu’un soleil de plomb dans la moitié droite. En plan fixe et au son d’une ballade descriptive introductive, la diligence au galop traverse l’écran venant du lointain jusqu’à passer auprès de la caméra, suivant les traces de ce qu’on imagine être ses passages précédents que nulle intempérie n’est venue effacer. Avec la fin de ce générique minimaliste, la diligence sort de ce paysage plat et stérile pour s’engager entre quelques rochers dans un nouveau territoire où une maigre végétation commence à péniblement exister. C’est au détour de ces rochers qu’elle doit brusquement interrompre sa course devant un troupeau de bovins entouré d’une douzaine de cow-boys l’arme au poing.
La scène est observée de loin par Dan Evans (Van Eflin), le fermier du coin dont les bêtes ont servi d’obstacle, accompagné de ses deux fils. Repéré par le chef de la bande Ben Wade (Glen Ford) et son lieutenant Charlie Prince (Richard Jaeckel), Evans est maintenu à distance par des consignes clairement posées par Wade à voix basse et transmises à voix haute par Prince comme seraient transmis à l’équipage les ordres du Commandant d’un sous-marin. Si les enfants s’étonnent à répétition de l’absence de réaction de leur père, on sent bien que sa préoccupation première est de ne pas aggraver la situation en initiant une violence qui pourrait toucher aussi ses enfants.
Un des passagers se présente aux bandits comme le Mr Butterfield (Robert Emhardt), le propriétaire de la compagnie, et les avertit de ce qui les attend s’ils molestent les passagers. Nullement troublé, et gardant un calme sourire qu’il ne quittera quasiment jamais tout au long du film, Wade, rassure tout le monde en indiquant qu’il n’en a qu’après la cargaison d’or posée sur le toit de la diligence. Alors qu’un de ses acolytes commence à s’emparer de la précieuse cargaison, le conducteur le prend subitement en otage pour faire cesser le hold-up. Toujours calme et posé, Ben Wade abat alors en une seconde d’abord son complice puis le conducteur de la diligence, mettant fin à toute résistance. Etonnamment, Wade s’enquiert immédiatement de l’origine du conducteur qu’il vient de tuer et conseille à Butterfield de le faire rapatrier chez lui pour y être inhumé.
Prenant avec elle l’attelage ainsi que les montures d’Evans et de ses fils, Wade et sa bande filent ensuite vers le saloon de la ville la plus proche, Bisbee, qui était aussi la destination de la diligence, laissant Evans regrouper ses bêtes et aider les passagers.

 

Et aussi

photos Carlotta

photos Carlotta

 

Toute l’ambiance et la curiosité du film se tiennent dans cette scène initiale. Tout le reste de l’histoire se déroulera ensuite en quasi roue libre sur la lancée de cette introduction où tout est d’emblée posé.
Car arrivé au saloon, Wade fera lui-même avertir le sheriff de l’attaque de la diligence. Envoyant ses hommes vers le Mexique, il restera en arrière pour les beaux yeux d’Emmy (Felicia Farr), la belle serveuse du bar, avant de se faire cueillir par les hommes du sheriff à leur retour. Il se laissera emmener sans opposition vers Contention City pour y prendre le train de 3h10 pour Yuma et sa prison. Il observera avec son sourire inaltérable Evans se résoudre à se porter volontaire, avec l’ivrogne du coin, Alex Potter (Henry Jones), contre une prime de 200 dollars offerte par Butterfield pour assurer le convoiement du détenu, somme dont il a un besoin vital pour faire face à la sécheresse qui met son ranch en péril. Il observera avec le même calme quasi bienveillant la famille Evans lors d’une pause qu’ils feront dans le ranch pour la nuit, complimentant la maitresse de maison avec les mêmes mots qui avaient séduit la serveuse du saloon. Arrivés à Contention, il tentera calmement et poliment de convaincre Evans de ne pas aller au bout de ce convoiement en achetant son aide sans autre menace que de se montrer désolé des risques que son obstination lui fait courir. Il observera lentement se transformer la motivation d’Evans de simple mercenaire en porteur d’une mission de justice, qu’il refusera d’abandonner même en en étant relevé par un Butterfield effrayé par l’arrivée de la bande de Wade qui s’est regroupée pour libérer son chef, même après le sort funeste réservé à ce pauvre Potter qui gardait l’extérieur de la chambre d’hôtel transformée en cellule où se déroule l’attente du train. Il observera se créer une ambiance de confiance avec Evans qu’il finira même par conseiller pour effectuer le trajet à pied de l’hôtel à la gare. Devant le train sur le départ, il finira par aider Evans à profiter d’un nuage de fumée les protégeant de la bande pour sauter avec lui par la portière ouverte dans le wagon à bagages. Enfin il se réjouira avec lui de l’averse tant attendue qui commence à tomber lorsque le train enfin parti pour Yuma passe devant la carriole dans laquelle Alice, l’épouse d’Evans, observe soulagée son mari sain et sauf.
Au-delà des incohérences, et malgré l’étrange happy end, toute l’histoire est construite comme une tragédie dont les clés sont données dès l’ouverture du film. Dans la scène de l’attaque de la diligence. Dans l’arrivée au saloon, avec le toast porté devant les hommes du gang par Charlie Prince en remerciement au chef d’avoir protégé la bande en tuant l’un de ses membres. Dans la séduction d’Emmy qui sait que la rencontre restera unique mais qu’elle en restera bien plus marquée que par les hommes qu’elle a pu côtoyer pendant des années. Dans la plainte d’Emmy qu’aucun homme jeune ne se rencontre dans Bisbee suivie dans la scène de l’arrestation de Wade de l’arrivée d’une flopée d’enfants comme spectateurs de l’évènement. Dans la scène d’Evans et ses fils à leur retour au ranch en ramenant le troupeau et devant son épouse qui reconnait la difficulté de regarder un drame se dérouler sans pouvoir agir puis le supplie d’accepter de passer sur sa fierté en acceptant de solliciter un prêt pour faire face à la sécheresse, cet autre drame que traverse la ferme.
Et l’effet est renforcé par le choix du tournage en noir et blanc et de la photographie impeccable de Charles Lawton Jr, conférant au tout un parfum de film noir bien plus conforme à la tonalité générale que les codes classiques du western. La direction des acteurs va naturellement dans le même sens, alternant entre un Evans se débattant pour échapper au drame avec toute son énergie torturée, un Wade en position de quasi spectateur amusé qui sait où tout cela va finir, et une Emmy qui sait les difficultés de ce monde et l’importance de l’accepter en en tirant le peu de bonheur qu’il peut offrir.

Diffusion

Editions CARLOTTA

sortie DVD 24 juin 2015

« 3h10 pour Yuma »

« Cow-boy »

Notre note

4 Stars (4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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