"Au Nom du peuple italien" ("In Nome del Popolo Italiano") : enquête à l'italienne

Dino Risi, 1971
Un magistrat incorruptible, le juge Bonifazi, poursuit de son zèle un riche industriel romain, corrupteur et corrompu, Lorenzo Santenicito, dont il est convaincu qu’il est le meurtrier d’une call-girl. Ce qui donne un savoureux face à face entre Ugo Tognazzi (le juge Bonifazi) et Vittorio Gassman (Santenicito) qui vont s’affronter jusqu’à ce qu’on ne sache plus vraiment qui a le pouvoir sur l’autre. Au départ, un petit juge intègre et un gros bonnet de l’industrie lié au pouvoir politique, accumulant les fraudes et les trafics, président de 36 sociétés, promoteur véreux, capitaine d’industrie pollueuse (la première scène montre le juge, à deux pas de l’usine de Santenicito, pêchant un poisson qui va empoisonner l’oiseau qui le mangera), mauvais mari, fils indigne. Le bien et le mal. Mais peut-on condammer quelqu’un pour ce qu’il représente? Santenicito reprochera au juge Bonifazi d’avoir des préjugés contre lui, une phrase perdue dans la logorrhée chronique du personnage qui se drogue aux mots pour calmer son angoisse de la mort. Paradoxalement, c’est dans un tête à tête où tout les deux mentent qu’un brin de sincérité va réunir les deux hommes qui déjeunent dans un modeste restaurant sur la plage, Lorenzo Santeniceto semble rechercher un peu d’estime dans le seul homme non corrompu qu’il rencontre dans sa vie.—–

Film satirique cruel, c’est un portrait de l’Italie industrielle et politique des années 70, une peinture acide et sans illusions. Incapable de convaincre son vieux père de faire un faux témoignage pour se procurer un alibi, Santenicito l’envoie à l’asile sans remords. L’audition des parents de Sylvana, la call-girl retrouvée morte avec des contusions, droguée par un médicament opiacé, est terrible, les deux monstres ne parlent que d’eux et du confort que leur apportait l’argent de leur fille « qui se réalisait », comme le cadeau de cette cure de fangothérapie, désespérés quand elle s’amourache d’un jeune homme sans le sou, condamnés à aller chanter dans la rue…

Glissant facilement sur la pente du grotesque, certains scènes sont étonnantes, comme cettte fête ridicule genre orgie romaine ou

Santenicito reçoit ses amis en costume de Jules-César, les invités en toges et en tuniques, perruques de 1 mètre de haut pour les femmes. C’est ce soir-là et dans cette tenue que Santeniceto est convoqué au palais de justice pour la première fois par le juge Bonifazi. Le palais de justice a été transféré dans une des casernes de la ville car il vient de s’écrouler en pleine journée, « sous le poids des dossiers non traités », commente un employé au micro d’une radio… La fin du film est une folie, l’Italie vient de gagner la coupe du monde, on brûle des voitures, le juge Bonifazi, petit personnage étriqué en costume gris, erre dans la cohue et voit son ennemi Santenicito dans tous les visages en liesse, le juge hésite, faut-il persister à condamner l’industriel même si il était prouvé qu’il n’est pas coupable de crime-là bien que de tous les autres…Malgré que le sujet soit fin et plus complexe qu’il n’y paraît, le traitement du sujet terriblement outré et les personnages par trop caricaturaux n’en font pas un grand Dino Risi mais un bon film très agréable à regarder. En outre, un des nombreux films moins connus de la comédie italienne, alors à son apogée, à découvrir. Avec la divine Agostina Belli

dans un petit rôle (qu’on reverra plus tard face à Vittorio Gassman dans le chef d’oeuvre « Parfum de femme », Dino Risi, 1975)…DVD Studio Canal, collection Cinéma All’Italiana

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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