« Le Neuvième jour » : compte à rebours

Volker Schlöndorff, 2004, sortie DVD 25 mars 2010

Pitch

Un prêtre emprisonné à Dachau bénéficie d'une permission exceptionnelle pour assister aux obsèques de sa mère au Luxembourg. Mais le vrai motif est autre, convoqué tous les jours à la Gestapo, un officier nazi lui confie la mission de convaincre l'évêque de se rallier à Hitler.

Je viens d’écouter Serge Klarsfeld dans un débat très intructif proposé par Michel Field sur TF1 à l’occasion de la sortie imminente du film « La Rafle »… J’ai été consternée d’apprendre que ce sont les autorités françaises qui ont insisté pour qu’on déporte les enfants aussi lors de la rafle du Vel d’Hiv… Dans le même état d’esprit de devoir de mémoire, « Le Neuvième jour » est un film incontournable, inspiré d’une histoire vraie,

racontant le chantage exercé sur un prêtre Luxembourgeois résistant enfermé à Dachau afin qu’il persuade son évêque de se rallier à Hitler. Ce qui permet de voir les conditions de détention du « bloc des prêtres » dont le film montre que pour les rendre antipathiques aux autres détenus, on leur accordait un faux régime de faveur alimentaire, un verre de vin, une portion de pain supplémentaire… Des prêtres qu’on crucifiait sur des croix de bois de fortune édifiées par les prisonniers eux-mêmes…
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photo Arte éditions

En février 1942, une permission surprise de 9 jours est accordée à l’abbé Henri Kremer qui regagne, dubitatif, le Luxembourg où il retrouve ses frères et soeurs chassés de leur maison et habitant un petit appartement, la famille Kremer faisant partie autrefois des notables de la ville. Mais c’est justement à cause de cette famille encore influente du point de vue des nazis qu’ils ont choisi Kremer pour lui confier une mission : trahir ses convictions pour sauver sa famille et ses compagnons du « Bloc des prêtres » à Dachau, pris en otages pour l’occasion, qui seront tués s’il n’accepte pas. Trahir en essayant de convaincre l’évêque du Luxembourg de rallier la politique d’Hitler envers les églises, l’évêque résistant en restant enfermé dans l’envêché, faisant sonner les cloches de la cathédrale tous les jours en signe de protestation. Durant huit jours, Kremer doit se présenter tous les jours au sous-lieutenant Gebhardt, lui-même menacé par son chef de retourner surveiller les camps s’il échoue. Or, Gebhardt, ancien séminariste, exalté, torturé, s’est persuadé que Judas était un modèle qui avait trahi Jésus par sacrifice… Avec ces théories théologiques spécieuses, Gebhardt tente de déstabiliser Kremer revenu de Dachau dans un état d’exténuement psychologique

et physique… Partagé entre les fantômes de l’horreur des camps et la crainte de mettre sa famille en danger de mort, de condamner également les prêtres de Dachau, Kremer résiste comme il peut, au delà de ses forces… 


photo Arte éditions

Un film très dur tant il est épuré et tape juste dans ce qu’il montre, peu mais l’essentiel de l’horreur, l’angle insoutenable, les images qu’on oublie pas, ces images du début du film, pendant la détention de l’abbé Henri Kremer, puis, ces images revenant hanter le permissionnaire Kremer pendant le 8 jours qu’il passe au Luxembourg dans sa famille, harcelé moralement tous les jours à la Gestapo. Car ne neuvième jour sera celui de la décision : trahir ses convictions et rester au Luxembourg, ou ne pas trahir, et alors, retourner à Dachau. Ce n’est rien de dire qu’on a affaire un film haut de gamme avec des images, une atmosphère fantômatique, sobrement crépusculaire, une interprétation hors pair (Ulrich Matthes impressionnant).

 

 
photo Arte éditions

20° film de Volker Schlöndorff qui a débuté sa carrière en France comme assistant d’Alain Resnais, Jean-Pierre Melville et Louis Malle. En 1966, il passe à la réalisation en adaptant « Les Désarrois de l’élève Törless » de Robert Musil, puis en 1975, il s’impose dans la nouvelle vague allemande de Fassbinder et Wenders avec l’adaptation de « L’Honneur perdu de Katarina Blum » d’après Heinrich Böll. En 1979, il obtient la palme d’or à Cannes pour « Le Tambour », Oscar du meilleur film étranger en 1980.
site officiel allemand du film

 

DVD Arte éditions. Sortie le 25 mars 2010.

 

 

Notre note

(5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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