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"On the Bowery" : l'envers du décor de l'Amérique des années 50

Lionel Rogosin, 1956, reprise et sortie DVD 21 avril 2010



27 - 04
2010
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Pitch.
Un ouvrier des chemins de fer au chômage échoue dans Bowery St pour trouver des petits boulots et faire la tournée des bars. Mais ne pas replonger dans l'alcoolisme dans le quartier de Bowery semble impossible...


Un film à l'affiche, "On the Bowery", et un coffret DVD avec ce film et deux "Come back, Africa", "Good timess, wonderful times") d'un documentariste qualifié de pionnier du cinéma indépendant américain dans les années 50, ça accroche. J'ai donc tenté "On the Bowery". En deux mots, c'est très fort mais un peu difficile  à voir. D'abord, parce que le film en noir et blanc (très belles images) est muet durant un bon quart d'heure, peu bavard dans son ensemble, ensuite parce qu'il n'y a aucune explication sur rien, par exemple, ce qu'était ce quartier, cette Bowery St, appelée souvent "la rue des clochards", considérée comme les bas-fonds de Manhatan, à l'époque... C'est d'autant plus difficile à cerner à l'écran que les codes ont changé...


photo Carlotta

Les clochards tels que les filme L Rogosin sont des gens apparemment comme tout le monde, tels qu'ils étaient dans les années 50 avec des costumes gris ou des chemises blanches sur un pantalon sombre, un peu avachis les vêtements mais pas toujours... Ce serait inconcevable aujourd'hui de rencontrer des hommes habillés comme tout le monde, se comportant de manière civilisée, avec une seule particularité : l'alcoolisme chronique, les réunions  et beuveries dans des bars de Bowery St. Des bars qu'on décrit comme la zone alors que de nos jours, ces cafés à l'écran ne paraissent pas tellement sinistres, des bars ordinaires, de notre point de vue, avec la particularité qu'ils ne sont fréquentés que par des hommes (une seule femme aperçue dans le film). Par rapport à aujourd'hui, on voit bien que trouver un travail est possible, même s'il s'agit de petits boulots harassants, débilitants, les hommes cherchent de l'argent pour s'acheter des vêtements clean et trouver un petit boulot, la situation économique de l'Amérique et du monde est différente. On dit qu'à l'époque 95% des habitants de Bowery travaillaient dans la journée.


photo Carlotta

Petit à petit, la caméra, qui suit de près un protagoniste, Ray, un ancien cheminot fraîchement débarqué dans le quartier et tentant de trouver un travail tout en faisant la tournée des bars et nouant connaissance, tente de démontrer un parcours : celui d'un homme devenu chômeur qui va échouer sur Bowery St et essayer de ne pas (re)sombrer dans l'alcoolisme. D'entrée, Ray se fait voler sa valise, beaucoup plus tard, il se fera tabasser dans la nuit. Dans l'intervalle, Ray a compris que seule la mission de l'Armée du salut lui permettrait de se protéger de la boisson puiqu'on ne peut obtenir un lit qu'en échange de s'engager à ne pas boire, à changer de vêtements, à se raser. C'est en montrant ces structures d'accueil que le réalisateur nous fait prendre conscience du degré de dénuement des clochards de Bowery st. C'est en cela que le film est moderne, le spectateur est en immersion lente, observant comme observe le réalisateur, s'expliquant lui-même la situation. Autres images "parlantes" : les journaux sur le bitume pour dormir. Mais on en dira pas beaucoup plus. Une relation entre Ray et Gorman, un ancien médecin déchu, va en pointillé montrer l'état d'esprit d'une communauté entre solidarité et prosélytisme qui ne veut pas laisser partir un compagnon de boisson ; ce vieil homme, Gorman, pour que Ray replonge, lui promet de l'argent, plus tard... quand il aura partagé sa  et sa bouteille... puis, se ravise, lui donne cet argent, mais c'est trop tard quand même pour Ray car "les jeux sont faits" quand on met un pied sur Bowery St...

Les bonus ne sont pas de trop pour ce film qui racontent notamment l'historique de Bowery, d'abord une rue traversant Manhattan du Nord au Sud, au XIX° siècle, puis remplacée en grand partie par Broadway avenue. Devenu dans les années 50 un quartier pauvre de Downtown, vidé de ses habitants, habités par des minorités, puis investi dans les 80 par des artistes comme Gérard Malanga (la Factory) ayant dû le quitter quand les prix ont monté récemment avec la construction du Bowery hôtel, grand hôtel de luxe. Le réalisateur Lionel Rogosin raconte qu'il n'avais jamais tourné de films auparavant, qu'il a d'abord lié connaissance avec les habitants de Bowery pendant six mois et qu'ensuite il a tourné son film pour apprendre, d'abord sans scénario, s'inspirant du "Voleur de bicyclettes" de de Sica (influencé de toute façon par le néo-réalisme italien d'un Rosselini), ensuite avec un scénario minimum. Il a mélangé la fiction et le documentaire en incorporant un personnage central, Ray Salyer, dont on ne s'aperçoit pas tout de suite qu'il est le "héros" du récit, un homme beau et charismatique, lui-même alcoolique, acteur non pro, qu'il tentera de sauver après le film en lui proposant une cure de désintoxication pour devenir acteur en Californie mais Ray s'en ira nulle part et personne ne le reverra jamais... Un autre personnage, Gorman, jouant le médecin faux ou vrai âgé, était à l'époque en phase terminale de cyrrhose du foie, il acceptera d'être sobre pour la bonne marche du film et mourra peu après le tournage.


photo Carlotta

Le film obtint le Grand prix à Venise et fut nommé aux Oscars du meilleur documentaire. Mais, en pleine guerre froide avec l'URSS, ce film gênait les américains, choqués qu'on montre l'envers du décor, en revanche, il plaisait beaucoup à Varsovie... On explique dans un des bonus qu'après la guerre de Corée, beaucoup d'hommes dans la Marine avaient pris l'habitude de boire et ont échoué dans Bowery pour continuer à boire "parmi les leurs",  se couper de la réalité jusqu'à mourir. Ce film loué par Jonas Mekas ou John Cassavetes a été un des premiers films indépendants sur le modèle "pas de script, pas de plateau, pas de dialogues" mais filmer ce qu'on voit, filmer l'intimité volée, des conversations d'ivrognes dans des bars, des hommes effondrés dans des coins pour avoir la paix, des galeries de visages un pied en enfer, voire dormant dans des hôtels avec des grillages (pour diviser une pièce en deux en respectant le réglement de la ville), tout cela en plaçant la caméra de manière invisible derrière un bar, une bouteille,
pour que ceux qui sont filmés oublient la caméra, ainsi recréer un documentaire vrai bien que scénarisé.


Sortie coffret 3 DVD Lionel Rogosin "On the Bowery" (1956), "Come back, Africa" (1959) et "Good times, wonderful times" (1965). Sortie 21 avril 2010

3 bonus pour "On the Bowery" : "Pourquoi Rogosin?" / "La parfaite équipe" et "Un Promenade dans le Bowery" (les deux derniers étant réalisés par son fils Michael Rogosin)


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Note : 2.1/5 (19 notes)



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 Il y a longtemps que je veux le voir celui-ci, j'ai hâte d'avoir des sous pour l'acheter, surtout qu'avec les films de Shirley Clarke, ce cinéma à encouragé Cassavetes dans sa voie!

valérie - 27.04.10 à 21:47 - # - Répondre -

Re:

De Shirley Clarke, j'ai vu il y a très longtemps "The Connection" et j'aimerais le revoir, ça m'avait saisie, encore plus que "On the Bowery". Je vais poursuivre donc LR avec les deux suivants... C vrai que j'ai de la chance de chroniquer ce genre de films que je ne connaissais absolument pas, dans le dossier presse, Cassavetes écrit qu'il est propablement le plus grand documentariste de tous les temps.

vierasouto - 28.04.10 à 00:36 - # - Répondre -

tout expliquer?

  Je ne vois pas pourquoi vous trouvez le film difficile à comprendre, il est limpide et il n'y a rien à expliquer de plus que ce que les magnifiques images montrent,clairement: la déchéance d'hommes, pour différentes raisons, en pleine période de prospérité, et pourtant ces hommes restent.. des humains.....C''est sûr, à l'époque il n'y avait pas de" jogging" ni de chiens, le tee shirt et le pantalon synthétique sont des inventions modernes! Etonnant que vous trouviez cela bizarre. regardez des photos anciennes: même les "pauvres" étaient habillés "convenablement ! mais pour autant, la misère est profonde, terrible, mais sans haine..; et les bistrots, qiu ont l'air "normaux", ne le sont pas , ils accueillent tous les paumés à la dérive... pas vraiment le bistrot normal, ou alors on ne fréquente pas les mêmes bistrots!  C'est sûr, la dérive et l'alcoolisme se répandent de manière incroyable en France, surtout chez les jeunes maintenant, alors, peut-être, leurs bistrots ressemblent à ces endroits infernaux où la misère humaine échoue?
Pour Valérie : moi aussi j'avais hâte de revoir ce film, et je n'ai pas été déçue, mais je suis aussi sous le choc de "Good times, wonderful times" (dans le même coffret): L'avez vous vu?

roger - 28.04.10 à 00:14 - # - Répondre -

Re: tout expliquer?

Je ne joue pas sur les mots mais je voulais dire que ce n'est pas difficile à comprendre mais à appréhender pour le spectateur de 2010. Car, d'une part, c'est sans dialogues pendant un moment, sans explications sur ce qu'est cette rue, ce quartier ; d'autre part, et je savais que j'aurais du mal à l'exprimer, les codes extérieurs ont changé, notamment vestimentaires, la manière dont les hommes sont habillés est évidemment années 50 mais des années 50, comme vous dites, années de prospérité, une période de plein emploi avec des habitants qui quasiment tous travaillent dans la journée, avec un comportement bien différent d'aujourd'hui. S'agissant des bars, je me suis peut-être un peu avancée mais, comparés ce qu'on peut voir aujourdhui, les lieux ne frappent pas autant le spectateur 2010 que sans doute celui de 1956. Je pense que le film se déroule d'une manière à ce qu'on rembobine à la fin tout ce qu'on a vu depuis le début et qu'on saisisse l'ensemble à rebours, traitant aussi bien de la déchéance morale que physique, de l'alcoolisme en tant que toxicomanie, ces hommes ont un peu deux vies, celle du jour et celle de la nuit avec leurs démons, ce qui m'a frappée aussi, c'est l'absence de femmes, aujourd'hui, ce ne serait pas envisageable. Donc, je me suis certainement mal exprimée, et je ne sous-estime en rien la détresse des habitants de Bowery dans les années 50, mais j'essayais pour le lecteur de lui décrire un peu ce qu'il va voir avec son référentiel d'aujourd'hui.

vierasouto - 28.04.10 à 00:54 - # - Répondre -

the connexion

Ah the Connexion, ce film est génialissime,  tu sais qu'à la base c'était une pièce de théâtre, et que Gainsbourg l'a vu, les acteurs étaient au milieu de la salle, comme s'ils étaient dans un squat! 
As-tu vu le cinéaste de notre temps sur Shirley Clarke? Il s'appelle Rome Brulée. Il est absolument génial, j'ai encore la K7 vidéo de quand il est passé sur arte!

valerie - 28.04.10 à 09:38 - # - Répondre -

Re: the connexion

Je ne connais rien d'autre de Shirley Clarke... J'étais tombé sur c film à la TV par hasard... Mais ça ne m'étonne pas tellement qu'il s'agisse d'une pièce de théâtre. Dans une moindre mesure, je me souviens de pièces de Hossein où les acteurs étaient dans la salle, ça fait son effet!

vierasouto - 29.04.10 à 14:52 - # - Répondre -

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