07 - 04
2010
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Pitch.
Un homme roule vers la Californie à la recherche de la seule femme qu'il ait aimé depuis l'enfance, dont il était le voisin, puis, le compagnon, qu'un drame a séparé d'elle.
La présence de Vincent Gallo suffit-elle à supporter ce film? En moto, en voiture, Bud Clay avance, road-movie, stoppant parfois pour embrasser une femme qui lui rappelle la sienne, perdue, s'enfuyant vite et roulant... Au bout d'une bonne heure, Bud laisse un mot sur la porte de Daisy, sa femme, son amour d'enfance, et l'histoire peut démarrer pendant la demi-heure suivante : par la visite de Daisy dans son hôtel, par la scène de fellation scandaleuse qui a réveillé Cannes en sursaut, par le flash-back des mauvais souvenirs qui transforment le film en un mélodrame banal.
Car sur la route, on a vaguement entendu que Bud racontait à deux vieilles dames parentes de Daisy qu'ils avaient perdu un enfant, elle et lui, autrefois... Les rarisssimes conversations (échanges brefs) dans cette première heure contemplative, silencieuse, un peu musicale, se tenant sotto voce, à la différence du vrombissement du moteur de la moto. Chemin faisant, Bud croise trois femmes approximatives qu'il embrasse, rêve à des baisers avec Daisy. Ensuite, Daisy à l'hôtel parle des baisers avec Bud qui lui ont manqué. Retrouvailles entrecoupées de Daisy enfermée à la salle de bains fumant du crack, la drogue, premier élément du drame qui les a séparés autrefois. Cette histoire de Bud Clay et Daisy Lemon est un éloge lugubre et poétique de l'oralité perdue qu'on ne cesse de rechercher, de retrouver pour la perdre à nouveau, tel un mirage.
Qui d'autre que Chloé Sevigny, l'icône du ciné indépendant, pour donner, si l'on peut dire, la réplique, à Vincent Gallo, dans cet essai cinématographique décrivant la souffrance d'un homme à la recherche de sa femme et du pardon qu'il faudra trouver en lui pour la rejoindre? Vincent Gallo est un artiste, il avait sans doute un projet bien défini dans la tête qui déboule après plus d'une heure de voiture et de moto à road-mover... On sent bien la nostalgie d'une époque idéalisée où l'on taille la route et l'on stoppe pour étreindre des inconnues peace and love... L'artiste en tire une version dépouillée à l'extrême où la somme de ces femmes va mener à la femme avec un grand F, à la réalité de la rancune, de la jalousie, du chagrin, à la réalité tout court d'un couple se débattant parmi les fantômes du passé/passif. Mais ce dictionnaire Gallo-français/anglais qu'il faut avoir en tête finit par user la meilleure volonté... A sa décharge, le film durait deux heures lors de sa présentation à Cannes. Amputé d'une demi-heure, présenté désormais sous le format d'1h30, il est fort possible que cela mette en évidence une disproportion entre la première et la seconde partie, cette traversée fantôme du pays en voiture, en moto, et ces retrouvailles avec la femme aimée.
Attention aux conducteurs de machines, le film n'est pas exempt de risques de somnolence, et on comprend que programmé en toute fin du festival de Cannes en 2003, il ait fait scandale plus pour son effet soporifique que pour sa scène explicite finale censée embraser le spectateur d'une sourde passion contenue si longtemps qu'il a sombré dans un sommeil refuge. Dans "Les Pensées" de Leopardi, souvent très drôles, celui-ci raille que Virgile avait endormi d'ennui et non d'extase sa dulcinée... avec l'interminable lecture de "L'Enéide"... On n'en est pas loin...
DVD Potemkine, sortie le 6 avril 2010.
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Mots-clés : CinéDVD, Cinérécent, cinéma américain, The Brown Bunny, Vincent Gallo





























Commentaires
film sublime
Pour moi ce film est un des plus sublimes des années 00, sa beauté est à couper le souffle, et je dirais qu'il faut le vivre et non le regarder sinon on passe à côté de l'expérience magnifique qu'il est. Apparemment ça a été ton cas, dommage!
valérie - 24.04.10 à 13:30 - # - Répondre -
← Re: film sublime
Oui, j'ai été extérieure à ce que je voyais, j'essayais de regarder la beauté des images, ce qui pouvait justifier que ce soit un film-culte et ça m'a totalement échappé. Je suis d'accord, il faut vivre ce film comme une expérience, s'immerger, mais chez moi, ça n'a pas marché. Tout le contraire du dernière gaspard Noé "Enter the void" où j'ai été happée tout de suite. Merci en tout cas de la mesure de ce commentaire contructif qui donne la bonne clé d'entrée du film.
vierasouto - 25.04.10 à 02:34 - # - Répondre -
benzo fury
Ce blog est vraiment génial pour qui est passionnée comme moi dans ce domaine. J'ai parcouru quelques articles ! Très intéressant et ce dernier en particulier. Je ne sais pas où vous trouvez le temps de faire tout cela, moi j'ai essayé et j'étais vite en panne d'idées. Bon mais je dois être plus paresseuse que vous ! Merci de partager vos idées et votre regard avec les autres. J'aime votre style et je vous lis dès à présent. benzo fury
benzo fury - 29.01.12 à 01:57 - # - Répondre -
← Re: benzo fury
Merci beaucoup pour ce commentaire! C'est vrai que ce n'est pas toujours facile de trouver le temps tout le temps pendant 6 ans et il y a parfois des moments de découragement. Mais la passion prend le dessus. Je ne suis pas sûre qu'il faille avoir des idées au départ avant d'écrire un article mais en écrivant sur un film en particulier, ce qu'on pense sur les choses en général est exhumé des "archives" de la mémoire. Et puis, écrire est une sorte de nécessité difficilement explicable, certains (dont moi) s'expriment mieux par écrit, sans interlocuteur direct, c'est un peu une "seconde vie".
vierasouto - 29.01.12 à 03:33 - # - Répondre -
phenazepam
Pour être honnête, j'avais du mal à trouver la bonne info avec tous les blogs qu'il y a dans ce domaine. Et je suis tombée sur vous ! Je crois qu'on a la même passion et qu'on partage beaucoup de goûts en commun ! Bravo et merci ! Je vous ajoute. phenazepam
phenazepam - 29.01.12 à 05:08 - # - Répondre -