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« The Brown Bunny » : éloge narcotique de l’oralité

Vincent Gallo, 2003, sortie DVD 6 avril 2010

Pitch

Un homme roule vers la Californie à la recherche de la seule femme qu'il ait aimé depuis l'enfance, dont il était le voisin, puis, le compagnon, qu'un drame a séparé d'elle.

La présence de Vincent Gallo suffit-elle à supporter ce film? En moto, en voiture, Bud Clay avance, road-movie, stoppant parfois pour embrasser une femme qui lui rappelle la sienne, perdue, s’enfuyant vite et roulant… Au bout d’une bonne heure, Bud laisse un mot sur la porte de Daisy, sa femme, son amour d’enfance, et l’histoire peut démarrer pendant la demi-heure suivante : par la visite de Daisy dans son hôtel, par la scène de fellation scandaleuse qui a réveillé Cannes en sursaut, par le flash-back des mauvais souvenirs qui transforment le film en un mélodrame banal.
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photo Potemkine

Car sur la route, on a vaguement entendu que Bud racontait à deux vieilles dames parentes de Daisy qu’ils avaient perdu un enfant, elle et lui, autrefois… Les rarisssimes conversations (échanges brefs) dans cette première heure contemplative, silencieuse, un peu musicale, se tenant sotto voce, à la différence du vrombissement du moteur de la moto. Chemin faisant, Bud croise trois femmes approximatives qu’il embrasse, rêve à des baisers avec Daisy. Ensuite, Daisy à l’hôtel parle des baisers avec Bud qui lui ont manqué.
Retrouvailles entrecoupées de Daisy enfermée à la salle de bains fumant du crack, la drogue, premier élément du drame qui les a séparés autrefois. Cette histoire de Bud Clay et Daisy Lemon est un éloge lugubre et poétique de l’oralité perdue qu’on ne cesse de rechercher, de retrouver pour la perdre à nouveau, tel un mirage.

photo Potemkine

Qui d’autre que Chloé Sevigny, l’icône du ciné indépendant, pour donner, si l’on peut dire, la réplique, à Vincent Gallo, dans cet essai cinématographique décrivant la souffrance d’un homme à la recherche de sa femme et du pardon qu’il faudra trouver en lui pour la rejoindre? Vincent Gallo est un artiste, il avait sans doute un projet bien défini dans la tête qui déboule après plus d’une heure de voiture et de moto à road-mover… On sent bien la nostalgie d’une époque idéalisée où l’on taille la route et l’on stoppe pour étreindre des inconnues peace and love… L’artiste en tire une version dépouillée à l’extrême où la somme de ces femmes va mener à la femme avec un grand F, à la réalité de la rancune, de la jalousie, du chagrin, à la réalité tout court d’un couple se débattant parmi les fantômes du passé/passif. Mais ce dictionnaire Gallo-français/anglais qu’il faut avoir en tête finit par user la meilleure volonté… A sa décharge, le film durait deux heures lors de sa présentation à Cannes. Amputé d’une demi-heure, présenté désormais sous le format d’1h30, il est fort possible que cela mette en évidence une disproportion entre la première et la seconde partie, cette traversée fantôme du pays en voiture, en moto, et ces retrouvailles avec la femme aimée.
 


photo Potemkine

Attention aux conducteurs de machines, le film n’est pas exempt de risques de somnolence, et on comprend que programmé en toute fin du festival de Cannes en 2003, il ait fait scandale plus pour son effet soporifique que pour sa scène explicite finale censée embraser le spectateur d’une sourde passion contenue si longtemps qu’il a sombré dans un sommeil refuge. Dans « Les Pensées » de Leopardi, souvent très drôles, celui-ci raille que Virgile avait endormi d’ennui et non d’extase sa dulcinée… avec l’interminable lecture de « L’Enéide »…  On n’en est pas loin…
DVD Potemkine, sortie le 6 avril 2010.

 

Notre note

2 Stars (2 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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