« PULSE » : le mobile des mobiles/Avant-Première à Deauville

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On aurait convoqué Kurosawa en plein festival étasunien de Deauville… En fait, il s’agit de son homonyme : Kiyoshi Kurosawa dont on fait ici le remake du film "Kaïro" (2001) par un certain Jim Sonzero. Ce n’est pas que le travail de ce jeune réalisateur m’évoque quelque antécédent que ce soit. C’est juste qu’il est des situations dont on devrait spontanément se méfier… Si Freud nous a appris à nous demander devant une maladie ce que "le mal a dit"… devant le résultat du labeur de Sonzero, osera-t-on formuler la question qui tue…

Une bande d’étudiants en psy(chologie) se retrouve embringuée dans une histoire de suicides en série qui déciment la fac. C’est d’abord Josh, grande perche hallucinée, qui ouvre le bal en se pendant chez lui à deux pas de son ordinateur pour échapper à des monstres fantomatiques venus d’on sait où. Sa petite amie Mattie et sa copine Izzie, deux filles canon comme dans les séries américaines, cherchent à percer le mystère du soudain désespoir de Josh quand, un à un, chacun des copains va aussi passer l’arme à gauche dans les mêmes conditions… Sauf Mattie, la rescapée de la bande, aidée par Dexter, un séduisant inconnu qui a racheté la bécane pourrie de Josh après son trépas, lieu virtuel où se trouverait la clé des suicides. Deux personnages viennt compléter la troupe : le Dr Waterson (Ron Rifkin), prof de psycho psychologisant niant l’évidence et le pochtron de service (Brad Dourif) qui, lui au contraire, annonce en vain l’apocalypse.

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On finit par piger que le problème relève d’une infestation du réseau internet, et du réseau télécom en général, par des monstres paralysants de la volonté entraînant une dépression des sujets allant jusqu’à se suicider. S’en suit une course contre l’invasion barbare, le mal étant évidemment à l’intérieur des cerveaux pollués et pas à l’extérieur et il suffirait alors de jeter son téléphone et son PC pour y échapper…

Ce film, fabriqué pour effrayer, barbote dans un décor qui doit faire peur à tout prix, mécaniquement parlant, la psychologie des personnages étant clairement zappée. L’univers inquiétant, tel qu’on le conçoit dans l’imagerie populaire, est chargé à mort : du gris, du verdâtre, de la pénombre en veux-tu en voilà, des cris, des grincements de portes, des hurlements, des bâtiments toujours déserts, des couloirs coupe-gorge, le tout ponctué périodiquement de quelques morceaux de bravoure : des scènes d’horreur « clé en main » toutes identiques avec gros plan sur un visage qui ne tardera pas à comprendre sa douleur, musique stridente qui va crescendo pour prévenir le spectateur si besoin était et accélération subite des images évoquant un cataclysme… Un générique d’inspiration « Matrixielle » donne une sorte de légitimité au projet de deshumanisation du film.

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Si Jim Sonzero avait voulu faire un western, il aurait mis des chevaux et des colts à la ceinture des personnages sur une musique vaguement country, une série de codes obligés… Dans cet emballage, quel cadeau ? Vraie surprise du film, c’est un message édifiant et moralisateur sur les dangers de la téléphonie mobile… Méfiez vous du téléphone ! Vous croyez simplement remplir les tuyaux du réseau d’un contenu que vous maîtrisez, erreur, c’est lui qui vous pompe en boomerang jusqu’à l’os comme la limace géante de Starship Troopers aspire le cerveau de ses victimes et n’en laisse qu’une coquille vide, pire, ici, la carcasse résiduelle se délite en poussière particulaire à la fin du processus. Y aurait-il une parenté avec la pub Bouygues Télécom où l’heureux utilisateur du forfait se morcelle en une myriade de petits cubes s’envolant vers la liberté de la communication absolue ? Un vaste programme métaphysico-stratosphérique qui trouvera acheteur à son téléphone …

Au sortir de la projection tardive, progressivement désertée en continu par un flot régulier de festivaliers poussés vers la sortie par le sommeil, quelques questions me taraudent néanmoins le seul neurone qui me reste. Que diable Ron Rifkin et Brad Dourif sont-ils allés faire dans cette galère? Quelle mouche a bien pu piquer le sélectionneur du festival pour lui faire retenir ce film? Aurait-il aussi le cerveau infecté par les fantômes de son téléphone…

 

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Mini-Pitch : film d’horreur très soft où une bande d’érudiants en psychologie voit son groupe décimé par une épidémie de suicides…

Sortie officielle du film en salles le 11 octobre.

 

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Posted by:

zoliobi

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