« Sweet smell of success » (« Le grand chantage ») / sortie DVD

focus DVD Alexander Mackendrick, 1957, sortie DVD 7 décembre 2016

Pitch

NYC, années 50. Un attaché de presse est prêt à toutes les bassesses et coups bas pour retrouver l'intimité d'une star des médias.

Notes

Talonné par Sydney Falco, aux enfers depuis que JJ, star des chroniqueurs, l’a fait disparaître de sa rubrique critique de son journal, ce dernier, quand il daigne enfin lui adresser la parole, argue que la raison est que Falco n’a pas tenu parole… de quoi s’agit-il en fait? JJ Hunsecker à demandé à Sydney Falco un « petit service » : faire cesser la relation que sa sœur adorée Susan entretient avec un guitariste de jazz, seul personnage moralement correct du film, c’est d’ailleurs ce qui a attiré Susan chez lui en premier lieu. Falco, d’humiliation en porte claquée au nez, se démène alors pour réparer sa « faute », ne réalisant pas (il s’en rendra compte à la fin) que le sadique et dépressif JJ Hunsecker n’a qu’une passion, sa sœur, et que tout ce qu’il pourra faire de plus vil pour retrouver les faveurs de JJ, qu’il imagine le tremplin pour succès et l’argent, ne servira à rien si il échoue.

"Le grand chantage" (photo Wild side)

« Le grand chantage » (photo Wild side)

Réalisé à la fin de la grande époque du film noir (début des années 40 à mi années 50), « Sweet smell of success » est tiré d’une nouvelle d’Ernest Lehman parue sous un autre titre (plus plat) dans le magazine « Cosmopolitan ». Après avoir changé de réalisateur et de scénariste (Ernest Lehman, l’auteur, fut remplacé par Cliford Odets, auteur des percutants dialogues du film), avoir essuyé le refus de grands acteurs frileux, ce sont deux acteurs (Burt Lancaster et Tony Curtis), qu’on avait toujours vu au cinéma dans des rôles positifs, qui vont accepter les rôles les plus noirs de leur carrière dans un des films les plus noirs du film noir. Lancaster co-produisait le film avec sa société Hecht-Hill-Lancaster, un drôle de trio qui connut pas mal de succès mais certainement pas avec ce film qui fut un flop retentissant à sa sortie. Tony Curtis, lui, voulait casser son image de gentil au cinéma.

Si il est démontré qu’il y a dans le vrai film noir une correspondance entre l’histoire (les pulsions sombres des personnages et leurs mauvaises intentions) et l’image saturée de noir, dans « Sweet smell of success », c’est une vraie démonstration. Aucun bon sentiment chez les deux hommes qui s’opposent durant tout le récit, presque aucune image claire d’autant que deux deux tiers du film se passent la nuit… Du bureau minable de Falco aux bars enfumés en passant par le flic corrompu dans la nuit de Broadway, l’appartement confiné du redoutable Hunsecker, sa sœur captive et terrifiée rodant dans les parages en manteau de vison, nul répit pour le spectateur : l’obscurité des sentiments et des images règne sur le film de jour comme de nuit.

Et aussi

C’est un film très curieux car il ne s’y passe rien au point de vue action sauf les allées et venues de deux personnages principaux, JJ Hunsecker et Sydney Falco, à l’exception de quelques incursions de personnages secondaires, victimes collatérales des deux premiers. Pourtant si la tension est insupportable, l’atmosphère claustrophobique et anxiogène, l’ensemble le doit à ses deux acteurs et à la mise en scène de ce réalisateur peu connu dans le genre, Alexander Mackendrick, ayant surtout tourné des bluettes. Mais ce réalisateur écossais, de nationalité américaine, avait de l’intuition dans la direction d’acteurs : au sportif Burt Lancaster, ancien trapéziste de formation, il avait demandé de bouger le moins possible et lui avait imposé cette grosse paire de lunettes assorties de lumières sombres que l’éclairagiste lui passait sur le visage.

À Tony Curtis, au contraire, il avait expliqué que son personnage est dans le mouvement perpétuel. Une agitation compulsive centrée sur la seule quête d’une rencontre avec JJ Hunsecker (qui se plaît à le faire lanterner, savourant ainsi son pouvoir sur les autres qu’il méprise, ou le dérangent, qu’il voit peine, en vérité, JJ n’aimant névrotiquement que sa sœur) afin de retrouver ses bonnes grâces ; car Sydney Falco, tout à son obsession, ne fait aucun cas des femmes qui l’épaulent : sa secrétaire, qu’il considère comme un meuble, ou cette entraîneuse de la boîte de jazz, amoureuse de lui, à qui il demande de se prostituer pour servir des plans minables de démolir le petit ami de Susan.

"Le grand chantage" (photo Wild side)

« Le grand chantage » (photo Wild side)

« Le Grand chantage », outre un portrait vitriolé des dessous de Broadway, est le choc de deux obsessions : Falco veut les faveurs de JJ et JJ ne veut pas que Susan quitte l’appartement où il la tient psychologiquement prisonnière (elle dira au guitariste qu’elle a accepté d’épouser et à qui elle s’apprête à renoncer : « je suis quelqu’un de faible »).

Susan, personnage assez fade, sœur unique de Hunsecker, femme de sa vie privée lugubre, avec qui il entretient des rapports moralement incestueux, est l’enjeu du grand chantage exercé par ce nabab des médias (inspiré de Walter Winchell, célèbre chroniqueur), dont chaque chronique est lue par 60 millions d’américains, sur Falco, un attaché de presse fauché mais assoiffé de pouvoir et d’argent facile.

Ici, Noir c noir!

Annexe

Le livre (près de 200 pages) qui accompagne ce coffret regorge d’infos et de photos. Dommage que le texte soit écrit très petit…

Un coffret sur un film rare, souvent oublié, souvent noir, comme Wild Side Vidéo a le secret d’en sortir un (ou deux) chaque année aux environs de fêtes de Noël…

Diffusion

En édition 2 DVD + Blu-ray + un livre

sortie le 9 décembre 2016

éditions Wild side

Notre note

(4,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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