"TAPS" : deux débutants célèbres au cinéma : Sean Penn et Tom Cruise

Harold Becker, 1981


Je vous le dis d’entrée, ce film est un régal et je ne sais si mon avis arrivera à retranscrire tout le plaisir que j’ai pris à le voir (2 fois en 8 jours…) C’est un film d’Harold Becker de 1981 avec un casting éblouissant : Tom Cruise, Sean Penn et Timothy Hutton.
 

C’est l’heure de la remise des diplômes de fin d’année à l’académie militaire de Bunker Hill. Dans une ambiance solennelle, le Général Bache, directeur de l’école, lit les noms des soldats tombés au champ d’honneur (TAPS, d’où le titre du film) tandis que la fanfare joue la « sonnerie aux morts ». Pour l’année suivante, le général Bache, nomme l’officier Brian Moreland major de l’école en remplacement de son prédécesseur John Cooper, promu à la prestigieuse école de West Point. Pour ce passage de pouvoir, Bache a convoqué les deux officiers, Moreland et Cooper, à un déjeuner intime à trois dans son bureau. A l’heure du brandy, il leur raconte ses souvenirs de guerre et son attachement à son supérieur et père spirituel, le Général Black, qui officiait au même rang à son entrée à Bunker Hill, 45 ans auparavant, à l’âge de douze ans. La famille du général Bache (George G Scott), c’est l’armée, «l’homme est né pour être guerrier, nous sommes tous des vikings », son credo, c’est l’honneur auxquels les trois compères portent un toast.

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Cependant qu’on se réjouit de la promotion de major dans la chambre de Brian Moreland (Timothy Hutton) que ce dernier partage avec l’officier Alex Dwyer (Sean Penn), l’officier David Shawn (Tom Cruise) a organisé une parade dans le couloir avec son unité en l’honneur du nouveau major de la promotion. Aussitôt, les tempéraments et les rapports entre les hommes sont posés : Shawn le fougueux, et Dwyer, le septique, se détestent et se jalousent la préférence de Moreland, posé et consensuel, meilleur élève de sa classe. La journée se poursuit avec la grande parade de l’école et le défilé des troupes. 4 officiers présentent leur compagnie, le commandant Pierce, le commandant Mary, le commandant Shawn et le commandant Dwyer. Les unités de ces deux derniers sont à l’échelle de leurs différences : les solides fantassins à béret rouge de Shawn tranchent avec les élégants cavaliers à plume jaune de Dwyer. A la stupéfaction générale lors du discours de clôture de la parade, le Général Bache (Georges C Scott) annonce la fermeture de l’académie militaire de Bunker Hill l’année suivante, le terrain ayant été vendu à des promoteurs immobiliers. Très affecté, Bache promet qu’il sauvera l’école et « ce terrain acquis et payé par le sang des élèves », et il assène « rien n’est plus important que le combat final et je compte le gagner ».

 

Quand Moreland confie ses doutes au général Bache, il sait trouver les mots pour le convaincre de ne pas démissionner de sa fonction de major malgré la fermeture prochaine de l’école. Bache parle avec emphase d’honneur « dans un monde où l’honneur est tenu en mépris », de famille « vous êtes ma mission et ma famille, je ne les laisserai pas vous arracher à moi » et Moreland, inconscient de la portée de son engagement lui répond « on ne les laissera pas faire ! ».

 

Les festivités se poursuivent avec la soirée de l’école où débarquent les élèves sanglés dans leur uniforme avec à leur bras leurs cavalières en robes de satin et rubans dans les cheveux. A partir de cet instant, tout va se jouer des de part et d’autre de la grille de l’académie militaire de Bunker Hill. Dans l’école, les lumières de la fête, dans la rue, des gamins qui conspuent l’arrivée en taxis des officiers. La tension monte et quelques élèves tentent de repousser la horde d’adolescents qui les provoque, ça dégénère en bagarre générale, tous ont le même âge : pas plus de 17 ans. Le général Bache vient à leur rescousse quand un adolescent se jette sur lui et tente de lui arracher son arme, Bache se débat et le coup de feu part, tuant un autre gamin dans la rue. Manteau jeté sur les épaules, accablé, le général Bache, accusé d’homicide, quitte les lieux dans une voiture de police. Par la radio de l’école branchée sur la fréquence de la police, les élèves apprennent que Bache vient de faire une attaque cardiaque dans la foulée.

 

Le film se passe en huis-clos avec cette grille de l’école comme frontière entre deux mondes, deux époques : hier et aujourd’hui, anachronisme et réalité, discipline dans l’école contre laxisme dans la rue, cheveux courts et uniformes contre t.shirts et cheveux longs, et insidieusement les deux mondes s’inversent jusqu’à ce que la loi soit dans la rue et la violence dans l’école, c’est la force du scénario. Le film est bâti comme une tragédie grecque avec cet inéluctable enchaînement d’évènements allant inexorablement jusqu’au drame final. En respectant l’unité de lieu, tout se passe dans l’école et on n’aperçoit la rue, comme les élèves, qu’à travers les barreaux de la grille. Néanmoins, l’histoire est traitée de façon très sobre, sans pathos, par l’observation minutieuse des petits évènements quotidiens et des drames ponctuels qui jalonnent le récit, avec sensibilité et émotion.

 

La photo extérieure est grise et verte, gris du pavé, des uniformes, du ciel pluvieux, vert des arbres de la cour, des treillis, des cirés, à l’intérieur, la photo se réchauffe comme la douceur du foyer, le brun des boiseries, le jaune des lampes de chevet, les lumières tamisées du couloir. Certaines images sont superbes : alors qu’on a coupé l’électricité dans l’école, les visages de deux gosses sont soudain éclairés par les phares de la voiture de police dans la rue, joue contre joue, terrorisés. Quand les chars arrivent dans la rue, ils éblouissent l’école plongée dans l’opalescence du brouillard des phares et seul un canon pénètre par la grille dans la cour de l’école, menaçant comme une arme géante.

 

Après l’arrestation du Général Bache, l’académie militaire se retrouve en état de siège. A l’initiative du conseil des officiers sous le commandement du major Moreland, la résistance s’organise pour empêcher la fermeture de l’école : on bloque toutes les issues avec les camions militaires et des sacs de sable, on confisque les armes aux civils venus les réquisitionner, on monte la garde jour et nuit. Deux camions étant sortis de l’école avec Alex Dwyer et David Shawn à leur bord pour aller chercher des vivres en cachette, une rixe éclate dans la rue avec les copains du gamin tué par Bache, Shawn réplique tirant à la mitraillette pour pouvoir s’échapper, une voiture de police est renversée dans la fuite et la tension monte encore d’un cran. Considérés à présent, comme des hors la loi, la police encercle l’école et somme les élèves d’en sortir. Pendant que l’intensité dramatique croit, la vie à l’école continue avec les rituels militaires inchangés : on hisse le drapeau, on se mets en rang, on défile, on poursuit les exercices quotidiens en uniforme, on se salut entre gradés. Cependant que la peur s’insinue chez les gamins de douze ans et le doute chez certains élèves officiers, il y a surenchère de menaces et d’exhortations à se rendre de la part de la police et de l’armée de carrière, venue prêter main forte au préfet pour évacuer l’école. Pour éviter l’affrontement, on dépêche sur place pour des entrevues avec le major Moreland, son père, un lieutenant-chef borné, une délégation de parents vindicatifs, le Colonnel Kirby plus conciliant mais rien n’y fait, les élèves continuent à défendre leur école comme les soldats du « Désert des Tartares ». Brian Moreland poursuit la mission assignée par son chef emprisonné : « le Général Bache serait fier de nous et il nous dirait de continuer ». Dwyer et Shawn, sont à présent ouvertement ennemis, le premier penchant pour la reddition, le second préférant mourir au combat, Shawn et Dwyer représentant les deux visages cachés de Moreland, les deux forces antagonistes et conflictuelles d’un chef.

 

Les acteurs sont assez bluffants : tous ont l’âge du rôle : 17 ans. Tom Cruise (David Shawn), trappu, musclé, le cheveu rasé, le visage large et rouge, le regard gouailleur, puéril, dégage une force brute, une intensité physique un peu lourde. Au contraire, Sean Penn (Alex Dwyer), regard d’homme dans un corps d’ado, petit et mince, cheveux blonds, démarche féline, avec un jeu déjà beaucoup plus intériorisé que Tom Cruise, une violence contenue qui explose rarement mais alors c’est de la dynamite ! En y repensant, Benoit Magimel a quelque chose de Sean Penn à son âge (dans TAPS, dans « Comme un chien enragé), la blondeur dirty , le regard magnétique, la violence canalisée, un des meilleurs acteurs français du moment. Timothy Hutton (Brian Moreland) beauté lisse, presque fade, trop sage, trop mesuré, comme ces enfants qui n’ont jamais été jeunes, mais je pense que c’est son rôle. Ne cherchez pas les actrices, il n’y en pas plus que dans une équipe de foot, aucune femme dans ce film!

 

On peut voir dans ce film un procès de l’endoctrinement d’élèves de douze ans n’ayant comme échelle de valeur que le combat, la victoire, l’honneur, comme mode de vie que de se rassembler, de défiler, de se mettre en rang, de saluer, comme univers les quatre murs d’une caserne ou le front et le retour du front, coupés de la vie civile avec pour religion l’armée et ses codes, se sentant plus en famille dans une chambrée de camarades que chez eux. Moreland dira au Colonnel Kirby qui tente de le raisonner « un soldat, c’est tout ce que je veux être » et, répétant, mot à mot, les paroles du Général Bache « l’étape finale d’une mobilisation, se sont les enfants, le blé en herbe », alors Kirby mesurera l’étendue du désastre et répondra, révolté, « A 17 ans, un salaud vous a appris à aimer la mort ! »
A voir et à revoir, sans mesure !

Ecrit par Vierasouto le 05/03/06 sur CinéManiaC/blog Allociné

 

Notre note

(5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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