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« This property is condemned » (« Propriété interdite ») : Mise à mort des rêves

focus film/TV Sydney Pollack, 1966, diffusion TCM jusqu'au 6 février 2017

Pitch

Owen Legate, en mission pour licencier une partie des cheminots de la compagnie de chemins de fer qui fait vivre une petite bourgade, débarque à l'hôtel...

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Notes

Pourquoi ce film de Sydney Pollack au casting en or massif est-il moins connu qu’un autre? Natalie Wood au sommet de sa beauté et Robert Redford, beau à se damner, forment le couple principal, Charles Bronson y joue l’amant de la mère, une brute primaire qui préfère coucher avec la fille. On devine immédiatement que l’univers en question est bien celui décrit par Tennessee Williams dans son œuvre, cette oisiveté, cette résignation à un demi-malheur supportable, la moiteur omniprésente, la chaleur oppressante du sud dont on se plaint sans en souffrir vraiment tant on a l’habitude.

"Propriété interdite" (photo TCM)

« Propriété interdite » (photo TCM)

Dans les années 30, après la Grande dépression, Owen Legate fait une sale boulot : il est mandaté par une compagnie de Chicago afin de procéder au licenciement d’une partie des cheminots de petites bourgades comme Dodson, ces villes pour qui l’arrivée du chemin de fer fut jadis un miracle économique (dans une scène, on montre une vieille photo d’un de premiers trains). Owen Legate s’installe pour quelques jours dans la pension bruyante tenue par Hazel Starr, femme forte et débrouillarde, sans êtats d’âme, qui a un plan bien établi pour s’en sortir en temps de crise : prostituer sa fille aînée, Alva Starr, auprès d’un certain Johnson, fou amoureux d’elle, un homme gentil, généreux, mais vieux et laid, dont la femme est paralysée. Ainsi, tous les quatre, Alva, Willie, la mère et son amant JJ logeront à Memphis où ils s’installeront dans une maison payée par Johnson. Tel est le projet d’Hazel Starr.

C’est sans compter le coup de foudre entre Owen et Alva, une relation qui met néanmoins du temps à s’installer. Femme-enfant, Alva traine dans la chambre d’Owen, l’ancienne chambre de son père dont la mère ne se privera pas de dire à sa fille que ce père (disparu) en avait fait une enfant gâtée et égoïste… Owen la prend d’abord pour une pute mais il se rend compte ensuite qu’elle est à mi-chemin entre la séduction, qui lui paraît normale (elle séduit tous les hommes mais elle s’en fiche), et ses rêves d’enfant plein d’étoiles.  Car le personnage d’Alva est ambivalent : toujours habillée comme une irrésistible poupée en robes moulantes et décolletées, elle connaît son pouvoir de séduction sur les hommes (elle ne s’en servira tardivement que pour punir sa mère, un geste qu’elle payera cher) mais tous ces hommes lui sont invisibles, indifférents, voire lourds, sauf un prince charmant qui n’existe pas : prendra-t-il le visage de celui qui occupe par hasard la chambre paternelle vide?

Et aussi

Natalie Wood est un peu la petite sœur de Vivien Leigh dans un « Tramway nommé désir », vivant dans le rêve et la distorsion du réel qu’elle veut voir dégoulinant d’amour et de beauté. Son père est parti mais elle veut croire qu’il reviendra. Ce train poussiéreux au rebut, qu’elle montre fièrement à Owen, c’est celui qu’avait décoré son père spécialement pour elle quand elle était enfant, avec sur le wagon « Miss Alva ». Choquée que sa mère donne en location la chambre de son père à Owen, elle transforme aussitôt la situation en parlant de lui comme s’il était en voyage. Bien qu’elle soit encore très jeune et belle, contrairement à Blanche Dubois, vieillissante, qui veut se persuader, niant les années grâce à des artifices, qu’elle est demeurée toujours jeune et belle, on sait immédiatement qu’elle aura la même destinée à son âge.

"Propriété interdite" (photo TCM)

« Propriété interdite » (photo TCM)

C’est une nouvelle de Tennessee  Williams qu’adapte ici Sydney Pollack avec pour scénariste le jeune FF Coppola. Le film était destiné à John Huston qui excelle à dépeindre les ambiances moites du sud des USA. Tout le long du film, Alva (Natalie Wood) se plaint mollement de la chaleur et n’hésite pas à se rafraîchir dans la porte du réfrigérateur devant un Owen (Robert Redford) sidéré (une des premières scènes choc du film). L’univers onirique d’Alva est poussé à ce point qu’une banale boule de Noël avec de la neige artificielle, cadeau de son père, dont elle fait la démonstration dans la chambre paternelle occupée par Owen, est censée rafraîchir…  Ce père démissionnaire qui reviendra, selon Alva, comme la poussière du vieux wagon qu’il lui a donné, serait du talc… Tout est embelli à la lumière du rêve assorti du déni de la réalité et pourtant Alva n’a qu’une idée : quitter Dodson,  échapper ainsi à l’emprise maternelle, partir pour la Nouvelle Orléans à 400 kms de là, une distance modeste qui lui paraît inaccessible.

"Propriété interdite" (photo TCM)

« Propriété interdite » (photo TCM)

La maigre partie du film ou Alva habitera (un temps) à la Nouvelle Orléans est un faux happy-rend avant la fin programmée en drame, un bonheur volé à la mère dont Alva et le spectateur attendent qu’il vire à l’orage. Que la mère débarque, ayant retrouvé sa fille et les dès son jetés. L’univers de Tennessee Williams est cruel jusqu’au tragique et Sydney Pollack le retranscrit parfaitement.

Willie, la sœur cadette, encore adolescente, ouvre le film en portant une robe rouge déchirée d’Alva, en équilibre sur des rails de chemin de fer, à la fois innocente et effrontée, très attachée à sa sœur aînée, on devine (et le film annonce la couleur avec la robe) que l’orpheline qu’elle est devenue n’aura pas un destin moins dramatique qu’Alva dans l’avenir.

 

Diffusion

TCM jusqu’au 6 février 2017

sur Canal À LA DEMANDE

Notre note

5.0 Stars (5,0 / 5)

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Posted by:

Camille Marty
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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