warriors-of-the-rainbow-seediq-bale

« Warriors of the rainbow : Seediq Bale » : lun croyait au pouvoir rédempteur des arcs-en-ciel, lautre à celui du soleil levant

Wei Te-Sheng, sortie DVD fin 2012

Pitch

La révolte des autochtones Taïwanais contre les oppresseurs Japonais lors de ce qu'on a appelé l'“incident Wushe” de 1930. Ce soulèvement avait une origine bien précise : l’interdiction faite par les Japonais au peuple des Seediq de pratiquer leurs rites ancestraux. Dans les tribus Seediq, pour un jeune homme, se faire tatouer le visage marquait son passage de l’enfance au monde des adultes. Il devenait ainsi un "héros Seediq", un "Seediq Bale". Mouna Rudo, chef de la tribu Seediq établie à Wushe, savait dès le départ que la coalition des hommes Seediq n’avait aucune chance de battre le géant japonais. Mais lui et ses frères d’armes étaient portés par leurs mythes et croyances. À l’heure de leur mort, les Sediq croyaient que leurs ancêtres guideraient leurs esprits le long d’un arc-en-ciel pour atteindre le sommet de la montagne. C’est pourquoi, peu importait le résultat de leur soulèvement car ils marcheraient, de toute façon, victorieux sur l’arcade de l’arc-en-ciel…


La section Action Asia du 14° Festival du film asiatique de Deauville comportait cette année quelques temps forts dont « Warriors of the rainbow : Seediq Bale » de Wei Te-Sheng, un film produit par John Woo, dont on présentait la version courte (environ 2h30) alors que la plupart des spectateurs se seraient volontiers laissé tenter par la version longue (4h30) pour le moment réservée à l’Asie. Comme on annonce la sortie DVD pour le second semestre 2012, on peut espérer…

——


photo Bac films distribution

En 1895, par le traité de Shimonoseki la Chine cède l’île de Taïwan, Formose à l’époque, au Japon qui y maintiendra son autorité jusqu’en 1945. Ce que peu de gens savent aujourd’hui en occident, et apparemment également sur place, c’est que comme l’Amérique ou l’Australie, Formose était à l’origine peuplée d’autochtones, ou d’aborigènes, qui ont dû composer avec les diverses occupations étrangères qu’ils ont subies. A Taïwan, les natifs avaient nom le peuple Seediq.

 

Les Seediq, peuplant forêts humides et montagnes escarpées, possédaient une culture traditionnelle guerrière, les enfants devenant adultes devenant chasseurs et guerriers, aptes à nourrir et à défendre le clan, dans des combats par lesquels la récolte des têtes des ennemis vaincus valait à leur vainqueur une série de tatouages initiatiques et le titre de héros, de Seediq Bale. Ils croyaient en un au-delà où les ancêtres venaient accueillir les morts au combat après leur traversée du pont que faisait l’arc-en-ciel.

 

Avec l’arrivée des japonais et de leur puissance militaire, la résistance des Seediq n’a que peu de poids. Le mode de vie traditionnel des Seediq est rapidement mis à mal, les reléguant dans des rôles ingrats et miséreux malgré quelques sursauts de fierté. Les japonais s’installent de plus profondément dans l’île, dans les villages même reculés de la jungle qu’ils entreprennent de défricher pour en exploiter le sol. Ils mettent en place une administration qu’on dirait aujourd’hui coloniale, incluant parfois quelques Seediqs éduqués par leurs soins.



photo Bac films distribution

Afin de protéger leur peuple contre la puissance du colonisateur, les chefs de clans tendent à collaborer avec l’occupant. Mais avec les années, la fierté des jeunes générations commence à pousser les chefs historiques à davantage manifester leur rejet de l’occupant, jusqu’au point culminant d’une tentative japonaise d’interdire aux Seediqs leurs pratiques ancestrales. C’est ainsi que Mouna Tudo, un des chefs de clan, se voit projeté sur le devant de la scène au début des années 30, acceptant de prendre la tête d’une révolte d’envergure de son peuple. Réunissant 300 guerriers, il lance une rébellion qu’il sait perdue d’avance compte tenu de la disproportion des forces mais par laquelle il parviendra à tenir les japonais en échec, à leur infliger des pertes considérables, durant 50 jours. La victoire japonaise ne sera d’ailleurs possible que par l’emploi de l’aviation, de gaz toxiques, et de troupes supplétives indigènes en jouant sur de vieilles rivalités entre clans. Il en coûtera également la vie non seulement aux guerriers insurgés, mais à leurs familles se suicidant pour libérer les hommes du devoir de protéger les leurs, et finalement à une proportion considérable du peuple Seediq, dont les terres seront confisquées, les survivants déplacés et isolés dans une île au large de Formose. C’est d’ailleurs à l’occasion d’une protestation publique, au milieu des années 90, des quelques Seediqs encore vivants que le réalisateur du film, WEI Te-Sheng, prend conscience de cette histoire et décide de la porter à l’écran.

 

 


photo Bac films distribution

 

Dire que le film est une fresque historique épique de la révolte menée par Mouna Rudo est un résumé bien fade de ce qu’il est en réalité. Encore la version proposée au public étranger est-elle un condensé dont seuls les spectateurs taïwanais auront la version développée en deux longs métrages. Portée par une richesse étonnante de détails, par un souffle qui ne faiblit jamais, par des acteurs impressionnants dont les éléments Seediqs sont des non-professionnels formés pour l’occasion, y compris pour le personnage principal de Mouna Rudo, par des décors naturels de forêt pluvieuse étourdissants, l’histoire reprend sans dogmatisme ce qui finit par apparaître comme des grands traits des cultures coloniales et des rapports entre occupants et occupés.

Comment après ça vouloir entrer dans des aspects techniques de qualité la mise en scène sans se sentir immédiatement hors de propos ? Peut-être juste en rapportant l’insuffisance de la qualité des rares effets numériques (un oiseau voletant, un cabri qui tente de s’échapper devant des chasseurs) que le réalisateur lui-même avoue ne pas bien maîtriser et s’être fait violence pour les incorporer. Mais après tout, quelle importance devant l’envergure d’un film pareil !


SE

 



« Warriors of the rainbow : Seddiq Bale » de Wei Te-Sheng et produit par John Woo
sortie en DVD et Blu-Ray (2ème semestre 2012)
Compétition section Action Asia au 14° Festival du Film Asiatique de Deauville

 

Notre note

4 Stars (4 / 5)

Mots clés: , , , ,

Partager l'article

Lire aussi

Posted by:

Camille Marty
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié. Remplissez les champs obligatoires (required):

Back to Top