« All the Sins of Sodom » : sensuelle obsession

Joe W. Sarno, 1968, sortie DVD mai 2010

Pitch

Un photographe se perd dans son nouveau projet d'une collection de nus artistiques. Avec son objectif, il tente de trouver celle qui sera toutes les femmes. Mais les modèles déçoivent jusqu’à l'arrivée d'une mystérieuse inconnue, manipulatrice et perverse.

La rubrique « Extérieur blogs » ne fonctionne qu’épisodiquement, je l’avais mise en place pour injecter un peu de sang neuf à Cinémaniac, un autre regard, contradictoire, pourquoi pas… Mais les blogs étant très sollicités, les autres comme le mien, ça devient déjà difficile pour chacun de nous de tout mener de front… Cependant, Voisin blogueur de « Tadah blog » a accepté de regarder pour l’été Cinémaniac une curiosité du cinéma américain de Sexploitation des années 70 : « All the sins of Sodom » de Joe W. Sarno, un maître du genre. Un grand merci à lui!

 

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photo Arte

 

Le film souvre en plein shooting, Henning photographiant une jeune mannequin, Leslie. Une séance stimulante puisque le photographe et son modèle finissent au lit. Lorgasme passé, Henning lui avouera que dhabitude après avoir couché avec une femme il na plus jamais envie de la revoir. Mais avec Leslie cest linverse qui se produit : quand elle se donne à lui sexuellement, elle exprime des choses qui le fascinent, quil aimerait bien capter avec son appareil (objet indéniablement représentatif de son sexe). Malheureusement, la jeune femme narrive pas à dévoiler sa part obscure et sexuelle hors du lit et les shootings se succèdent sans jamais combler lartiste. Et voilà quune inconnue arrive. Elle sappelle Joyce et elle na nulle part où loger. Henning lui propose dhabiter chez lui. Il ne sait rien delle mais lui témoigne une affection qui ressemblerait à celle dun père pour sa fille. Alors que son agent lui fera remarquer que Joyce a quelque chose de machiavélique, de fatal, il sera surpris. Il ne trouve rien de bien fascinant ou de dangereux chez elle. Et pourtant

 

Si Joyce se plait dans son certain rapport de dépendance à Henning, si elle joue volontiers les petites filles (elle dort avec une peluche géante), elle bouillonne sacrément de lintérieur (preuve en est une impressionnante scène de masturbation avec un vibromasseur vintage). Elle se plait ainsi à écouter les ébats de celui qui lhéberge, elle ne peut sempêcher dessayer dinfiltrer un peu plus chaque jour son univers. A nen pas douter, elle rêve elle aussi dêtre un jour sa muse, dêtre regardée, capturée par lui. Dans un premier temps, Joyce va séduire une mannequin avec qui Henning a pour habitude de travailler. Dans ces rapports lesbiens, Joyce prend lascendant. Puis, par un heureux hasard, elle va « participer » à une séance quHenning fera avec Leslie (devenue avec le temps sa petite amie officielle). Le résultat sera saisissant, Joyce témoignant dune sensualité sans limites et jetant le trouble sur Leslie, lamenant à exprimer des désirs flous, des émotions inédites.

 


photo Arte


A la vue des clichés, Henning est plus queuphorique : il est sur la bonne voie pour obtenir son rêve artistique, son idéal. Joyce devient ainsi son nouveau modèle phare. Pour autant, cest Leslie qui reste dans son cur (ce qui nempêche pas les coucheries avec tous les modèles qui passent par son studio)Incapable de se satisfaire de son « seul » statut damie et de muse, Joyce veut aussi devenir LA femme dHenning. Elle nhésitera pas à user de ses charmes et de ses manipulations pour arriver à ses fins. Attention, une femme blessée peut vite devenir fatale

 

Sorti dans la collection « Lautre Amérique »  éditée par Arte Vidéo, « All the Sins of Sodom » fait partie des uvres rares du réalisateur Joe W. Sarno, connu pour être un auteur majeur de la « sexploitation ». Pas de sexe explicite ici mais une sensualité vertigineuse. On pourrait même clamer sans gêne quon tient là un des films les plus troublants et les plus excitants de lhistoire du cinéma. Quelle est donc la recette de ce succès ? Sans aucun doute la façon de filmer les visages des protagonistes. Le réalisateur sattarde sur les expressions de plaisir, de trouble causé par les corps à corps. Tout est dans le détail : un petit gémissement, un regard polisson, des lèvres sensuelles en diable qui en attrapent dautres. Les ébats sont dune intensité folle bien que toujours dans la suggestion. Pour le coup, on est totalement en phase avec les personnages, on se perd avec eux dans leurs obsessions et passions charnelles.

 

 
photo Arte

Une sensualité aussi explosive pour les hommes que pour les femmes. Dans le rôle dHenning, un acteur inconnu (et non crédité) fait des merveilles. Un homme très velu (au torse comme au dos), tout à fait apte à déclencher un fétichisme du poil chez le spectateur tant ses baisers ont lair de caresses. Et ses yeux globuleux (on serait tentés de dire des yeux denfant) qui laissent place au regard obsessionnel puis obsédé du photographe, du voyeur, donnent le frisson. Pour les femmes, il y en a un peu pour tous les goûts : la belle Leslie, coupe garçonne un peu ébouriffée, la fatale Joyce aux cheveux longs dont les pointes retombent délicatement sur les tétons, le mannequin aux tendances lesbiennes, blonde hitchcockienneToutes se donnent devant lobjectif, sexécutent face au photographe qui les poussent à labandon par ses petits mots et ses indications. Loralité, le son, sont des éléments primordiaux et formidablement utilisés dans cette pépite du cinéma américain.

 

Quoi de mieux quun photographe et son modèle pour parler de sexualité, des rapports de dominants/dominés ? Henning choisit les femmes, les dirige, leur vole des bouts delles-mêmes, les figent. Mais ses sujets le manipulent tout autant, si ce nest plus. Elles jouent avec son regard, sont souvent au dessus de lui (le piétinent même parfois), le poussent à sincliner face à leur majestueuse beauté. Un homme qui aime commander, des femmes qui veulent être regardées, désirées, aimées… Le plaisir de diriger ou de labandon de soi. Tout cela est très excitant mais aussi dangereux. Car en soffrant à lautre on peut se perdre soi-même. Une des scènes les plus étourdissantes est celle durant laquelle Leslie surprend son amoureux de photographe en pleine action avec Joyce. Elle est dabord choquée, heurtée, presque répugnée. Puis il y a ces bruits, ces corps qui sentrechoquent, ce plaisir voyeuriste… Leslie se retrouve perdue entre lenvie de partir et pleurer ou de rester et se masturber en profitant du spectacle. Certains désirs se passent de la morale

 

Les thèmes de « All the Sins of Sodom » sont aussi multiples que passionnants, se révèlent à nous en toute discrétion pour nous renvoyer à nos propres désirs et paradoxes. Lenvie de posséder, dêtre dépossédé, le narcissisme des mannequins, légocentrisme du photographe qui veut révéler beauté et véritéQui tire les ficelles au final ? Qui est le pantin de lautre ? Qui gagne ? Tout le monde et personne. Le scénario, délicieusement machiavélique, condamne ses protagonistes à la frustration. Le spectateur, lui, repart avec des images sublimes et des réflexions dans la tête et bien des sensations dans le corps Un must.

 

par Voisin blogueur

 

DVD Arte éditions, collection « Lautre Amérique ».
Film magnifiquement restauré et accompagné de bonus (Une interview du réalisateur sur le film, puis une autre en compagnie de sa femme sur lensemble de sa carrière et enfin un sujet sur la découverte de « All the sins of Sodom »).


     

Dans la même collection « Daddy darling » (1970) et « Abigail Leslie is back in town » (1975) de Joe W. Sarno.


Notre note

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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