Allan Dwan : le réalisateur Hollywoodien aux 1000 films

Coffret DVD, sortie19 novembre 2009
La légende lui attribue d’avoir tourné 1000 films : pendant l’âge d’or d’Hollywood, Allan Dwan réalise à la chaîne des films qu’on pourrait qualifier de séries B+, certains pour le compte des mythiques studios RKO avec des actrices légendaires comme Barbara Stanwyck ou Yvonne De Carlo, utilisant sans compter la flamboyance du Technicolor.

 

 

Après avoir débuté mon exploration du travail d’Allan Dwan, dans le coffret que consacre les éditions Carlotta, par « La perle du pacifique sud » (« Pearl of the south Pacific », 1955) et « Les rubis du Prince birman » (« Escape to Burma », 1955), je me disais qu’il serait probablement difficile de me convaincre que le réalisateur avait davantage qu’un intérêt historique pour amateurs de séries B, voire C. D’autant qu’un rapide regard sur la liste de sa production, outre une belle longévité s’étalant sur plus de 430 films de 1911 à 1961, dont environ 370 datant de l’ère de la réalisation quasi industrielle de l’époque du muet (avec un record de 104 titres pour la seule année 1912), ne laissait se détacher réellement à première vue qu’un « Iwo Jima » (« Sands of Iwo Jima ») avec John Wayne. Et puis, par acquis de conscience, je suis allé faire un petit tout sur la liste des réalisations du respecté D.W. Griffith, réalisateur star de l’âge du muet, pour y compter un score confortable de 148 titres tournés en 1909. Comme quoi – autre temps, autres moeurs -, une impression de travail d’abattage n’était pas nécessairement synonyme de travail sans intérêt.
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Un peu troublé et la curiosité piquée, je suis allé ensuite flâner sur les bonus des DVD du coffret, contenant en particulier une série d’entretiens du réalisateur évoquant, au soir de sa vie, les conditions de la production de la dizaine de films qu’il avait tourné pour la RKO, dont sept ont été sélectionnés par Carlotta. Et là, surprise, on tombe non seulement sur une mine d’anecdotes concernant les films eux-mêmes, mais aussi sur le regard d’un réalisateur conservant une distance, une honnêteté face à son travail, un regard amusé autant que sérieux d’un artisan qui semble ne jamais s’être réellement pris au sérieux, qui avait bien conscience des divers enjeux accompagnant la mise au point d’un film de cinéma, artistiques peut-être, mais aussi financiers, économiques, de jeux de pouvoir, L’entendre ainsi raconter le tournage de « La perle du pacifique sud » est un vrai bonheur de drôlerie, détachée et lucide, et d’information. Et revoir les différents films du coffret prend alors soudain une autre dimension.

On pourrait s’amuser ainsi à décortiquer « La perle du pacifique sud » ou « Les rubis du Prince birman » avec un regard de cinéphile d’aujourd’hui pour n’y trouver qu’une accumulation de clichés, de stéréotypes, de conventions, d’approximations, de légèretés, d’effets bon marché, de raccourcis acrobatiques, de scénario convenu, de jeu d’acteur de cours de récréation, de décors de carton-pâte, de maquillage de maison close, de costumes impossibles, de script aléatoire, de psychologie d’avant l’invention de la psychologie, qu’on y perdrait sans doute le réel plaisir qu’il y a à se retrouver dans un univers enfantin, où tous ces éléments sont objectivement réels mais n’ont rigoureusement aucun intérêt.

 

    


Plonger dans le monde d’Allan Dwan, ce n’est certes pas plonger dans le torrent de la cinéphilie, c’est se tremper dans les eaux calmes d’une enfance imaginative où un caillou est une montagne insurmontable et un autre un énorme diamant échappé du diadème magique tombé de la longue chevelure blonde d’une reine en lutte contre les elfes et les nains du noir royaume qui cherche sa perte Et c’est en même temps visiter un temps où le cinéma était affaire d’artisans, de raconteurs d’histoires aussi bien préoccupés par l’effet de leurs histoires que par les conditions de leur travail : on a trois semaines de tournage, 850 000 dollars et pas un kopeck de plus, un casting de patronage, un producteur pingre et anxieux qui veut placer sa femme devant une caméra, OK, faisons avec ça.

Mais on pourrait aussi se concentrer sur « Tornade » (« Passion », 1954) ou « La reine de la prairie » (« Cattle queen of Montana », 1954), à peine moins kitsch, ou sur « Deux rouquines dans la bagarre » (« Slightly Scarlet », 1956), « Le mariage est pour demain »(« Tennessee’s partner », 1955), ou surtout sur « Quatre étranges cavaliers » (« Silver Lode », 1954), d’une pâte un peu plus élaborée. On sent évidemment Allan Dwan bien plus à l’aise avec les ambiances de western ou de film noir qu’avec l’aventure en lagon ou en jungle profonde, mais, sans perdre cette inimitable touche de série B et son parfum aujourd’hui de nostalgie.


  

Coffret 5 DVD/7 films. Editions Carlotta. Sortie 19 novembre 2009.

« DEUX ROUQUINES DANS LA BAGARRE » (1955)

« QUATRE ÉTRANGE CAVALIERS » (1954)
« TORNADE » + « LA REINE DE LA PRAIRIE » (1954)
« LES RUBIS DU PRINCE BIRMAN »+ « LA PERLE DU PACIFIQUE SUD » (1955)
« LE MARIAGE EST POUR DEMAIN » (1955)

Notre note

(3 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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