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« Belgica », d’un bar sympa à « the place to be »

focus film Felix Van Groeningen, sortie 2 mars 16

Pitch

Deux frères aux antipodes. L'un, célibataire, a ouvert un bar, l'autre, dépérissant dans une vie rangée, le rejoint avec ''ambition d'en faire le plus grand club de la région.

Notes

Un homme jeune, une paupière fermée (suite à une maladie infantile, on le saura plus tard), répond à une rousse tout en boucles, ni laide ni jolie, au saut du lit, amnésique de la nuit pour cause de la beuverie de la veille, qu’il l’a « fistuckée », grave! Comme dirait l’autre. S’en suit une discussion sur les odeurs imputables aux WC bouchés dans le bar, la veille, et on y reviendra une fois que le spectateur fera connaissance avec le bar « Le Belgica » en commençant justement par ces toilettes bouchées et malodorantes, faut-il appeler un plombier?

Je m’arrête là mais ce prologue donne le ton et la couleur du film : le neo-naturalisme belge qui sévit sur leur cinéma « different » de celui des aînés, des primés (les frères Dardenne. Par exemple) depuis quelques temps. Je sais que ce cinéma représente la relève mais, personnellement, dans ce contexte faisant la part belle à la laideur assumée du corps humain « normal » (en contre-pied de l’imposture des stars photoshopées des magazines), voire des ses humeurs au sens médical du terme (le réal est celui de « La merditude des choses »), j’ai le plus grand mal à trouver de l’empathie pour les personnages.

Un film inspiré de la vie du réalisateur qui a connu une enfance plongée dans le bar familial devenu plus tard une boîte de nuit connue dans la région.

Ici, un frère, un peu timide, celui a l’œil fermé, tient un bar sympa « Le Belgica », petit à petit, on y donne des concerts, avec un maître mot : anti-VIP, tous le monde peut entrer, toutes les catégories sociales se mélanger. Tout irait bien si le frère aîné, bellâtre velléitaire, dont la femme tient un chenil à la campagne, n’avait pour idée de sortir de son train-train et de s’associer à son cadet avec des idées  ambitieuses comme celle d’adjoindre au bar un vrai club d’envergure, boîte de nuit à la mode dont on viendrait de toute la région,

A la difficile gestion des lieux, se mêlent les affaires perso, les infidélités comme la maîtresse encombrante du frère aîné, virée, l’incursion de la drogue,  pas vécue au départ comme un business, grossière erreur, la nécessité d’engager des videurs, exit les lignes sniffées par les employés à même le bar. Mais aussi, la persistance de l’humain flottant entre deux mondes, les antagonismes invisibles type valeurs résiduelles/fête et défonce non stop : par exemple, la rousse du début préfère avorter pour « s’amuser encore quelques années », le frère cadet, déçu, rompt alors brusquement avec elle qui n’y comprend rien, compte tenu de l’ambiance permissive dans lesquels tous naviguent à vue. Toutes les réactions des personnages sont épidermiques, non réfléchies, voire, violentes.

On retrouve le mythe de « sexe, drogue et Rock’n’roll » transposé de nos jours, l’insouciance en moins, les réalités économiques en plus, le frère aîné étant le parfait exemple du type embourgeoisé, menant une double vie, mauvais père et mari chez lui, mauvais businessman défoncé la nuit au « Belgica », irresponsable, ne se rendant pas compte des conséquences de ses actes,

Il y a un côté « Bouvard et Pécuchet » dans ce parcours naïf où les frères et leurs copains veulent tout faire eux-mêmes, amateurs de bonne volonté, allant même jusqu’à prendre des cours pour être agents de sécurité. L’amateurisme et le facteur humain, la réalité d’un monde de la nuit impitoyable, auront pourtant raison de leurs utopies d’accueillir tout le monde comme des copains, ainsi « Le Belgica » du début.

Le film a cependant des vraies qualités techniques : extrêmement bien filmé, beaucoup de rythme et une BO top salvatrice. Prix du meilleur réalisateur au dernier festival de Sundance.

 

Et aussi

Photos CNM et Pyramide

Photos CNM et Pyramide

Notre note

3.5 Stars (3,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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