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Benoit Magimel dans « La fille de Brest » : 2nd film avec E. Bercot

focus film Emmanuelle Bercot, 23 novembre 2016

Pitch

Le scandale du Médiator vu sous l'angle du livre du Docteur Irène Frachon...

Notes

Quand Marguerite Duras, perfectionniste, voire obsessionnelle, dont les disputes avec Madeleine Renaud sont célèbres, s’échine à donner des indications de jeu à son actrice favorite, cette dernière l’envoie balader, comme d’habitude. Le jour de la première, Duras voit, sidérée, « sa mère sur scène », c’est elle qui le raconte… Madeleine Renaud qui possèdait une intelligence instinctive des rôles que Marguerite Duras, qui croyait à l’effort, ne s’expliquera jamais, jouait le rôle mieux que l’auteur de la pièce et du livre (« Des journées entières dans les arbres » ou « Savannah bay ») n’aurait pu l’imaginer. Plus vrai que nature, comme on dit.

Ainsi, une fois encore, Benoit Magimel dont le rôle dans « La fille de Brest » est celui d’un brillant professeur, passionné par ses recherches médicales, lui-même Breton et ayant fait le choix d’un hôpital de Bretagne au lieu de briller à Paris, comprend immédiatement l’essence du rôle. Bien qu’il s’en soit défendu hier (lors d’une rencontre post-projection organisée chez CanalPlus par CinéPlus) trouvant qu’il était difficile de trouver sa place auprès de super-pontes de la médecine et d’acteurs de la recherche ayant l’habitude de parler dans des commissions d’expertise médicale, Magimel a saisi instinctivement la modestie bienveillante du personnage qu’une seule chose préoccupe : trouver des crédits de fonctionnement pour financer son laboratoire de recherche. C’est donc avec une grande sobriété qu’il interprète le professeur Le Bihan, dont les gesticulations du Dr Frachon, pneumologue, devenue, après la mort de plusieurs de ses patients, combattante survoltée pour sauver tous les malades de France et de Navarre ayant ingéré du Médiator, avec les conséquences dramatiques que l’on sait, ne me mèneront qu’à une chose : la suppression des crédits de recherche de L’INSERM dont il espérait un agrément permanent, rêve de tous les chercheurs, qu’ils soient grands professeurs de médecine ou de sciences ou chercheurs passionnés, sans publicité, dans un modeste laboratoire de recherche. Sans rancune à l’égard du Docteur Frachon, humaniste et humain (quand sa nouvelle étudiante en pharmacie, venue faire une thèse, est recrutée pour la croisade anti-Mediator, il s’inquiète de savoir si son ralliement à Irène Frachon ne va pas nuire à son avenir professionnel), ce professeur de médecine sera obligé de s’exiler au Canada qui lui proposera immédiatement un poste à sa mesure.

Rencontre avec Benoit Magimel et Emmanuelle Bercot chez CanalPlus

Rencontre avec Benoit Magimel et Emmanuelle Bercot chez CanalPlus

Pour l’anecdote, le professeur Luc Montagnier, découvreur du virus du SIDA au début des années 80, reconnu tardivement par ses pairs et encore plus tard par le grand public, fut mis ensuite à la porte par la France, qui, après avoir enfin construit pour lui un coûteux laboratoire de recherche à l’Institut Pasteur, le laissa partir pour rejoindre les USA qui l’accueillit à bras ouvert. Le motif? L’âge de la retraite… Mais revenons à nos moutons… ET notons au passage l’excellent cycle LA SCIENCE FAIT SON CINÉMA sur les chaînes CINÉ+ en ce moment (du 7 octobre au 14 décembre, cf. mon post sur ce cycle : http://wp.me/p5sBTq-44H…) qui a pour objectif de désenclaver la science et la débusquer dans chaque film, les scientifiques seraient-ils les nouveaux héros au cinéma? Le Doc « Sciences/Fiction sera diffusé le 1er novembre, 7 chercheurs s’y expriment, rare…

Le jour ou g vu Benoit Magimel dans le film « Déjà mort » d’Olivier Dahan, film précédant la grosse machine à Oscars de « La Môme », etc… J’ai compris que c’était lui, le meilleur acteur français. Son intelligence du rôle, celui d’un blouson doré amoral et désespéré, cheveux platinés, regard hagard, beau mais fracassé par la solitude, les drogues et l’oisiveté, livré à lui-même dans une maison immense désertée par ses parents, qui s’imagine s’improviser producteur de films X, ignorant tout de ce milieu, paresseux, en quête d’argent facile, flanqué d’un  compagnon de jeu (Romain Duris, ici, excellent, pas toujours le cas..), Benoit Magimel était hallucinant de vérité et d’émotion. Depuis, j’ai suivi sa carrière et je suis au regret de vous dire ici sur mon blog que je ne m’étais pas trompé, la suite a conforté ma certitude que le meilleur acteur de sa génération est celui que beaucoup ont découvert enfant dans « La vie est un long fleuve tranquille ». La liste des réalisateurs avec qui il a tourné est impressionnante, car eux aussi avaient compris le talent exceptionnel du discret Benoît Magimel … Barbet Schroeder (« Inju »), Haneke (« La Pianiste »), trois films avec Chabrol, Téchiné (« Les Voleurs »), etc… Nicole Garcia (« Selon Charlie »), 2 films avec Diane Kurys (dont « Pour une femme » en duo avec Duvauchelle qui pourrait bien lui succéder), cf. La liste d’ALLOCINE…

Si Benoit Magimel n’a jamais cessé de tourner (une série, trois films pour 2016, un en préparation), il alterne premiers et seconds rôles, et, ironie des « professionnels de la profession » (Godard), c’est un César du second rôle qu’on lui a décerné  pour « La tête haute » de la même réalisatrice que « La fille de Brest », Emmanuelle Bercot, qui, également comédienne, a reçu le prix d’interprétation féminine à Cannes pour « Mon roi » de Maïwenn (pas encore vu ce film, désolée… Il doit être diffusé sur Canal+ en ce moment…)

Devrait-il « passer par la case théâtre » comme tant d’acteurs de cinéma aujourd’hui pour obtenir enfin la reconnaissance qu’il mérite dont il n’a d’ailleurs pas vraiment besoin et peut-être nulle envie? Le public l’aime et hier soir, les bloggers, qui sont des spectateurs pas tout à fait comme les autres, ont tous répondu présent, la salle était comble…

La modestie de Benoit Magimel hier chez Canal+ après la projection du film m’a sidérée. Lui disant un mot dans l’escalier qui menait au cocktail, j’ai pu le vérifier. Car l’auteur de ces lignes, malgré sa timidité, comprenant qu’après deux heures de projection et une heure de questions et réponses, il ne serait pas présent au cocktail, fatigué par ce marathon promo, lui a posé la dernière question du débat qui n’en était pas vraiment une…  Plutôt la maladroite déclaration de mon admiration pour lui…

Quelques bouchées au chocolat noir plus loin, un verre à la main, j’ai parlé à nouveau à la réalisatrice (moi, trop bavarde…), mais le temps n’était plus aux questions/réponses… Emmanuelle Bercot m’avait répondu, toujours en montant l’escalier de la salle au cocktail, que bien que fille d’un prof de médecine (et ma question sur la filiation professionnelle avait l’air de l’étonner), elle avait choisi le cinéma, et alors? Forte personnalité, volubile durant la promo du film mais pas facile d’accès… Pour ma part, mon père, mort il y a plus de 30 ans, également prof de médecine, j’avais choisi prudemment la pharmacie, petite sœur aseptisée de la médecine, en rêvant de littérature, on peut toujours rêver… Puis, se ravisant, elle m’avait dit ensuite qu’en fait, elle regrettait de ne pas être médecin afin sauver des vies… Et, en cela, on rejoint la vision idéalisée de la médecine délivrée par « La fille de Brest » et on comprend mieux l’empathie de la réalisatrice pour le combat du Docteur Irène Frachon…

"La fille de Brest"

« La fille de Brest » (photo Haut et court)

 

Et aussi

Photos ci dessus : Benoit Magimel venu présenter ce soir « La fille de Brest » avec la réalisatrice Emmanuelle Bercot. Après « La Tête haute », la réalisatrice a de nouveau dirigé Benoit Magimel, un des plus grands acteurs français d’une modestie proportionnelle à son talent. Le film « de commande » a une mise scène d’inspiration documentaire (bien que légèrement romancé) d’après le roman choc du Dr Irène Frachon qui a alerté la direction du médicament sur les accidents cardiaques imputables au Médiator qu’elle avait observés dans son service en Bretagne. Commercialisé aux USA sous le nom d’Isomeride, ce coupe-faim amphétaminique avait été interdit par la FDA dès 1987. Mais les laboratoires Servier avaient pu le maintenir en France en le faisant homologuer comme anti-diabétique, une pratique courante pour maintenir dans une autre catégorie un produit dont connaît les risques, sous-évalués par commodité et autres combines souterraines, étant bien entendu que le risque zéro n’existe pas en médecine comme ailleurs.

Benoit Magimel joue le rôle d’un professeur ayant établi son labo de recherche en Bretagne dans le même hôpital que le Dr Frachon, pneumologue, qu’elle va harceler pour l’aider comme elle va le faire avec tout un chacun. Ayant perdu tout espoir d’être sous la tutelle de l’INSERM pour financer ses recherches, ce dernier s’exilera au Canada et ne lui en voudra pas. Mais la tornade Frachon aura gain de cause, notamment grâce à un livre dont la promo fracassante sera assurée par une journaliste du Figaro. On connaît la suite…

Le film est une ode à la femme forte qui balaye tout sur son passage avec une idée fixe : sauver ses malades, même au détriment de l’entourage. C’est également le rêve d’une pratique idéale de la médecine hospitalière qui, malheureusement, n’existe plus. La mise en scène réaliste révéle ce qu’a confié la réalisatrice lors du débat : elle adore filmer l’univers et les gestes chirurgicaux. Il eût été plus intéressant de parler du vrai scandale muet, actuel, de l’absence de crédits et de personnel à l’hôpital et de la fermeture des lits d’hôpitaux… Un problème de santé publique réel mais peu médiatisé, dommage…

Malgré le peu de cas accordé aux personnages masculins, c’est pourtant bien Magimel qui trouve le ton juste d’une interprétation en underplay tandis que l’actrice découverte dans « Borgen » surjoue en mode XXL, se sentant sans doute plus à l’aise dans sa langue natale, le Danois. Le film est long (2h10), traité comme une longue enquête.

La rencontre qui a suivi la projection chez @canalplus à duré presque une heure, organisée conjointement par @cinéplus et @waytoBlue : une salle comble composée de bloggers cinéma et aussi d’invités de la chaîne, notamment des abonnés. La réalisatrice a répondu longuement aux questions jouant habilement avec la version réelle ou sa version romancée selon les questions. Actrice aussi, aimant la lumière comme son héroïne le Dr Frachon, la réalisatrice Emmanuelle Bercot a laissé peu de place à la parole de Benoit Magimel qui s’est tenu en retrait, comme son personnage de « La fille de Brest ».

Sortie fin novembre 2016
@Haut et court

Annexe

Benoit Magimel avec Clement Sibony, « Déjà mort »

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Benoit Magimel avec Nicolas Duvauchelle, « Pour une femme »

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Benoit Magimel, « La French »

 

Notre note

3.5 Stars (3,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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