Brad Pitt à Deauville pour « The Assassination of Jesse James by the coward Robert Ford » : le point d’orgue du crescendo de stars



Brad Pitt à la conférence de presse de « The Assassination of Jesse James… » lundi 3 septembre en fin d’après-midi


Brad Pitt et Andrew Dominik le réalisateur


Casey Afleck à la conférence de presse


L’équipe du film sur la scène du CID à 20h30 : de g à d : Brad Pitt, Casey Afleck, Andrew Dominik et les deux productrices du film

 

On pensait être arrivé au maximum avec George Clooney la veille, on avait tout faux, l’arrivée de Brad Pitt a suscité encore plus d’agitation et de déploiement de forces de sécurité… Des dizaines de CRS ont été de la partie à l’hôtel, puis, sur les lieux de la conférence de presse. Vers trois heures de l’après-midi, on se regroupe, le personnel, les clients de l’hôtels, les visiteurs habitués des lieux et on attend… Dispersion, l’avion a du retard. Trois quart d’heures plus tard, on remet ça et rien… Il est passé mais personne n’a rien vu, les ascenseurs bloqués depuis des lustres sont ouverts et vides… Il aurait pris l’ascenseur de service dans un couloir latéral, sévère déception du public… Sur les lieux de la conférence de presse, la nervosité est à son comble, dans la salle, la sécurité en fait des tonnes, compte et recompte les places, demande de s’asseoir dans l’ordre des chaises vacantes, etc… pendant 10 mn, ça barde dehors, foule et flics, et nous sommes enfermés dans cette sorte d’aquarium aux parois en plastique transparent posé presque sur les Planches à sentir un souffle de claustrophobie flotter dans l’air confiné… Ca s’arrange, il arrive, comme pour Clooney, on nous dit de ne pas poser de questions qu’au seul Brad Pitt… Casquette beige, t.shirt et veste beige, jean noir, on verra le soir que dessous, il a de drôles de cheveux avec des épis décolorés, sans doute un nouveau rôle… Je m’attendais à une mécanique bien huilée après la désertion à l’hôtel, il n’en est rien, Brad Pitt est un gentil, ça se voit dans ses yeux, contrairement à Clooney ou Matt Damon qui ont tendance à baisser les yeux, lui, il regarde droit devant lui, il regarde les gens, il rit, il met les autres en valeur, Casey Afleck, son partenaire dans le film, Andrew Dominik, le réalisateur. A la fin de la conférence de presse, il reste beaucoup plus longtemps que les autres pour signer les programmes des journalistes, il se donne du mal… Retour à l’hôtel Royal, cette fois-ci, il prendra l’ascenseur, l’affront est lavé!!!

 

la conférence de presse

 

Brad Pitt le dit d’entrée, ce film, c’est beaucoup de psychologie, une histoire complexe, il s’agit de la fin de la vie de Jesse James, une histoire fleuve dont la version initiale durait 4h30… Ici, elle ne dure que 2h35…

 

On demande à Brad Pitt si il y a des correspondances entre le personnage de Jesse James, première célébrité américaine au monde et lui-même, il acquiesce, dans une certaine mesure, oui, être pourchassé même si ce n’est pas pour les mêmes raisons, tout le problème de la célébrité en général…

 

Soit dit en passant, trois jours à Deauville avec cette succession de stars mondiales m’ont fait revoir ma copie sur les caprices de stars qui ne signent ou pas les autographes, c’est plus compliqué… Au niveau de notoriété d’un George Clooney ou d’un Brad Pitt, on est sorti depuis longtemps du rationnel, la foule attend d’eux tout et rien, les voir, les toucher, ou plutôt qu’ils « apparaissent », comme une vision, un miracle, on est dans une sorte de mystique païenne, les nouveaux dieux dans une société individualiste en quête d’une spiritualité de rechange, vaste débat, je ferme la parenthèse…

 

Brad Pitt a fondé sa société de production Plan B pour financer des projets de ce genre, mettre sa célébrité au service de projets qu’on n’aurait pas financés sans son nom au générique et, en tant que producteur du film, se rémunérer modestement ou pas (exactement comme Clooney pour « Michael Clayton » la veille). B comme Brad? Oui, il a manqué d’imagination car il confie ne pas être imbu de lui-même…

 

Jesse James, d’après Brad Pitt, est un personnage qui s’est perdu lui-même, le film traite de la fin de sa vie, il a pas mal de problèmes de santé, quand on lit sa correspondance, on se rend compte que l’homme était raffiné dans le choix des mots, presque cultivé (on le voit d’ailleurs avec femme et enfants dans le film, menant une vie apparemment bourgeoise).

 

A la question avisée d’un journaliste demandant au réalisateur si en référence à « L’Homme qui tua Liberty Valance », où Ford choisit le mythe au profit du réel, il s’en est inspiré pour faire le contraire, Andrew Dominik répond qu’il n’a pas vu le film! Mais Brad Pitt a vu le film et aime la question, il est d’accord… « The Assassination of Jesse James… », c’est la dissection du mythe Jesse James dans la dernière année de sa vie, dont on a fait plus tard, à tort, un personnage à la Robin des bois (on verra dans le film un homme cruel, caractériel, voire psychopathe).

 

Le film s’inspire d’un roman et de documents d’époque, le seul doute est sur le lieu où Jesse James est tué dans sa maison : la chambre ou la salle à manger… Pour la forme, le réalisateur s’est également inspiré des photos de l’époque avec les bords délavés, ce qui explique les flous sur les flancs de l’image (dans les scènes de plein air, par exemple). Casey Afleck est parti d’une seule photo d’époque pour composer son personnage du « lâche Robert Ford », pour le reste, il a du faire confiance au réalisateur… Brad Pitt qui a l’air d’avoir pris sous son aile le jeune Casey Afleck se moque gentiment de lui en disant que c’est un acteur de « La Méthode » (Actor’ studio) du genre à ne pas se laver de tout le tournage pour être dans la peau du personnage… En fait, Casey Afleck a l’air d’un homme compliqué, un peu « prise de tête » comme les génies de l’interprétation le sont souvent… il se creuse la tête avant de répondre à une question et au final ne répond rien ou pas grand chose, sur scène le soir lors de la présentation du film au CID, il fera pareil, il dira merci, c’est tout…

 

Quels projets pour Plan B? de belles histoires, de beaux raconteurs d’histoires, écrivains, scénaristes, quand on demande à Brad Pitt si il pense que le film va marcher, il répond que l’important, c’est de faire des films de qualité, que le film trouvera ensuite son public, même plus tard, lui-même a découvert des films après 20 ans… Un type bien ce Brad Pitt, je dois dire que je ne m’y attendais pas vraiment, Brad Pitt, c’est le syndrome Deneuve, le visage des anges, trop de beauté parfaite qui vampirise l’homme, on ne prend plus la peine de l’écouter, on le regarde, on devient plus stupide que nature à se pâmer… Mais possible qu’il pense et agisse aussi et il a du mérite dans cette ambiance…

 

Avant-première de « The Assassination of Jesse James by the coward Robert Ford »…

 

Sur le tapis rouge du CID aux environs de 20h30, le couple le plus glamour du monde et leur réputation n’est pas usurpée, Angelina Jolie sublime en simple jupe noire et petit top en satin noir, cheveux satinés lâchés sur les épaules et un sourire à tomber aux fans derrière les barrières quand elle s’approche d’eux pour signer des autographes, on sent qu’elle y tient (elle est gauchère, info..) Il la tient par la taille, abandonnant sa casquette et son jean, Brad Pitt porte un costume trois pièces gris avec chemise blanche ouverte (Matt Damon en beige, George Clooney en noir, Brad Pitt en gris, les trois sans cravate et Clooney le décolleté à la BHL… le défilé de mode se poursuit…). Quand Brad Pitt monte sur scène, il prend le micro et dit en français « bonjour », délire… Puis « ça va? » d’un air de gamin malicieux, c’en est trop… Finalement, il s’extasiera sur le confort des fauteuils de la salle du CID, l’administration doit avoir du mal à s’en remettre ce matin…

 

 

le film

 

Comment est le film? On va l’adorer ou le détester, à mon avis… Western psychologique et contemplatif, c’est l’histoire d’une relation complexe et ambiguë entre deux hommes, une relation de dominant/dominé presque amoureuse, l’affrontement western est là mais quel chemin parcouru depuis John Wayne…Le « lâche Robert Ford » est présent depuis le début du film après un monologue en voix off sur la figure de Jesse James (le générique n’existe qu’à la fin du film). Les frères James, Frank (Sam Shepard, top acteur) et Jesse (Brad Pitt) préparent l’attaque d’un train la nuit, ayant perdu la plupart de leur coéquipiers, ils ont engagé des types trop jeunes pas aguerris qui vont les conduire à leur perte dans une certaine mesure… Dans la forêt, la bande campe et surveille l’arrivée du train quand Bob Ford tente de vendre son courage et ses talents à Franck James, le frère aîné, qui le rabroue, il n’a pas le profil… Tout est dit…

L’attaque du train est un grand moment dans le film : préoccupé de réalité, le réalisateur casse tout de suite les codes du western classique, bien qu’il cède à la tentation de filmer la silhouette de Jesse James, le cow-boy, en ombre chinoise : et encore sa botte sur les rails, son oreille collée sontre ce rail dont tout le monde sait que ça apprend que le train va arriver… le gravillons sur la voie tressautent, le train approche, la lumière de la locomotive jaillissant dans le noir… On va voir ce qu’on ne voit jamais dans les westerns : l’incursion de la bande de Jesse James à l’intérieur du train, le wagon privé avec le coffre-fort et les wagons populaires avec les gens tassés, les enfants couchés dans les filets à bagages. Une violence non aseptisée, les frères James ont un foulard sur le bas du visage, les autres un masque de fortune en drap blanc, fantômes fantoches, faux gangsters fauchés sans rigueur basculant dans la violence gratuite, l’opération tourne mal et Jesse James n’est pas de reste : première démonstration des vagues de cruauté de l’homme, submergé par des mauvaises pulsions, il maltraite l’employé du coffre-fort, plus tard, il coupe la tête des serpents qu’il élève…

Le film est long, on va me dire et le redire mais il se passe un phénomène inverse à la plupart des films où lattention se relâche au fur et à mesure du récit, ici, passé lheure et demi où on a du mal à entrer (surtout le milieu du film), la dernière heure est captivante et émouvante (avec quelques restrictions pour lextrême dernière partie du film après la mort de Jesse James). Dans la scène de lassassinat de Jesse James, tout est mis en scène pour que spectateur comprenne que Jesse demande à Bob Ford de le tuer (propos de Jesse James auparavant qui, perclus de maladies, dit que du ciel on ne regrettera pas son corps sur terre, etc) Il se désarme pour aller essuyer la poussière dun tableau Misfit alors entre les deux hommes, obnubilé par la peur dêtre démasqué comme un traître, Bob Ford va lui tirer dans le dos pour bien dautres raisons que de répondre à lappel de Jesse La scène clé est au milieu du film, Jesse James dit à Bob Ford « je narrive pas à te cerner, tu veux être comme moi ou tu veux être moi ? » Nayant réussi à nêtre ni lun ni lautre, Bob Ford sillusionne quil va être le tombeur de Jesse James, le justicier célébré dans toute lAmérique pour avoir débarrassé le pays de cette vermine Il nen sera rien, on fera de Jesse James un mythe et Robert Ford sera détesté avant dêtre complètement oublié

 








 


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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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