« Dalida » : Mourir sur scène

focus film Lisa Azuelos, sortie 11 février 2017

Pitch

De Yolanda Gilgliotti à Dalida, du Caire à Paris, de "Bambino" au disco, le biopic de la chanteuse Dalida.

Notes

"DALIDA" (Photos Pathé)

« DALIDA » (Photos Pathé)

Elle naît au Caire. Son regard bandé des la naissance pour une affection occulaire mal soignée, puis, des opérations ratées, elle en gardera toujours des séquelles, souffrant ensuite le martyre des lumières de la scène. Complexée par de grosses lunettes, elle est moquée de ses camarades de classe qui la harcèlent. Ainsi, le regard des autres l’obsédera toute sa vie. Pour couronner le tout, son père, professeur de violon, est arrêté pour collaboration avec les nazis, il en reviendra démoli et violent et la petite Lolanda en vient à souhaiter secrètement sa mort. La culpabilité d’avoir souhaité la mort de ce père, qui, à son retour du camp, les battait, sa mère et elle, la poursuivra toute sa vie.

Luigi Tenco

Avec Luigi Tenco

Comme lui dira son amant, son vrai amour, Luigi Tenco (qui se suicidera peu après pour avoir été éliminé d’un concours type Eurovision à San Remo) « ce qu’il y a de dur entre la vie et la mort, c’est de choisir la vie ». Quand elle passe son premier concours en 1956  à l’Olympia pour Europe 1, son directeur, Lucien Morisse, a le coup de foudre à la fois pour la femme et pour ce qu’il rêve aussitôt d’en faire, une star : la transformer en Dalida, c son œuvre. Mais il la demandera en mariage trop tard quand elle ne l’aime plus, elle l’épousera quand même et ne tardera pas à le tromper.

Lucien Morisse

Avec Lucien Morisse

Toute sa vie, Dalida enchaînera les liaisons amoureuses délétères avec des hommes dont la fragilité, fut-elle enfouie,  la touche mais au fur et à mesure des morts et suicides de ses amants, ivre de solitude et de frustration de ne pas pouvoir être une mère, suite à un avortement raté (quand elle chante « il venait d’avoir 18 ans… », c’est sa vie car elle n’ose pas avoir cet enfant avec un amant trop jeune, ami de Luigi, et décide, désespérée, d’avorter). Peu à peu, tandis qu’elle brille de mille feux sur scène, elle se délitera en privé. À son public seul, Dalida donne tout et parle de sa vie, de ses déboires, de ses espoirs (« on était jeunes et on croyait au ciel »), de sa solitude insupportable (« Pour ne pas vivre seul ») et le public comprend, bouleversé, elle dira  » quand je chante, je suis la chanson ».  Le film démarre sur sa première TS à elle en 1967.

Et aussi

Lisa Azuelos a réalisé sans doute son meilleur film avec ce biopic sur la chanteuse Dalida dont elle a dit elle-même hier soir, lors des questions qui ont suivi la projection, que bizarrement c le film où elle parle le plus d’elle… Fille de la chanteuse, actrice (« Plein soleil »💚) et écrivain Marie Laforêt, cela fait réfléchir… La fille de celle qu’on appelait « la fille aux yeux d’or » s’est parfaitement souvenu de comment se passaient les choses pour une chanteuse à une époque où sa mère était une star. Des années réputées libertaires (seventies) et qui l’étaient question mœurs mais où la femme n’était pas libre (pas plus d’aujourd’hui, d’ailleurs)… Pas libre d’aimer un homme plus jeune qu’elle, pas libre d’être une mère célibataire à une époque où on formatait les photos des stars pour ne pas choquer le public (celui qui achetait les disques), interdite de vieillir (Dalida à 47 ans quand elle met fin à ses jours).

Ici, dans ce biopic tragique, on assiste à un choix Faustien : tandis que Dalida dit à Lucien Morisse, son pygmalion et premier mari, qu’elle voudrait être une femme comme les autres, faire la cuisine et avoir un enfant avec lui ce dernier lui répond : cet enfant, nous l’avons fait ensemble, c Dalida…

Prisonnière de la célébrité et du personnage de Dalida qui vend des millions d’albums, elle enchaîne les liaisons avec des hommes toxiques qui vont presque tous se suicider… Lucien Morisse, son mari, lui, se suicidera lentement après qu’elle l’ait quitté : un comportement suicidaire au jeu, une compagne sosie de Dalida, il craque un soir de dettes seul dans son bureau tandis qu’ailleurs sur scène, devant des milliers de gens, Dalida chante en pleurant « Je suis malade »  (double scène bouleversante avec un Jean-Paul Rouve étonnant d’humanité, comprenant parfaitement le rôle de cet homme de l’ombre qui régnait sur une des deux seules radios de France, faisait et défaisait (avec Bruno Coquatrix et Eddie Barclay*) la carrière des chanteurs de l’époque et que les fêlures ont rattrapé).

* Bruno Coquatrix (Patrick Timsit) producteur et propriétaire de l’Olympia, décidait de la programmation et pour un chanteur c’était la consécration.

*Eddie Barclay (Vincent Perez), le dernier nabab, et sa maison de disques Barclay, était le must pour un chanteur qu’il « signait ».

Dalida, enfant élevée au Caire, se sent coupable de la mort de son père, ce prof de violon aimant qu’elle adorait avant son arrestation, devenu à son retour un zombie violent et méchant. Va-t-elle ensuite choisir instinctivement des hommes destructeurs sur le même modèle? De ceux qui font aimer et souffrir et se suicident ensuite?

Noyée dans une succession d’histoires d’amour pires les unes que les autres, se sentant responsable de la mort des hommes aimés, la somme de culpabilités engrangée depuis l’enfance la conduit à une dépression nerveuse qu’elle dissimule, de plus en plus flamboyante sur scène. Après une première tentative de suicide et un séjour en maison de repos (le film démarre là-dessus), Dalida se supprimera en 1987.

Le casting est nickel, tous les acteurs sont au top avec mention à Nicolas Duvauchelle (sans doute le meilleur acteur de sa génération) : dans le rôle du faux Comte de Saint Germain/Richard Chanfray, personnage excentrique, macho, mytho, jaloux, cachant son passé d’escroc minable sous un complexe de supériorité, il est génial! Si vous n’avez pas connu les seventies, vous y êtes : manteau de fourrure, boots en lézard, chemises en satin, lunettes Ray-ban, cheveux longs… il est à tomber!

Avec Richard Chanfray

Avec Richard Chanfray

PS. J’espère que les salles de cinéma qui programmeront ce film ne couperont pas le générique!

En Deux mots :

C’est un magnifique biopic tragique où il semble que l’on soit téléporté dans des époques cultes où les stars de la chanson étaient lancées par les radios et devaient se renouveler sans cesse : du Caire au disco, un portrait de femme qui a choisi d’être Dalida et n’a pas mesuré l’insoutenable solitude qui en découlera… Car le prix à payer de ce pacte Faustien est la privation de la maternité et d’une vie de famille… La BO du film est un voyage dans le temps, un jardin des délices empli d’émotion pour ceux et celles (dont je suis) qui ont découvert ses chansons à l’époque où elles ont paru et ne les ont jamais oublié. Mais la question se pose et c sans doute le seul problème du film : comment réagiront les 30 ans, tous ceux qui decouvrent Dalida aujourd’hui?

"DALIDA" (Photos Pathé)

« DALIDA » (Photos Pathé)

 

Annexe


Tous les clips Dalida

Diffusion

Sortie en salles le 11 janvier 2017

Pathé distribution

site officiel du film

http://dalida.com/actualite/film-dalida-2017.html

Notre note

(4,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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