De Hollywood à Netflix : Où sont les stars?

Festival de Deauville du 2 au 11 septembre 202

Pitch

Notes prises pendant le Festival américain de Deauville… Et complétées plus tard…
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Notes

De Hollywood à Netflix

(De Marilyn aux stars des plateformes)

(De TC et Brad Pitt aux acteurs ses films US Ind’é)

TOP GUN 2 et les films indépendants US peuvent-ils cohabiter? Oui… Dans une certaine mesure… Certains acteurs connus y vont se ressourcer ou y ont démarré leur carrière. Mais, en principe, il y a peu ou pas de stars dans ces films. Et le public veut des stars, des «vraies», comme un autrefois qui est à peine hier.

Les films en salles peuvent-ils cohabiter avec les films dits de plateformes? Non. Si aujourd’hui, excepté à Cannes, les festivals les acceptent, c’est qu’ils ont été obligés de tenir compte de l’audience générée par les plateformes de streaming que sont Netflix, Prime video, Disney+, Apple+, etc… Mais les thuriféraires du film en salles sont encore en majorité, le modèle économique du cinéma traditionnel étant, par là, remis en question. Par ailleurs, des réalisateurs (et ils sont légion, Fincher, Lynch, Scorsese, etc.), très prisés des cinéphiles, se sont vu offrir carte blanche par certaines plateformes pour réaliser un film ou une série qu’Hollywood leur aurait refusé.

À Venise, cette année, quatre films étaient des films produits par Netflix, comme Blonde (critic du film à part*) d’Andrew Dominik, présenté dans la foulée à Deauville. Blonde, film encensé ou décrié par à la fois critiques, festivaliers, spectateurs, est un faux biopic inspiré du roman éponyme de Joyce Carol Oates qui y livrait une Marilyn Monroe fantasmée. Un roman auquel le réalisateur a superposé ses propres fantasmes et une bonne dose de scènes dont on reparlerait car choquantes (même de nos jours!) L’actrice qui interprète ce clone éthéré de Marilyn Monroe n’a plus besoin qu’on parle d’elle autrement que pour parler indéfiniment de son rôle. Avant la projection, on cherchait son nom dans le programme, après la projection, telle Sharon Stone après la projection de Basic instinct à Cannes (elle a monté les Marches inconnue du public, les a redescendues deux heures plus tard en star  absolue…), Ana de Armas (actrice américano-cubaine) n’avait plus de secret pour personne, merci Google! Ex, petite amie de Ben Affleck, son film produit par Brad Pitt, le monde est petit… Sur une banquette en velours cramoisie d’un hôtel millésimé (cette année, certains hôtels du groupe Barrière, partenaires de longue date du festival, ont ouvert leurs portes au séances photos…), Ana de Armas, en robe de satin blanc, prenait la pose sans un sourire, plus guindée que Rita Hayworth pour une photo promo des Studios…

Robert Redford, star Hollywoodienne patentée, avait co-créé, un peu par hasard, ce qui deviendrait le festival du film indépendant de Sundance, référence en la matière. Il fut d’ailleurs fêté, en son absence, lors de l’édition 2022 du Festival du cinéma américain de Deauville, du Prix Lucien Barrière décerné cette année à ses mémoires intitulées sobrement «Robert Redford».

Comment en est-on arrivé a ce que Tom Cruise, incarnation de l’american dream, issu d’un milieu modeste, gamin pauvre et dyslexique, n’ayant jamais eu les moyens de s’offrir des cours de comédie ou de théâtre, explose dans les années 80, dans un premier temps comme l’idole des Teens (Risky business, puis, Cocktail), puis, dans un second temps, dès l’âge de 25 ans, comme superstar avec le succès planétaire de Top gun?

Les arguments sont minces : Brad Pitt aurait mis dix ans à trouver le rôle qui l’extirperait de son emploi de beau gosse peroxydé, Ben Affleck et Matt Damon ramaient. Ces deux derniers, amis d’enfance, qui ont fait décoller ensemble leur carrière tardivement en 1997 avec un film qu’ils avaient co-écrit et interprété, Wild Hunting, réalisé par Gus Van Sant, sont des stars par intermittence, selon les films…

Tom Cruise, considéré comme la dernière des stars à Hollywood, a 60 ans, Brad Pitt, 59 ans. Tom Cruise a choisi le festival de Cannes pour présenter TOP GUN 2, réalisé 36 ans après le premier : un Top gun en qui le jeune acteur d’alors ne croyait pas vraiment et qui en a fait une star internationale du jour au lendemain. Tom Cruise sortait d’une tournée mondiale de promotion du film Top gun : Maverick, du Brésil à la Corée du Sud, en passant par l’Inde. Bien que reçu en fanfare, la star ultime n’a pas dormi à Cannes, il était attendu au Jubilee de la reine. N’est- il pas aussi connu que feu la reine d’Angleterre? Et qu’est-ce qui a touché Tom Cruise lors de son passage sur la Croisette? La palme d’or pour l’ensemble de sa carrière (il n’a jamais eu d’Oscar) et le défilé aérien de la patrouille de France pour le Capitaine Maverick. La star, surnommée Cruise Control, avait tout supervisé du second Top Gun, et le film a explosé le box-office ; un résultat aussitôt traduit en nombre de dollars qu’avait rapporté le film. Car on ne dynamite plus le box-office, on rapporte tant de millions dollars (le film en a coûté tant, il en rapporté le quintuple, les Studios sont contents). Au passage, les Studios, à présent, Tom Cruise s’en fiche, il est son propre producteur, il a su rebondir, comme on a pu le lire lors de la sortie du film. Il a toujours su rebondir.

Pourquoi Tom Cruise et pas Brad Pitt? Il n’y a pas si longtemps, la star la plus harcelée du monde (par les fans), c’était lui. Quand il est arrivé au festival de Deauville en 2007 (AV), même le personnel du palace, où on lui avait réservé un étage entier, l’attendait, debout, devant les ascenseurs, et exceptionnellement, le directeur de l’époque, sympa mais sévère, avait laissé faire. Finalement, on les a fait passer, lui et Angelina Jolie, qui l’accompagnait, par le monte-charge de l’hôtel. C’est dire… À la conférence de presse, un espace vitré pas loin des Planches, les fans se bousculaient contre les vitres et cognaient dessus pour le voir, l’entendre et j’ai cru un moment que les vitres, qui se mettaient à trembler, allaient céder…( mais je vois trop de films…)

Brad Pitt est un type sympa, à la conférence de presse de L’Assassinat de Jesse James … avec Casey Affleck, il mettait ses coéquipiers en valeur et même Casey Affleck riait, ce qui ne fut pas le cas avec son frère aîné, Ben Affleck, venu présenter Gone baby Gone, son premier film en tant que réalisateur. Avec son grand frère, Casey ne riait plus du tout, pas la même ambiance. Cette année-là fut la dernière année où Deauville accueillit des stars, des vraies. Pitt, Clooney, Damon, les frères Affleck, et, même, Michael Douglas en ouverture (qui déjeunait tranquillement dans le jardin de l’hôtel avant son film. Michael Douglas aime Deauville, il y a rencontré son épouse, Catherine Zeta-Jones. Il avait accepté une photo pour mon blog (à l’époque, toute photo en privé était proscrite) ; plus tard, on ferait des hommages pour faire venir Keanu Reeves (aujourd’hui promu l’acteur le plus aimé du monde et c’est vrai qu’il est sympa) ou encore John Travolta, deux acteurs qui avaient, à l’époque, un petit blanc dans leur carrière.

Plus tard encore, il n’y eût plus des stars autres que celles des plateformes. Un plus tard qui ressemble à aujourd’hui… Hors, toutes questions économiques mises à part, les films visionnés depuis son canapé font-ils rêver au même titre que ceux vus en salles? Avec un rituel identique à celui du théâtre : craindre d’arriver en retard, acheter sa place, s’asseoir dans une salle inconnue, auprès d’inconnus, attendre que les lumières s’allument enfin… Une ambiance de messe païenne qu’on aurait eu mal à retrouver en pantoufles, sa télécommande en main.

Quand Tom Cruise est venu à Cannes, le festival multipliant les réunions pour «faire revenir le spectateur en salles», il a déclaré qu’il faisait des films pour le cinéma et allait lui-même voir des films en salles, une casquette sur la tête pour ne pas être dérangé. Quand un journaliste lui a demandé si son film sortirait simultanément sur des Plateformes en ligne, il a répondu en souriant (son éternel sourire) : «On n’a même pas osé me le demander ». Tom Cruise fait des films pour les spectateurs, il contrôle tout, de l’entraînement des acteurs aux cascades qu’il fait lui-même, etc. Il signe des autographes durant une heure à Cannes comme partout ailleurs (il ne fait aucune différence entre un festival ou une avant-première de ses films) quand les autres acteurs griffonnent quelques signatures à la hâte avant d’aller poser devant les photographes. On a même l’impression, (son sourire avec les fans), qu’il est heureux d’être là, à sortir de chez lui, à plaisanter, à faire plaisir à des fans énamourés qui implorent des selfies avec lui. Habillé sobrement (un pantalon, un polo, un élégant costume sombre pour les AP), d’une simplicité désarmante, il n’a plus rien à prouver. À noter que Top Gun : Maverick sortira début septembre sur toutes les platesformes après son exploitation en salles, et, tant qu’on y est, les deux Top Gun sortiront en DVD début octobre. Car Tom Cruise est aussi un businessman, comme Jennifer Lopez qui vend des cosmétiques J.Lo, des vêtements et des chaussures griffés J.Lo. Et Ben Affleck, il fait quoi, hormis accompagner son épouse? (deux «Lune de miel» à faire du shopping en Europe sous l’œil des paparrazzi et le flash des smartphones).

Brad Pitt et Top Cruise n’ont pas vraiment débuté ensemble bien qu’ils n’aient qu’un an d’écart. Pitt a mis plus de temps à percer que Cruise. On les retrouve pourtant dans Entretien avec un vampire de Neil Jordan. Cruise, déjà, comprenait qu’après Top Gun, il était judicieux d’infiltrer le cinéma d’auteur quand Pitt y avait débuté et y poursuivait sa carrière, sollicité alors par tous, les réalisateurs, les femmes, les fans. Pitt a raconté plus tard combien il avait trouvé sa prestation nulle sur le film. En revanche, Cruise, perruque platinée, en Lestat, on s’en souvient encore aujourd’hui car la star peut tout jouer. De combien de stars  a-t-on dit ensuite : «C’est le nouveau Brad Pitt»? Alors pourquoi Cruise plutôt que Pitt? On peut lire : quand Tom Cruise a commencé, les autres étaient plus jeunes… Pas vraiment…

Par un hasard bienvenu, l’année où Brad Pitt est venu à Deauville, il y avait aussi Matt Damon et George Clooney qui disait de Brad Pitt qu’il n’aimerait pas avoir sa vie,  toujours traqué par les fans. George Clooney n’est pas un type sympa, il buvait du champagne en conférence de presse, il faisait privatiser le bar de l’hôtel au lieu de rester dans sa suite. Matt Damon aussi allait au bar de l’hôtel mais, lui, c’était avec son épouse (il n’a pas épousé une actrice) parmi les clients de l’hôtel, Damon est naturellement sympa et simple. Et, au bar, personne ne le dérangeait. Dans un palace, tout le monde se sent important, VIP (Very Important People), alors une star, les clients du palace Deauvillais en avaient vu d’autres… Excepté Brad Pitt et George Clooney… Et ils font quoi les autres à présent? Quand Cruise «caracole en tête du box-office», Clooney a épousé une brillante avocate et songe à la politique, Ben Affleck vient d’épouser Jennifer Lopez, star dans un autre genre, d’ailleurs, elle était actrice et n’ayant jamais percé au cinéma, elle est devenue chanteuse, performeuse, icône de mode, etc. Et Brad Pitt? Il fait le pitre en costumes de lin froissé de toutes les couleurs et tennis Adidas (revisitées par Gucci) multicolores, il a même posé en costume kilt marron (dans certaines interviews, on peut lire que Brad Pitt sait que c’est son dernier film, qu’il fera autre chose ensuite), sur la tournée de promo de son dernier film «Bullet train» mais qui ira voir ce film? Féru d’architecture et d’art, Brad Pitt a racheté récemment une maison parmi les plus chères du monde (qui appartenait à un architecte connu des initiés), il a exposé quelques sculptures avec Nick Cave au Danemark, il projette de rentabiliser les vignes de son très cadenassé moulin de Miraval dans le sud de la France (des cosmétiques bio, de la diététique bio?)

Les vraies stars, celles inaccessibles, auxquelles on n’aurait même pas osé dire un mot même si on avait croisé dans la rue, aujourd’hui, il n’y en a plus… Quelques unes, qui n’ont que 40 ans, peu connues du grand public, intéressent encore les journalistes et les bloggers, voire les influenceurs cinéma, on en parle dans les médias, sur les réseaux sociaux. Et, à Deauville, cette année, les stars qui font rêver, celles attendues par le public (déçu), n’existent plus que dans les mémoires…

US Deauville 6 septembre 2022

Paris, 5 octobre  2022

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Notre note

3.5 out of 5 stars (3,5 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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