« Don Giovanni, naissance d’un opéra » : de Venise à Vienne

Carlos Saura, sortie 12 mai 2010

Pitch

La genèse de "Don Giovanni", opéra que Mozart compose au XVIII° siècle à Vienne à partir du livret du poète Lorenzo da Ponte, jeune prêtre italien banni de Venise pour libertinage et complot contre l'église, qui deviendra son ami.

J’ai vu ce film par le plus grand des hasards en me trompant de salle de projection… N’étant pas férue d’opéra, je n’aurai pas été tentée d’y aller spontanément mais j’ai eu de la chance : ce film est magnifique. Ici, le parti pris est de montrer la naissance d’un opéra à partir du livret et ce livret écrit à partir de la vie, on part donc de la littérature et non de la musique. Au départ, un enfant juif qu’on force à se convertir au catholicisme sous la sainte inquisition au XIII° siècle à Venise, devenu plus tard un prêtre libertin et surtout un poète, Lorenzo da Ponte. Banni de Venise durant quinze ans pour moeurs dissolues et pamphlets contre l’église, Lorenzo, ami de Casanova vieillissant, est recommandé par ce dernier à Salieri, le compositeur officiel de la cour d’Autriche.
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photo Eurozoom

On se souvient de la rivalité de Salieri et Mozart, le premier sachant très bien que le génie ce n’est pas lui mais l’autre, ce drôle de type, excentrique, souffreteux, marié à Constance, ancien enfant prodige tyrannisé par son père. Lorenzo va convaincre Mozart de composer un nouveau Don Giovanni dont il écrira le livret. Une idée soufflée par Casanova à Lorenzo tandis que la gondole de l’exil croise la statue de Don Juan sur le Grand canal en partant. Auparavant, Lorenzo a été présenté à la fille d’un aristo ruiné par le jeu, la belle Annetta dont il est tombé amoureux, mais, troublé par sa pureté et sa jeunesse, il a fui… Il la retrouvera à Vienne où elle habite chez sa tante.
 


photo Eurozoom

De tout ce matériau de vie, Lorenzo da Ponte écrit le récit scandaleux d’un jeune séducteur,
Don Juan, qui désire toutes les femmes  pour les abandonner après les avoir séduites. Don Juan périra dans les flammes de l’enfer, entraîné par « la statue du commandeur »,  c’est à dire le fantôme du père de la première jeune fille séduite  dans son sommeil (début de l’opéra), fille d’un commandeur qu’il a tué à l’époque en duel. D’abord l’amant de la cantatrice Adriana Ferrarese, rivale de la cantatrice maîtresse de Salieri, Lorenzo de Ponte continue de mener une vie dissolue à Vienne avant de trouver la paix avec Annetta, contrairement à son personnage qu’il enverra expier ses péchés dans l’opéra.Ce qui est intelligent ce sont ce superpositions en surimpression de scènes de la vie quotidienne et leur transposition dans telle ou telle scène de l’opéra, par exemple, une scène d’Adriana pleurant d’être trompée dans la vie par Lorenzo comme à la scène son personnage par Don Juan. La part lyrique n’arrive qu’en fin de chaîne de la contruction de l’opéra, après la vie, après le livret s’inspirant de la vie, après la musique de Mozart écrite d’après le livret de Lorenzo da Ponte, etc…


photo Eurozoom

Images superbes, musique sublime… A noter que la période vénitienne est sur du Vivaldi, enchantement, voire un peu de Bach, et Mozart pour Vienne. Le soin dans la photo est au maximum, raffinée, chatoyante, caressante, avec des variations sur or : l’or jaune des intérieurs vénitiens, la brume blafarde des ciels bas de Venise, l’or platiné de Vienne la blanche, l’or cuivré des chevelures dans les intérieurs viennois. Quant aux costumes, aux coiffures, en soi, c’est de l’art, un film à grand budget ne lésinant pas sur les figurants, un film aussi rétro que son sujet, parfaitement dans le ton. Un peu classique mais exactement à l’image de l’époque traitée, captivant et léger, agréable à regarder, un vrai enchantement des sens.
 

Les dialogues du film sont en italien et en allemand pour partie à Vienne. Un beau retour pour Carlos Saura, réalisateur espagnol qu’on avait un peu perdu de vue, débutant avec des films sixties comme « Peppermint frappé » (1967), connu mondialement pour « Cria cuervos » (1975), prisant ensuite la réalisation d »opéras filmés tel « Carmen » primé à Cannes en 1983. 

Notre note

4 Stars (4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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