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« Dossier secret » : l’impossible amnésie/sortie DVD

focus DVD Orson Welles, 1954, sortie DVD 8 juillet 2015

Pitch

Un milliardaire sanguinaire demande au fiancé de sa fille, qui prétend connaître ses secrets, de faire une enquête sur un passé dońt il se prétend amnésique.

Notes

 

Photo Carlotta

Photo Carlotta

Un milliardaire sanguinaire demande à un voyou de faible envergure de faire une enquête sur son passé dońt il prétend n’avoir aucun souvenir.

En amont, tandis qu’un truand minable agonise, Guy Von Stratten se penche vers lui, il s’agit d’un certain Bracco qui lui donne donne la clé de la fortune et celle de sa vengeance posthume : dire a au milliardaire Arkadin qu’il connaît tout de son passé, ça le fera réagir…

Finalement, Guy passe par la fille d’Arkadin dont il s’éprend et réciproquement. Arkadin fait la connaissance de Guy et décide d’utiliser les armes de son nouvel ennemi (« L’art de la guerre ») : le payer grassement pour enquêter sur son passé dońt il se prétend amnésique, une manière de repérer les témoins gênants restants d’un passé si imparfait. Dont un pauvre clochard alcoolique qui vient d’être libéré de prison pour raisons de santé. Un passé à Varsovie ou avec une certaine Sophie, propriétaire d’un faux cours de danse, le couple faisant jadis la traite des blanches vers l’Amérique du Sud.

L’absurdité de tout cela est que pas plus le clochard que Sophie ne songeaient à se venger d’un Arkadin oublié, le premier ayant fini sa vie, la seconde l’ayant refaite au Mexique, épouse d’un riche général. La vengeance de Bracco va aller au delà de ses espérances et décimer les survivants jusqu’au dernier… Car Arkadin a un seul point faible, sa fille et dans une moindre mesure, le souvenir de son amour jadis pour Sophie…

 

 

Et aussi

 

Le film est d’une grande cruauté : Welles démontre l’impossibilité d’effacer l’ardoise du passé, même pour l’homme le plus riche du monde, que tout ne s’achète pas ou presque. C ce presque qui aura la peau de l’ancien voyou polonais, le miroir de sa fille lui renvoyant la vérité lui sera insupportable. Le film se passe au début des années 50, période européenne de Welles après les séquelles de la deuxième guerre mondiale, truffé de stigmates de l’effondrement de l’Europe.
Sur le style, Welles force la dose avec des personnages outranciers pas loin du grotesque à commencer par son interprétation théâtrale d’Arkadin. On est ici dans un style fantasmé et inquiétant qu’a choisi OW pour styliser ses personnages comme sortis d’un cauchemar, d’un enfer, leur représentation déformée a l’écran par le sordide du passé et la culpabilité, personnages en sursis. Welles avait déjà fantasmé au cinema la duplicité de ses personnages autrefois mais d’une manière beaucoup plus subtile (exemple de la fameuse scène finale aux miroirs de  » La Dame de Shangaï ».

Pourtant, tous les personnages ne sont pas filmés d’une façon déformée, dilatée (le climax étant le visage de Sophie a deux doigts de l’horrifique, la partie de cartes au Mexique entre monstres).
Il semble que cette galerie de freaks soit réservée aux fantômes du passé criminel d’Arkadin.

Ainsi, Suzanne Flon, très naturelle, joue « normalement » une aristo fauchée, vendeuse chez Dior, rencontrée par Guy VS car elle avait jadis aidé la police de Varsovie à démanteler le réseau de prostitution. Et surtout Guy, présenté un peu comme le narrateur en littérature, à première vue inoffensif, est filmé et montré comme un type plutôt sympa ayant fait « un peu de marche noir ».
Pourtant, en creusant un peu, le jeune homme ne s’appelle pas plus Von Stratten que le milliardaire sanguinaire ne se nomme Arkadin. Au fonds, Guy, petit voyou, demi-sel, n’est pas si différent d’Arkadin, mentalement parlant, il utilise Mily, sa petite amie pour aguicher Arkadin sur son yacht, par là, s’en débarrasse, l’air de rien, lui préférant l’héritière, fille unique d’Arkadin (un peu comme Ce dernier avait exploité Sophie en Pologne).
On arrive au problème du personnage de la fille d’Arkadin, pas très crédible, pas vraiment réelle, ayant plutôt une fonction symbolique de la limite d’Arkadin, outre qu’elle aime Guy, s’opposant à son ogre de père, elle le renvoie à son déni du passé, sa seule faille étant de craindre de voir dans le regard de sa fille l’image de l’ancien truand déguisé en milliardaire. Car le vrai nom d’Arkadin est d’origine Géorgienne, la Géorgie, région de Staline avec qui il partage des traits de caractères, la dureté, la cruauté, la détermination et cette propension slave à l’auto-destruction, la roulette russe… Là encore, la vérité est cruelle, Arkadin ne connaît de sa fille, qu’il croit avoir préservé de tout, que l’idée idéalisée qu’il s’en fait mais cette dernière finit par laisser échapper (dernière scène) qu’elle ne se faisait pas plus d’illusions sur son père qu’elle s’en fera bientôt sur son fiancé…

 

PS.

John Huston et Suzanne Flon eurent une liaison passionnée judqu.a sa mort, je viens de l’apprendre en lisant la bio d’Anjelica Huston, étonnant, non?

 

 

Diffusion

DVD et Blu-ray 8 juillet 2015 éditions Carlotta

 

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Notre note

4 Stars (4 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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