"Hustle" ("La Cité des dangers") : polar déprimé

Robert Aldrich, 1975


Bien que ce soit un film mineur du réalisateur Robert Aldrich, il a un certain charme, celui des seventies, de Catherine Deneuve jouant en anglais et dune mélancolie sous-jacente teintant le récit dune certaine langueur, qui finira pourtant en retour par détourner lattention de lintrigue déjà chichement traitée.

Il y avait pourtant de quoi concocter un thriller sur mesure avec un début de film brillant : un car denfants est emmené à la plage en chantant, quand soudain, le cadavre dune jeune noyée est ramené sur le rivage. Linstant daprès, la police a convoqué au commissariat les parents de la victime dans un brouhaha de commentaires sur le match du dimanche et de radios allumées diffusant la rencontre. Le lieutenant Phil Gaines les emmène à la morgue, le père, fou de douleur le frappe quand on lui présente le corps nu de sa fille morte mais Phil passe léponge, cest la première réaction dun homme qui va prendre la défense des «nobody» tout le long du film. Les parents de la victime sont-ils «somebody» demande-t-on Le père de Gloria, vétéran de la guerre de Corée, psychologiquement ébranlé, nest «personne» pour réclamer une enquête sur la mort de sa fille quon déclare rapidement suicidée. Car, très vite, il est acquis que la jeune Gloria fréquentait un avocat véreux ayant le bras long. Elle a dailleurs passé sa dernière soirée vivante dans la villa du notable sur les hauteurs de Pasadena. Mais lintrigue nintéresse pas plus le réalisateur que le lieutenant Gaines les crimes. Lintérêt pour les obscurs, les sans-grades, occupe le devant de la scène, déportant le regard du réalisateur sur les parents de Gloria plus que sur leur fille assassinée. Justice à deux vitesses selon quon est «quelquun» ou «personne». Galerie de portraits de laissés pour compte, personnages déprimés, sans illusions : le père de Gloria, cassé par la guerre, son épouse, autrefois adultère, qui a renoncé à être jolie (scène avec le lieutenant dans un bar où elle semble se souvenir quelle est une femme), le lieutenant Gaynes, homme blasé, accablé par son divorce, préférant la compagnie dune professionnelle de la séduction, Nicole, une prostituée froide et secrète dont on ignore pourquoi elle a quitté la France.

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Est-ce le plaisir de filmer Catherine Deneuve ? Le couple Phil/Nicole va prendre beaucoup de place dans ce polar sans apporter grand chose que multe scènes identiques de baisers et étreintes trop chastes Deneuve/Nicole et son téléphone jaune racontant des salaceries polies à ses clients, Phil ne supportant plus que la femme quil aime se prostitue (de façon très aseptisée sagissant de Nicole), les deux amants rêvant de la France, de lItalie, en écoutant des disques dAznavour, partir… De temps en temps, on revient mollement à lenquête, la jeune Gloria travaillait dans un club de strip-tease, se prostituait (de façon plus trash sagissant de Gloria) et tournait des films pornos. Au lieu de chercher et de trouver un coupable quon a visiblement à portée de main, le réalisateur va concocter une fin en deux temps, un happy end réhabilitant la dignité du père de Gloria et la mort du héros, pour rien, par hasard, après que lenquête soir terminée et que Phil sapprêtait à rejoindre enfin Nicole à laéroport.

Le couple Burt Reynolds/Catherine Deneuve est daté, figé, le flic beau mec en costume cravate, James Bond vitaminé, et la pute de luxe en satin rose bonbon, trop clean, les cheveux platinés crêpés et collés de laque, les ongles rouge sang. Lhistoire damour est froide, Deneuve s’applique à jouer en anglais, bonne élève, ce nest pas loin de sonner faux. Mais, au fond, Catherine Deneuve a-t-elle jamais formé un couple de cinéma crédible, star qui ne partage pas son étoile? En 1975, il semble que le génie de Robert Aldrich dans des films comme « En Quatrième vitesse » ou « What ever happened to Baby Jane? » soit bien émoussé. A voir par curiosité pour les inconditionnels dAldrich ou de Deneuve.

 

Notre note

(2 / 5)

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Posted by:

Camille Marty-Musso
Créateur et responsable éditorial du site www.cinemaniac.fr, en ligne depuis janvier 2006.

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